‹ Albert BesnardChapitre 17 sur 39 · A PROMENADE BOTANIQUE · texte numérisé non relu

A PROMENADE BOTANIQUE

Décoration de l'Ecole de Pharmacie.

ranéité, le servent ici merveilleusement, font de la plupart de ces portraits de vrais tableaux auxquels s'attache un intérêt documentaire, l'attrait d'un renseignement sur la vie d'aujourd'hui, en amplifient la portée, en généralisent la signification; la peinture de caractère devient de la peinture de mœurs.

Le Portrait de Mme Roger Jourdain, le Portrait de Théâtre, le Portrait de Mme Madeleine Lemaire, le Portrait de la comtesse Pillet-Will, seront dans cinquante ans, sont déjà, aussi représentatifs de la femme de la fin du xixe siècle et du commencement du xxe que le sont de la femme anglaise du xvur, tels portraits exécutés par Gainsborough, de la femme française des trois premiers quarts du siècle dernier, tels portraits exécutés par Ingres, par Delaunay, par Cabanel, telles figures, qui ont toute la profondeur d'observation de véritables portraits, peintes par Stevens, à son époque la plus brillante. Ils ont, ces portraits de femmes de Besnard, une acuité d'accent, une intensité véridique, une énergie et une grâce, une souplesse et une ardeur de vie exaltée, qui suffiraient, et au-delà, même s'ils n'étaient, d'autre part, les délicieuses, savoureuses, précieuses pages de peinture qu'ils sont, à leur assurer, dans les musées de l'avenir, au tout premier rang, une belle place.

Dans le fond d'un salon, parmi l'éclat amorti des fleurs et des lumières, Mme Georges Duruy, en toilette de bal blanche, soies dentelles, broderies d'un blanc magnifique et infiniment délicat, vient de quitter le fauteuil où elle était assise. Elle est debout, appuyée encore d'une main au dossier, dans un geste d'accueil. Des ors éteints, des tonalités languissantes, des fleurs, l'auréole rose autour des bougies à moitié consumées, quelque chose d'étouffé et de discrètement aristocratique, autour des formes blanches d'où émerge la matité brune des épaules, le plein profil d'un visage expressif et singulièrement écrit, sous la masse des cheveux noirs, frangés au front, selon la mode d'alors — la toile date de 1885 — tel est ce portait. L'un des premiers, vraiment, où

Besnard ait atteint une semblable maîtrise, se soit joué aussi victorieusement des difficultés, de toutes les difficultés; un portrait pour lequel le gracieux modèle consentait à poser, debout, de neuf heures et demie du soir à minuit, en robe de soirée, dans l'apparat où le peintre l'a représentée.

Besnard, auparavant, à la veille de son départ pour l'Italie, avait exécuté cette charmante image de jeune fille, de sage et rêveuse jeune fdle blonde, discrètement assise, en robe noire avec des ruches de tulle blanc aux poignets et au cou, d'une si jolie expression songeuse, un peu mélancoliquement songeuse, qui est le Portrait de Mlle Gorges (que nous retrouverons dans l'œuvre du peintre sous le nom de Mme Bardet), et à la veille de son départ pour Londres, durant le court séjour qu'il avait fait à Paris, le Portrait de Mme Lerolle (1879), dans un atelier aux murs clairs, près d'un chevalet, en sombre toilette de ville, avec, contre elle, le tendre geste blotti d'un bel enfant en robe blanche. Morceaux fort séduisants, certes, de ferme construction, de consciencieuse et probe étude, mais, qui sont loin de s'imposer aussi impérieusement à l'admiration que le Portrait de Mme Duruy. On peut ainsi juger des acquisitions faites par l'artiste durant son séjour outre-Manche : affinement de la vision, ampleur et souplesse de touche, liberté de composition, mais les dons de fantaisie ne se sont point encore manifestés; il n'est pas encore assez sûr de lui-même, de son métier, il n'a pas encore assez pris conscience de sa personnalité pour oser ce qu'il osera bientôt, en peignant et en exposant au Salon de 1806 le Portrait de Mme Roger Jourdain.

Il faut se souvenir de ce qu'étaient alors les expositions de la Société des Artistes Français pour imaginer le scandale — le mot n'est point trop fort! — que provoqua l'apparition de cette toile. Telle que nous avons pu la voir aux Expositions universelles de 1889 et de 1900, et tout récemment, à la galerie Georges Petit, déjà travaillée, pénétrée, comme tempérée par le temps, et tout en tenant compte de la façon dont s'est faite depuis l'éducation

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