CHAPITRE VII
La période qui s'étend du 22 octobre aux premiers jours de novembre est celle où le projet d'Albert de Mun subit ce qu’on appelle en langage de théâtre «les feux de la rampe », Jusque-là le caractère général de ses déclarations et les préoccupations de la campagne électorale s'étaient conjugués pour retenir ses collègues et l’opinion catholique dans une prudente réserve, exception faite des manifestations de sympathie que nous avons relatées, et qui, encore une fois, s’adressaient au principe de son initiative et non à des modalités que personne ne connaissait. Pour apprécier la variété et les nuances de l’accueil que rencontra la lettre-programme au vicomte de Bélizal, il est nécessaire d'établir une distinction quelque peu artificielle entre la réaction des parlementaires de droite et des catholiques actifs au programme politique, leur réaction au programme social et l’expression publique de ces réactions dans la presse.
Cette division est conforme à la vérité historique en ce sens que la grande majorité des personnalités consultées ne virent que la partie politique du programme et ses répercussions éventuelles ; une minorité au contraire, favorable à cette initiative, s’inquiéta de la voir se « marquer » par un programme social, à leurs yeux, hardi. Quant à l’influence de la presse elle ne se manifesta, sauf quelques exceptions, qu'après le 3 novembre, date de la publication du programme,
Il faut cependant tenir compte de certaines réactions visant à la fois le programme politique et social, comme
de certains articles de presse parus dès la fin d’octobre sous l'inspiration de personnalités déjà renseignées. C’est pourquoi la distinction adoptée ne saurait être rigoureuse, mais dans ses grandes lignes elle correspond à des attitudes différentes, soit de pensée (préoccupation politique ou sociale), soit de date (réaction privée, action sur l’opinion par les journaux).