‹ Albert de Mun et le Parti Catholique: Thèse Complémentaire Présentée Pour le Doctorat ès LettresChapitre 34 sur 54 · ALAIN · texte numérisé non relu

ALAIN

1. La formule télégraphique anglaise figure au dossier de Mun avec une formule française adressée cette fois à Hyrvoix et ainsi conçue : « Prière attendre pour publier adhésion, » On voit par ce double geste combien le prince craignait une publication anticipée.

Né en 1844, le Prince de Léon, de la maison de Rohan, avait introduit

l'œuvre des Cercles en Morbihan, dont il était le député légitimiste depuis 1876,

Le 6, encore, c’est de Kerménguy qui télégraphie à Hyrvoix

Veuillez attendre nouvelle lettre avant publier.

DE KERMENGUY.

Et le surlendemain voici plus explicite la dépêche de Kersauson :

Adressé seconde lettre à Comte de Mun, Serai à Paris demain. Prière pas publier lettre avant ma visite à Mün. Désire m’entendre avec collègues.

KErsAUsON.

Ce même jour, Lorois, écrit à de Mun que deux ou trois de ses collègues et lui-même, arrivé le matin à Paris, croient préférable d’atténdre la vérification des pouvoirs pour publier leurs adhésions. Il interdit toute mention de la sienne jusque-là. Douloureusement, de Mun écrit en marge de cette lettre : « Admirable bravoure ! »

Le 9, la baronne de Lamberterie fait connaître que l'adhésion du député du Lot « n’est pas absolue » et qu’en conséquence elle ne peut donner l’autorisation de publier que le comte de Mun a demandée télégraphiquement à son mari.

Enfin, le comte de Kersauson donne à de Mun son sentiment le 8. Sa lettre assez explicite est d'autant plus intéressante qu’elle représente le fruit de plusieurs conciliabules avec des parlementaires de la droite.

Rappelant son adhésion antérieure, Kersauson dit qu’elle était sans réserve parce qu'il ne supposait pas que l’union nécessaire à l'opposition de droite put se trouver en question. Des articles de différents journaux lui font craindre que cette union nécessaire ne se trouve compromise :

N’avez-vous pas l'intention de réunir ceux de nos collègues qui vous ont énvoyé leur adhésion ? L’éntente une fois bien établie et définie entre nous, il n’y aurait peutêtre plus lieu de craindre une désunion que je déplorerais dans la crisé que nous traversons, désunion que pour ma part je voudrais éviter avant tout,

Pendant que se succèdent ces manifestations inquiétantes, le recrutement des parlementaires est au point mort. Le 29 octobre l'amiral Gicquel des Touches écrit à de Mun que l’article de l’Espérance de Nantes est destiné, craint-il, à (enrayer chez quelques uns de nos amis le mouvement » qu'il voulait provoquer.

Et le 31 octobre, l'amiral qui comprenait difficilement toutes ces réactions, se réservait à son tour :

Si nous sommes d’accord en majeure partie sur les principes qu’il renferme, je me sépare entièrement de vous sur l'opportunité de sa publication avant une entente des principaux représentants des Œuvres catholiques.… D’après ce que vous me dites le langage du Monde vous afilige, la lettre de M. de Cazenove est un mauvais symptôme. Ces graves questions exigent qu’on se voie, qu’on se parle. Quand la chose n’est pas possible mieux vaut attendre.

Pour moi, malgré mon désir de vous suivre et en restant d'accord sur le principe que nous défendons, je ne veux m'’associer à aucun prix à cette désunion et en prendre ma part de responsabilité.

Le 29 octobre enfin, nous trouvons dans une lettre de Bélizal cette confirmation : « Je regrette que Cazenove ait communiqué au public cette émotion... »

Ces difficultés n’échappaient pas à l'entourage de de Mun. La Tour du Pin lui écrit qu’il a déjeuné le 29 octobre avec le comte de Lamarzelle, député breton et qu’il a retiré de cet entretien lPimpression que les milieux parlementaires préparaient un « lâchage général ».

Vrignault dont nous avons dit l’autorité morale, conseille à de Mun de chercher ses moyens d’action hors du Parlement, d'organiser le parti comme une ligue religieuse et il ajoute : « Je crois enfin qu’il faudra exclure avec soin dé ses rangs tous ceux qui seraient entachés de catholicisme libéral. Le Syllabus est la pierre de touche. » Paroles frappantes dont la thèse était celle des Veuillot mais qui étaient certaines de heurter nombre de catholiques.

D'ailleurs de Mun ne s’illusionnait guère sur la portée de ces avertissements et de ces défections, témoin ces lignes

douloureuses d’un billet à Maurice Maignen pour percevoir son état d'âme :

« Les difficultés sont immenses, la campagne sera bien rude, les reproches, les accusations se lèvent de partout. Je n’ai d'espoir qu’en Dieu qui voit le fond de nos cœurs, dans l'Œuvre qui me suivra courageusement et dans le peuple chrétien dont la masse catholique me comprendra. »

En dépit des difficultés qu’il rencontre, de Mun pousse activement à l’organisation du nouveau parti. Cela tient surtout à ce que les instructions qu’il a données au départ sont exécutées par des hommes moins préoccupés que lui des difficultés rencontrées, et disposant, on ne saurait trop le souligner, d’un centre d’action perfectionné : l'Œuvre des Cercles. Pour voir comment s’organise le nouveau parti c’est vers elle qu’il faut de nouveau nous tourner.

Nous avons vu que le Cornité de l’Œuvre, saisi le 7 octobre d’une motion de confiance envers le secrétaire général de l'Œuvre, en avait statutairement ajourné la délibération à quinzaine. Le vote intervint le 28 octobre. Avant de voter, l’ancien préfet Pihoret se déclara partisan d’une action individuelle. La motion obtint une large majorité, quatre « dissidents » s’y opposèrent tandis que Robert de Mun qui présidait la séance s’abstint, ce que La Tour du Pin qualfiait de « véritable scandale ».

Détail intéressant : l’aumônier du Comité, le Père Jésuite Alet se montra « extrêmement net et vigoureux » en faveur du projet !. En conclusion du débat le colonel ajoutait que de Mun pouvait engager l'Œuvre carrément, elle ne le lâcherait pas.

L'Œuvre des Cercles étant défimtivement engagée, comment va-t-elle servir de cadre au parti ? Pour déterminer les modalités d'application de la décision qui vient d’être prise La Tour du Pin soumet aussitôt à de Mun une «Note sur l’organisation du parti catholique par l'Œuvre ». Ce document, très court, révèle chez son auteur la pensée

4. « Je n’ai pas voulu le faire ressortir au procès-verbal », note La Tour du Pin, le 29 octobre 1885.

d’une véritable métamorphose de l’'Œuvre. Il n’envisage aucune espèce d'apport de l’'Œuvre au parti, c’est l'Œuvre qui devient le parti.

« Cette organisation, écrit-1l en commençant, doit être corporative pour conduire à la réforme du suffrage universel par la représentation des intérêts L »

L'Œuvre possède déjà trois commissions annexes : celle de l’industrie, celle de l’agriculture, celle des arts et métiers ?. Le parti les conservera mais en leur en adjoignant une quatrième : la commission commerciale. Ces quatre commissions resteront des annexes du secrétariat général de Œuvre, devenu eelui du parti. En province elles auront des « succursales » sous forme de réunions annexes aux comités locaux. Commissions et succursales auront un double objet : l'étude et la propagande à.

Le parti aura pour organe de correspondance les bulletins des quatre commissions, la Corporation et l'Association Catholique. Les abonnements seront obligatoires.

Les comités resteront divisés en quatre sections : celle du recrutement, celle de l’organisation, celle de l’administration, divisée en services autonomes et celle de l’instruetion À.

Enfin, et là 1l innove, 1l prévoit le groupement des « éléments politiciens », c'est-à-dire les elasses hbérales. Leurs représentants seront réunis en petites commissions « non autonomes » 5, constituées sur l'initiative de la première section de chaque comité. Ces commissions comporteront trois « services », celui des conférences destiné aux avocats, celui de la presse pour les journalistes et celui des relations pour les « politiciens sans autre profession ».

La nouvelle organisation du parti devra raviver la Commission législative de l’'Œuvre des Cereles en la rattachant

1. Et il ajoute : « Cela peut frapper utilement l'opinion. Le reste est de la rangaine. »

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