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SUR LES RAPPORTS DE L’ALLEMAGNE AVEC LA PÉNINSULE IBÉRIQUE

Les relations du Portugal avec les grandes cités commerçantes de la Flandre et de l’Allemagne étaient au xvie siècle très étroites. Depuis que les découvertes des navigateurs portugais et espagnols avaient ouvert au commerce international une voie nouvelle et presque sans limites, l’importance de Venise diminuait rapidement, et Lisbonne héritait une partie au moins de la prépondérance maritime du grand port de l’Adriatique. Le tribut qu’Augsbourg, Nuremberg et Ulm, les trois grandes cités de la ligue souabe, et d’autre part Anvers, la métropole flamande, payaient autrefois à Venise, elles le payaient maintenant à Lisbonne. Tandis que le Fondaco dei Tedeschi fermait ses portes, une succursale de la maison Imhof, la fameuse banque de Nuremberg, s’établissait dans la capitale du Portugal ; son chef Ulrich Imhof, latinisant son nom, s’appelait Im-Cnria; on l’enterra dans l’église Notre-Dame-de-Conception à Lisbonne, à côté d’un de ses compatriotes. Un Michel Imhof était éga-

PIECES JUSTIFICATIVES

lement fixé à Lisbonne en 1 5 1 9 ; les relations de la riche famille avec le Portugal se prolongèrent jusqu’au xvmc siècle h

Longtemps auparavant, de nombreux émigrants allemands étaient venus offrir leurs services à la couronne de Portugal, comme en fait foi le témoignage curieux d’un docteur de Nuremberg, Hieronymus Müntzer ou Monetarius, qui visita ces pays en 1495-96 et fut accueilli avec distinction par le roi Jean IL Müntzer parle d’un grand nombre d’Allemands de toutes professions, rencontrés par lui en Portugal : ecclésiastiques, marchands, artistes, imprimeurs, bombardiers. Cette dernière catégorie d’émigrants allemands semble avoir été, avec celle des imprimeurs, la plus nombreuse. Damiano de Goes cite souvent des artilleurs allemands engagés sur les vaisseaux portugais à destination des Indes. Quant aux imprimeurs allemands, Müntzer, arrivant à Grenade en 1494, en trouva dans cette ville toute une colonie. Jean II avait fait venir deux imprimeurs, l’un de Nordlingue, l’autre de Strasbourg, qu’il voulait envoyer à l’île Saint-Thomas. C’est un de ces Allemands qui adressa en 1 5 1 5 à Dürer le dessin du fameux rhinocéros (B. 1 36) dont nous avons parlé (pageaoa). On sait que, déjà en 1428, Jean van Eyck avait été appelé en Portugal pour faire le portrait de l’infante Isabel, future duchesse de Bourgogne. De son côté, le gouvernement portugais accréditait des agents dans le nord de l’Europe et la factorerie portugaise d’Anvers nous donne un spécimen de ces agences.

On a cru reconnaître une certaine influence de Dürer sur l’art de la péninsule Ibérique et spécialement sur l’art portugais. Ainsi, Cean Bermudes voit dans Fernando Gallegos un disciple du maître nurembergeois, et le comte de Raczinski soutient que les tableaux de Grâo-Vasco, au lieu d’accuser l’influence italienne, comme on l’a supposé, procèdent décidément d’Albert Dürer. Mais des affirmations de ce genre ne suffisent pas pour établir sérieusement une réelle parenté entre l’art de Dürer et celui de la péninsule. Ce qui est plus avéré, c’est que les ouvrages théoriques de Dürer furent de très bonne heure appréciés et traduits au delà des Pyrénées et qu’ils servirent longtemps de règle, de canon aux artistes portugais. François de Hollande parle de Dürer dans ses Dialogues (1549), Luiz da Costa (né en 1599) traduit en portugais les Quatre livres des proportions du corps humain, Felipe Nunes (1614) cite fréquemment les travaux scientifiques de Dürer, surtout le Traité des proportions, d’après l’édition latine. Ces citations, accompagnées d’éloges, se poursuivent jusqu’au milieu du xviii0 siècle; à partir de cette époque, l’influence française prédomine et Dürer semble oublié.

1. De 1701 à 1717, Jacob-Wilhelm Iinhof publie une série de travaux importants, luxueusement édités, sur la généalogie des rois d’Espagne et de Portugal et sur la Grandesse des deux royaumes.

ALBERT D Ü RE R

Durer ne fut pas moins connu et apprécié en Espagne. Dès le milieu du xvie siècle, Juan de Yciar met à profit son Traité des proportions du corps humain et son Traité des mesures; Carducho, dans ses Dialogues, vante notre maître, « parce que non seulement il travailla avec une si grande excellence comme le montrent ses œuvres, mais encore écrivit beaucoup de traités sur ces matières avec une érudition et une science supérieures ». Enfin Pacheco, dans son Arte de la Pintura, cite la Passion du Christ et la Vie de la Vierge comme des modèles, admire surtout les portraits du maître et, dans une clas-

sification des peintres les plus célèbres, place Durer au troisième rang après Michel-Ange et Raphaël et avant le Titien. Jusqu’à la fin du xviii0 siècle, les écrivains espagnols s’occupent de Dürer avec une attention marquée. Ses œuvres d’art sont, aux mêmes époques, très recherchées en Espagne. Le sombre Philippe II collectionnait les dessins de Dürer et ses gravures sur bois, surtout celles de V Apocalypse. Carducho parle d’une vente de la Passion de Jésus-Christ faite aux enchères publiques dans la première moitié du xviic siècle. Dürer figure encore dans d’autres ventes publiques, notamment dans celle de la collection du fameux Antonio Perez.

Cette autorité exercée par Dürer sur l’extrême occident de l’Europe, sans qu’il convienne d’en exagérer la portée, montre bien jusqu’à quel point la gloire du maître nurembergeois était devenue universelle h

CONFIRMATION PAR L’EMPEREUR C H ARLES-QUI NT DE LA PENSION ACCORDÉE A DURER PAR MAXIMILIEN Ier

L’Empereur Charles V au bourgmestre et au Conseil de Nuremberg.

Cologne, 4 novembre 1520.

Document confirmatif pour Dürer.

Aux honorables et chers fidèles de nous et de notre Empire, au bourgmestre et au Conseil de la ville de Nuremberg, ordre de donner à Albrecht Dürer, sa vie durant, sur les impôts de la ville, cent florins.

1. Voy. Joaquim de Vasconcellos, Goësiam, 0 retrato de Albrecht Durer, Porto, 1879; et du même, Archeologia artistica, t. Ier, fascicule IV, Porto, 1876.

PIÈGES JUSTIFICATIVES

Charles, par la grâce de Dieu, Empereur romain, toujours Auguste, etc.

« Honores et chers fidèles,

« Comme, de son vivant, le sérénissime prince, l’empereur Maximilien, notre cher seigneur et grand-père, de glorieuse mémoire, a décidé et décrété de payer au cher fidèle de nous et de l’Empire, Albrecht Durer, sa vie durante tous les ans, cent florins du Rhin sur les impôts ordinaires dus à nous et à l’Empire, que vous avez à verser annuellement dans nos chambres impériales ; et comme nous, en qualité d’Empereur, avons gracieusement confirmé et renouvelé cette pension en vertu d’une ordonnance, nous ordonnons formellement et désirons que vous payiez et acquittiez audit Albrecht Durer la pension de cent florins du Rhin mentionnée, autant de fois qu’elle est restée impayée depuis le décret de l’empereur Maximilien, et que vous la continuiez annuellement, sa vie durant, sur les impôts de la ville susnommée, avec quittance en bonne forme, et qu’aucun obstacle ou embarras n’empêche que cela soit. Vous ferez ainsi notre volonté très arrêtée.

« Fait dans notre ville impériale de Cologne, le quatrième jour du mois de novembre.

« Charles.

« Albrecht,

Cardinal archevêque de Mayence, archichancelier.

« Enregistré : Puchler. »

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