‹ Albert Dürer et ses dessinsChapitre 22 sur 163 · LA PASSION VERTE. LA VIE DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

LA PASSION VERTE. LA VIE DE LA VIERGE

Tout occupé qu’il était de ses études pour la gravure et de ses nombreux tableaux, Durer trouvait le temps de se délasser en des travaux de moindre importance. Il s’exercait à reproduire avec le pinceau du miniaturiste les divers animaux, les insectes et les plantes que lui offrait la campagne de Nuremberg. Certaines de ces études lui servaient à garnir les premiers plans de ses grandes compositions dans lesquelles, suivant l’exemple de Wolgemut et des peintres flamands, il aime à semer quelques détails pris à la nature animale ou végétale; il pousse en cette matière l’amour de l’exactitude au point de ne vouloir, le plus souvent, placer dans ses œuvres que les animaux qu’il a pu étudier d’après nature. Il sut conserver cet honorable scrupule jusqu’à la fin de sa carrière : dans une lettre de i523, il s’excuse de ne pouvoir dessiner une ronde de singes aussi bien qu’il le voudrait1 : « En ce qui concerne, dit-il, la danse

i. Adressée à Hans Frey de Zurich; au dos de la feuille, la danse de singes en question, avec cette inscription : i5‘23, après André à Nuremberg, et d'autres encore à Nuremberg.

des singes que vous demandez que je vous fasse, je l’ai dessinée ci-contre inhabilement; car il y a longtemps que je n’ai vu de singes. » Nous possédons de nombreux échantillons de ces études d’animaux et de plantes, traitées avec une rare perfection et appartenant à toutes les époques de la vie de Dürer. Le caractère et le mouvement, quand il s’agit d’animaux, sont rendus avec une vérité saisissante que personne n’a dépassée; nulle trace d’archaïsme ou de convention. Dürer ne se montre pas moins exact que le plus minutieux de nos contemporains, et cette exactitude vient non pas d’un raffinement dans le détail, mais de la forte conception de l’animal tout entier. Outre sa prodigieuse habileté de main, par sa manière si pénétrante de voir la création animée, il était de beaucoup en avance sur son temps ; certains de ses animaux ont un caractère tout moderne. Le même phénomène d'intense vitalité se révèle dans ses plantes; elles semblent pousser leurs frêles tiges sur le papier ou le parchemin ; on voit s’entr’ouvrir leurs pétales délicats, on respire leur parfum, rien de plus gracieux, de plus exquis, de plus féminin sans mollesse : le mâle et énergique peintre sait donner un charme infini aux capricieuses évolutions de la fleur.

Il faut citer toutes ces ravissantes miniatures, ces petites œuvres si achevées : le célèbre lapin sauvage de i5o2 (Albertine) ; la petite tète de cerf (cabinet des Estampes de Berlin1); une autre tète de cerf de grandeur naturelle, expirant, une flèche fixée près de l’œil gauche; à l’aquarelle sur dessous de plume, de i5oq (cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale); le cerf-volant de i5o5; un geai dont les pattes sont cachées; au pinceau, à l’encre de Chine et à l’aquarelle, avec le monogramme et la date 1 509 apocryphes ; le côté extérieur et le côté intérieur d’une aile de butor, largement peinte

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