BAIGNEUSES
les deux panneaux de la collection Maciet, la Pensée, la Rêverie, et l’essaim de formes astrales qui vole au plafond des Idées, et ces adorables poèmes, le Jour, les Fleurs, les Fruits, de la collection Vitta, qui inspiraient à Maurice Hamel cette jolie page : « Dans le grand panneau des Idées, l’arabesque imprévue et facile, le jet heureux de la composition nous emporte aux régions charmantes où les corps libérés se jouent au gré de leurs désirs, les idées sont des femmes soeurs, des corolles et des palmes, envolées dans le ciel où les étoiles brillent parmi des retombées de sombres feuillage. Elles sont écloses dans la joie, ces belles idées ; elles sont nées d’une pensée affranchie et qui jouit de sa maîtrise.
« J’aime aussi le clair et charmant symbolisme de ces autres panneaux la Rêverie, la Pensée, les Fruits, les Fleurs, d’un arrangement gracieux et d’un frais coloris : j’aime surtout le Jour, où la lumière chante sur les masses bien silhouettées des futaies, et sur la surface claire des eaux, où l’ardeur de l’été anime la fougue de deux danseuses, voluptueusement rythmée par la double flûte. »
Rappelez-vous encore le panneau de la collection Van der Boijen, la Montagne : un paysage sur une altitude, un paysage solitaire, forêts et lac, tout retroussé par le vent ; contre une statue s’accoude une figure rêveuse; par le sentier qui mène aux profondeurs du bois, un homme emporte une femme. Rappelezvous les quatres éléments : Y Air, la Terre, Y Eau, le Feu ; allez revoir au musée des Arts décoratifs ce chef d’œuvre, Y Ile heureuse, laissez-vous, de nouveau, pénétrer par le charme adorable que dégagent ces harmonies, joyeuses et mélancoliques à la fois, comme tous les vrais bonheurs, de couleurs et de formes. Qui ne voudrait avoir sous les yeux, toujours, ces images reposantes, le sourire à peine voilé de larmes, — les larmes des souvenirs heureux — de cette nature un peu solennelle et si bienveillante cependant, les grâces fraîches de ces jeunes femmes langoureuses et dociles, nonchalamment étendues sur les gazons en fleurs, au bord de ce lac enchanté, que la brise moire de ses
caresses... Le bon refuge pour une âme blessée par la vie et qu’il serait doux d’y aborder en l’une de ces nacelles qui de la rive des réalités conduisent les élus à l'île du rêve, pour, tout scepticisme et toute rancœur dépouillés, s’y laisser être doucement, tendrement, sensuellement heureux.
Dans la carrière [de Besnard, cette délicieuse toile marque une date, celle d’une conception plus sereine et plus harmonieuse encore des choses, celle d’un élan vers un idéal plus souriant et plus lumineux.
Des leçons de la vie, des exemples de la réalité, de toutes les observations, de tous les documents de l’enquête scrupuleuse à laquelle il s’est livré des années durant, il sait aujourd’hui exprimer, avec plus d’assurance, avec un sens plus étendu et plus pénétrant de la beauté des choses, les aspects durables et caractéristiques ; sa vision s’est élargie et s’est affinée ; son esprit, si longtemps tourmenté, possède une certitude ; il atteint, sans perdre aucune de ses qualités de verve et de fougue, à la sérénité lucide de l’âge mûr. Le plafond de la Comédie-Française, la décoration de la coupole du Petit-Palais, la façon dont Besnard y développe ses idées sont des preuves éclatantes de la maîtrise intellectuelle et technique où il est parvenu.
« Apollon salue de ses rayons les statues de nos poètes : Corneille, Racine, Molière et Victor Hugo. Il est accompagné des vingt-quatre Heures et précédé des neuf Muses, Au-dessus de la scène, un groupe, l’homme, la femme et le serpent dialoguent et tandis qu’à leur gauche une figure paraît écouter leurs paroles avec ironie, une autre à droite semble y découvrir un sens pathétique. » Tel est le thème que s’est choisi l’artiste ; on sait avec quelle fantaisie, quelle originalité, quel esprit il l’a traité, et aussi avec quel souci de sa destination il en a combiné les éléments, appuyant au-dessus de la scène toute la partie massive, architecturale et aussi les scènes les plus voisines de la réalité, de son sujet : l’homme et la femme, Adam et Éve prés de l’arbre du Bien et du Mal symbolisant l’éternel amour, et l’étemelle vie, tandis