LES APÔTRES SAINT JEAN ET SAINT PIERRE, SAINT PAUL ET SAINT MARC
(1526) (Pinacothèque de Munich.)
nommer tes Quatre Tempéraments), figures imposantes, dénue'es de toute mysticité et où l'on sent même l'influence des idées de la Réforme (l'artiste les avait d'ailleurs accompagnées d'inscriptions tirées de la Bible de Luther), mais néanmoins d'un sublime qui dépasse l'humanité (page 121). La forme de ces panneaux a fait penser qu'ils étaient destinés à accompagner une composition centrale, peut-être un Jugement dernier pour lequel un dessin à la plume, de 1525, dans la collection Juriè, à Vienne, semble être une étude, mais qui ne fut jamais exécuté. Que n'eût pas été une telle œuvre !... Durer fit hommage de ces panneaux en termes touchants, le 7 octobre 1526, à sa ville natale, qui l'en remercia par une somme de 100 florins rhénans, plus 12 florins pour sa femme et 2 florins pour son aide. Ils figurèrent à l'hôtel de ville de Nuremberg jusqu'au jour où le Conseil, en 1627, les céda au roiMaximilien de Bavière, ce qui explique leur présence actuelle à la Pinacothèque de Munich. Divers dessins pour ces quatre figures sont conservés au Cabinet de Berlin et dans les collections Bonnat et Mitchell. Ce devait être là le chef-d'œuvre suprême. [Les fragments du petit retable commandé à Durer en 1523, dit autel Jabach, conservés à la Pinacothèque de Munich, au Musée de Cologne et à l'Institut Stsedel, et la Vierge à la pomme (1524) des Offices, ne sont que des travaux d'atelier.] De plus en plus affaibli par le mal dont il avait éprouvé les symptômes en Zélande, le grand artiste termina, à l'âge de cinquante-huit ans seulement, le 6 avril
1528, une vie honnête et bonne, toute consacrée au travail et remplie d'œuvres géniales.
Cette mort affligea profondément ses nombreux amis et produisit dans tout le monde intellectuel de l'époque une vive émotion; les écrits des personnages d'élite de Nuremberg témoignent des regrets les plus vifs. Pirkheimer, qui habitait le plus souvent son château de Neunhof et n'était pas arrivé à temps pour assister aux derniers moments de son ami, composa plusieurs élégies où il exprimait éloquemment sa douleur de n'avoir pu adresser ses adieux à celui qui, depuis tant d'années, avait été le confident de ses plus secrètes pensées.
Durer fut enterré en grande pompe dans le cimetière Saint-Jean, aux portes de Nuremberg. Sa tombe, une simple dalle comme la plupart de celles qui l'environnent, porte une plaque de bronze où est gravée l'épitaphe latine rédigée par Pirkheimer :