RUE PALATINE, PARIS
SEUNVN BIBLIDTHEF)) IDEN
Tous droits de traduction et de reproduction réservés pour tous pays.
Iprimé en France.
St l’on veut connaître en tous ses détails la tentative que fit, en 1885, Albert de Mun pour constituer en France un parti catholique, il n’est que de lire le présent ouvrage. L'auteur, M. Henri Rollet, docteur ès lettres, est membre de la Confédération française des professions, membre du Centre des jeunes patrons. Par son expérience d’industriel, par la richesse des archives privées mises à sa disposition, il était, plus que personne, à même de traiter un pareil sujet. Il l’a fait avec une clarté et une impartialité qui charmeront le lecteur.
Octobre 1885 ! Il y avait alors deux ans que le Comte de Paris avait succédé au Comte de Chambord en qualité de chef de la Maison de France et de prétendant à la Couronne. Philippe VII remplaçait Henri V. C'était le temps où trente-neuf départements nommaient deux cents députés conscreateurs. Je me souviens du frisson de victoire que, petit garçon de huit ans, je ressentis dans un coin de Vendée, en ce clair pays que mon grandpère, le Comte de Maillé représenta au Parlement près d’un demi-siècle. Et cependant au début de cette même année, l’unité conservatrice semblait quelque peu compromise, si l’on en croit cette lettre que le Marquis de La Ferronnays, député de la Loire-Inférieure, adressait à
un ami normand, le Baron du Charmel, le 20 janvier 1885 : « La politique, écrivait-il, me paraît lamentable chez vous. L’est-elle moins ici? Je l'espère, parce qu’étant très puissants de vieille date, nous avons pu contenir l'élément dont l’esprit d’intrigue fait tant de mal en Normandie et ailleurs. Certaines personnes ont conservé le pur esprit de 1830... et ces personnes sont plus nombreuses que celles qui, chez nous — les arriérés dit-on, — gardent les idées de 1788... Ily a là des influences néfastes, contre lesquelles je ne vois aucun inconvénient à lutter, bien que j'eusse préféré que ces luites s’ouvrissent seulement à l’époque où, devenus un gouvernement existant, nous aurons le droit d’avoir une droite et une gauche... Une grande préoccupation doit dominer toutes nos divisions, étouffer nos hésitations, faire taire même certaines répugnances : celle de ramener le Roi. Plus tard nous chercherons, nous d’un côté, les autres de l’autre à amener son gouvernement dans les voies qui nous sembleront les meilleures ; mais l'heure n’est pas venue d’avoir ces délicatesses : il faut avant tout sauver le pays avant qu'il ne soit absolument perdu... Conclusion : là où Monsieur A, moins selon notre cœur que Monsieur B, apporte dix voix de plus que ce dernier, c'est À qu’il faut soutenir. Tel est mon programme, à la condition toutefois que l'addition soit sérieusement faite et qu'on n’ajoute pas, avec le signe +, des quantités négatives ou des termes de la forme \/-1, laquelle représente en algèbre, vous ne le savez peut-être plus, les quantités imaginaires. M’inspirant de ces principes. je suis sans cesse sur la brèche, calmant l’ardeur des uns, relevant le découragement des autres, opposant à certaines ambitions une résistance que les lettres que vous
connaissez ne peuvent vaincre, et en- äppelañt sans hésiter du Prince mal informé au Prince mieux informé 1, » |
En dépit des inquiétudes du Marquis de La Ferronnays les élections avaient été un triomphe pour les conservateurs, et le 10 octobre, le député de la Loire- Inférieure, qui se souvenait de la persécution religieuse avait déclaré au Baron du Charmel : « Que va être la nouvelle Chambre ? Chi lo sa ? Ce qui est certain, c’est qu’il va falloir désormais compter avec nous et que nous avons comme premier mandat celui de demander des comptes terribles aux sinistres polichinelles qui nous ont tyrannisés depuis huit ans 1. » On comprend donc que Léon XIII, dès le 6 novembre, ait prescrit au Nonce de « faire tout le possible et l'impossible » pour qu’ Albert de Mun voulüût bien surseoir à son projet. Le Pape craignait que la constitution d’un parti exclusivement religieux ne divisât les catholiques, dont un très grand nombre étaient royalistes. Cependant le Capitaine Lyautey, revenant de Rome avait pu dire, — non sans exagération : « Le Pape est républicain ». Républicain ? Le Pape pouvait-il être autre chose que catholique avant tout ?
Lorsque le ralliement à la République fut consommé, Léon XIII ne cachait pas sa surprise en voyant l’attachement des royalistes à la Maison Royale. Le Cardinal Baudrillart m'a dit que le Pape, accoutumé aux nombreuses dynasties qui avaient régné sur les divers Etats italiens, avait peine à concevoir le culte de tant de Français pour la Maison de France.
4° Archives de M. le Baron du Charmel.
En lisant l'ouvrage de M. Henri Rollet, comment ne pas admirer le rôle social d'Albert de Mun? Comment ne pas regretter que le Comte de Chambord ne soit pas monté sur le trône? Henri V jugeait la situation du monde ouvrier & un isolement contre nature ». Sous son règne, les catholiques sociaux, instaurant un ordre chrétien, auraient pu réaliser l’idéal de La Tour du Pin : « Le Prince en ses Conseils, le Peuple en ses Etats ».
Duc De LA Force,
de l’Académie française.