‹ Albert Besnard. Ouvrage orné de cent reproductions hors-texte...d'une eau-forte originale et accompagné de quelques écrits d'Albert Besnard et des opinions de quelques écrivains et artistes sur son œuvre: Charlotte Besnard [et d'autres]Chapitre 30 sur 48 · LE \)ENT · texte numérisé non relu

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que les deux témoins de leur dialogue interprètent comiquement ou dramatiquement leurs sentiments et les pensées qu’ils expriment; réservant, d’autre part, aux figures et aux scènes irréelles, toute la partie supérieure de la coupole, où s’élance en plein ciel le char d’Apollon, couronné par la troupe des Heures, où, sur une route de nuées, s’avance le chœur des Muses, deux d’entre elles ayant d’un élan soudain quitté leurs sœurs pour venir déposer les premières la couronne d’immortalité devant les statues des poètes.

Mais la magnificence de cette composition, comment en donner une idée avec des mots, comment dire l’extraordinaire splendeur de ce ciel éclatant, où les figures qui y planent se détachent plus éclatantes encore, toutes traversées de lumière, où, plus prodigieusement encore qu’à l’Hôtel-de-Ville, Besnard a réussi à nous émerveiller par sa puissance d’imagination et sa fantaisie lyrique.

Sa puissance d’imagination, sa fantaisie lyrique, nous la verrons bientôt se manifester aussi splendidement dans la décoration de la coupole du Petit Palais. Quatre panneaux en forme de trapèzes, la composent, distribués de la façon suivante :

Ici, Vidée, principe, aliment et fin de tout art, est assise sur le globe terrestre. Gravement, elle se concentre en elle-même, cependant qu’à ses pieds, symbolisant toutes les formes et toutes les forces de tout ce qui s’agite sous le ciel, trois figures se tiennent debout au bord d’un précipice de nuées; c’est la Vie et l’Amour, tendrement pressés l’une contre l’autre, qui interrogent la Mort. Et l’Idée, inquiètement tourne ses yeux vers elles; elle voit, elle entend la Vie et l’Amour harceler de questions la recéleuse du mystère; les paroles qui sortent de leur bouche, ce sont les mêmes que, depuis des siècles et des siècles, articulent toutes les lèvres humaines. La Mort, cette fois, répondra-t-elle? Et l’Idée se penche pour écouter... mais la Mort ne fera que désigner d’une main le vaste univers étendu au-dessous d’elle et de l’autre ébaucher le geste du silence. La Mort ne livrera pas son secret.

Là, la Matière : dans un chaos de nuages, de pics neigeux, de

rochers enflammés figurant les éléments épars dans l’espace, Pan, l’être matériel par excellence, renverse, dans son étreinte pesante et irrésistible, la Femme. C’est la matière primordiale et éternelle qui, par l’amour, enfante les diverses manifestations de la vie, tandis qu’au-dessous d’eux, comme à l’Amphithéâtre de Chimie, la Nature est représentée par un cadavre de femme d’où jaillissent les fleurs des renaissances. Le cycle est complet; c’est, hier comme aujourd’hui, comme toujours, la Vie renaissant de la Mort.

L’Idée et la Matière, voilà donc les deux pôles du plafond de Besnard ; elles s’opposeront, au Petit Palais, comme ils s’opposent dans l’univers, séparées par la symbolisation des deux grandes formes de l’Art qui ont sur eux leurs assises.

La Beauté antique, Paris la représente tenant en main Pégase et dédiant la pomme à Aphrodite. « C’était au fond des âges, par un semblable soleil couchant. Il y avait de grands espaces calmes dans le ciel au-dessus de la mer et le rocher projetait de l’ombre sur la source. Là se tenaient le cheval et le héros. » Ces admirables phrases du Voyage de Sparte me reviennent à la mémoire; elles situent si expressivement le moment héroïque figuré par Besnard, elles définissent si bien l’atmosphère de sérénité, de joie, de pur sentiment de la Beauté qu’il a voulu peindre là, en représentant après tant d’autres, la légendaire histoire du pâtre de l’Ida.

Enfin, l’Idéal chrétien que domine la figure de la Vierge autour de laquelle évoluent et se rejoignent les sentiments de l’homme moderne, la charité et la pitié. D’un geste délicieusement maternel. Elle pose sa main sur la tête d’un enfant, comme pour le prendre sous sa protection. L’Idéal chrétien, n’est-ce pas lui qui a bâti les cathédrales, qui durant des siècles a créé les chefs-d’œuvre dont s’enorgueillissent nos musées, inspiré l’Art et la Pensée de générations et de générations humaines, bercé et consolé les désillusions et les souffrances des parias de la Vie, auprès de qui durant des siècles toute la civilisation a trouvé un refuge.

A l’École de Pharmacie comme à Berck, à la mairie du Louvre comme à la Sorbonne et à l’ Hôtel-de-Ville, Besnard nous émerveille par la puissance, la profondeur, la sonorité humaine de ses conceptions ; il faut saluer là plus qu’un peintre et qu’un grand peintre : un grand artiste, c’est-à-dire un créateur.

Une étude sur l’œuvre décorative de Besnard serait incomplète si l’on n’y faisait une place aux cartons des vitraux destinés à l’École de Pharmacie et au piano dont le baron Vitta eut idée de demander au peintre de Vile Heureuse , la décoration et au sculpteur Alexandre Charpentier le meuble et l’ornementation sculptée; sans parler de bien d’autres choses, telles et telles verrières pour sa propre demeure, et ces merveilleux panneaux exécutés jadis par Tiffany pour l’Art Nouveau Bing, faits de pierreries et des plus riches matières translucides, et le plafond de la section française à l’Exposition d’Art International de Venise, sans parler de la collaboration de Besnard à toutes les entreprises marquantes d’art décoratif moderne. Qui ne rêverait dans la maison idéale, une salle de fête ou de repos, une pièce de réception ou d’intimité décorée par lui, dont il concevrait le plan et dirigerait la réalisation, dont il harmoniserait les tonalités et les lignes, faisant à l’exemple des maîtres du xv” et du xvT siècles italiens, œuvre entière d’architecte et de peintre, en un mot de décorateur, dans le sens le plus élevé du terme.

De quoi l’homme qui a composé et exécuté les belles images que nous venons de décrire est capable dans un genre, considéré, par les pontifes de l’esthétique officielle, comme moins élevé et que la plupart des peintres et des sculpteurs tiennent à honneur de dédaigner, les cartons de vitraux dont je viens de parler et le piano Vitta le prouvent, pour l’humiliation des grands seigneurs d’aujourd’hui qui s’abstiennent si obstinément de confier la parure de leurs hôtels à des artistes comme un Besnard, un Maurice Denis, un Willette.

Des cartons de vitraux destinés à l’École de Pharmacie et dont

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deux seulement, si je ne me trompe, ont été exécutés, Roger Marx a donné une description trop définitive pour ne la point citer ici.

« En aucune de ces compositions la figure humaine n’intervient. Les thèmes sont exclusivement dérivés de la flore et de la faune; avec une imagination fertile à miracle, M. Besnard a fait appel à tous les climats, à toutes les races, à toutes les végétations; il s’est souvenu des animaux domestiques ou sauvages, disgracieux ou superbes, et il les a entourés chacun d’un cadre de nature appropriée, familière ou exotique, de nature luxuriante, épanouie ou désolée. Et quelles images contrastées défilent sous le regard! Le piétinement des paons déployant triomphalement la moirure de leurs plumes ocellées; la rencontre des aigles à la pointe d’un rocher parfois battu par la vague; l’envol d’une compagnie de moineaux sur les blés fauves que bordent les ruches bourdonnantes; la course cadencée des autruches par les aloès et les bambous; le paisible voisinage, dans une basse-cour, des dindons, des coqs, des pigeons; puis le prélassement du faisan doré auprès des orangers, des citronniers lourds de fruits; le saut des singes parmi les lianes; enfin, à travers la haie de roseaux, le lent glissement des cygnes blancs et noirs qui fendent l’eau bleue. »

Le piano Vitta m’apparaît plus remarquable encore ; car c’est merveille d’avoir réussi à mettre dans le champ si restreint que semble offrir à un décorateur de grande envergure la paroi verticale de la caisse sonore, tant de belles et poignantes et spirituelles et tendres choses. Symphonie, c’est le travail, la méditation, les mélancoliques causeries, les douces paresses, sous les arbres du vieux parc ; l 'Aumône, c’est autour de la table familiale, la présence du pèlerin, la halte du chemineau de l’Idéal, la gaîté des enfants qui donnent à boire aux vieux cheval, le chien qui nettoie de sa langue goulue l’écueile, les pigeons blancs qui s’abattent en voletant; puis l 'Amour tragique, l’étreinte folle des deux amants sur un tas de cadavres, parmi les malédictions des proches, l’odeur du sang, les râles des rivaux égorgés ; puis la

symphonie

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