SOURCES MANUSCRITES
L'histoire de la tentative d'Albert de Mun pour former un parti catholique a pu être reconstituée dans ses détails grâce à l’utilisation de cinq séries de documents manuscrits inédits.
I. — Le possier pu « PARTI CATHOLIQUE », constitué par Albert de Mun lui-même, c’est l’ensemble essentiel de cette documentation.
Intéressé par les études historiques, Albert de Mun semble avoir toujours songé à faire écrire ou au moins à favoriser une histoire du catholicisme social de son temps. Lui-même apporta une contribution à des travaux de cette nature soit dans Ma vocation sociale, qui est un document essentiel sur les premières années de l'Œuvre des Cercles, soit par la réunion de ses discours et écrits que publia sous sa direction Geoffroy de Grandmaison. On trouve aussi l’expression de cette préoccupation dans la préface de l’histoire du catholicisme social en Anjou du baron de Villebois-Mareuil.
Dans cet esprit de Mun avait réuni les pièces de sa correspondance qu’il jugeait intéressantes en dossiers.
Presque tous ces dossiers devaient disparaître en août 1914, quand de Mun brüûla ses papiers avant de partir rejoindre le Gouvernement à Bordeaux. Par hasard ou à dessein, le dossier du parti catholique fut du tout petit nombre des papiers conservés.
Il est devenu la propriété du fils aîné d’Albert de Mun, M. le comte Bertrand de Mun, qui le conserve dans son domicile parisien.
En tête du dossier figure une petite note au crayon bleu de la main de de Mun indiquant qu’il a conservé les lettres jugées par lui les plus intéressantes, parmi toutes celles qu'il reçut
durant les trois mois que dura sa tentative. Puis nous trouvons une longue note manuscrite, non datée, où de Mun expose les raisons de son initiative (l'utilité d’un rassemblement catholique, la nécessité d’un programme social) et la position du parti à l'égard de la monarchie.
Cette note comprend 25 pages et s’arrête brusquement après l'analyse des rapports avec la monarchie. L'absence de toute formule de conclusion laisse à penser que l’auteur aurait ajouté quelques développements si des préoccupations sans doute plus immédiates ne l’en avaient empêché.
Cette note se présente comme un ensemble d’appréciations personnelles, une manière de plaidoyer. Elle n'engage que son auteur et contient peu d’idées nouvelles.
Les 80 lettres sont rangées dans l’ordre chronologique, en commençant par celles de l’Amiral Gicquel des Touches au mois d'août. 1885 après la publication du Manifeste des Treize. De Mun a voulu ce faisant relier sa tentative au Manifeste dont il a écrit en marge d’une de ces lettres qu'il en était le point de départ.
Ensuite, viennent quelques lettres relatives au manifeste à l’Amiral, mais la majorité de ces documents est constituée par les réponses à une lettre dont nous n’avons retrouvé qu’un brouillon et qui demandait J’avis des correspondants sur le texte de la lettre-programme au vicomte de Bélizal.
Puis, nous trouvons un ensemble de lettres et dépêches des parlementaires pressés d’adhérer à la constitution du groupe parlementaire du parti.
Enfin, un dernier fonds est celui des témoignages que reçut de Mun à la suite de son désistement.
La part de correspondance est plus nombreuse qu'il n’est d’usage dans une entreprise de ce genre. Cela tient à l’absence même de de Mun qui séjourna du début d'octobre jusqu’à la fin de novembre à Canterbury (sauf 3 jours au début de novembre).
La diversité de ces lettres constitue une sorte de confirmation précieuse. Il n’est pas rare que tels documents permettent la critique de tels autres par exemple les lettres d'Hervé-Bazin complètent notre information sur les réactions de Mgr. Freppel.
JT. — LE Dossier GRANDMAISON.
Geoffroy de Grandmaison qui a laissé quelques sérieuses études sur l’histoire religieuse du x1x° siècle fut entre 1885 et 1900, le secrétaire bénévole d'Albert de Mun.
Plus tard, la pensée lui vint d’écrire la vie de son ami et il réunit divers documents autour des 600 lettres environ qu'il en avait reçues.
Après la mort de de Mun, Grandmaison dut abandonner ce dessein sous l'influence, semble-t-il, de la famille de Mun. Ses papiers demeurèrent donc inemployés au château de Nagel (Eure), sa demeure, où sa veuve, Mme Geoffroy de Grandmaison, les a conservés.
Parmi eux, se trouve un dossier du parti catholique où l’on trouve un très petit nombre de pièces, maïs toutes importantes et d’abord la copie personnelle de Grandmaison de la lettre de Mgr. di Rende à son auditeur à Paris. Cette pièce capitale qui manque au dossier de Bertrand de Mun nous a permis de préciser les conditions, jusqu'ici obscures, du désistement de de Mun. On y trouve deux lettres de de Mun à l’abbé Leroy, une lettre d'Hyrvoix au même, deux lettres de de Mun à Grandmaison et la lettre de l’Evêque de La Rochelle au même.
Tous ces documents, en parfait état de conservation forment un complément précieux au dossier Bertrand de Mun. Le caractère très personnel des textes a sans doute motivé leur conservation par Grandmaison.