Au British Muséum, une copie portant ce quatrain
Der Bienen Stich bringt grossen Sçhmerç So anch die Liebe venvunt manches Her\
Mit Freud an Lust, mit Angst uni Quai Lieb ist vnll Honig und bitter Gall.
(La piqûre de l’abeille cause une grande douleur — de même l’amour blesse plus d’un cœur — avec la joie et le désir, avec la peur et les tourments — l’amour est plein de miel et de fiel amer.)
bout de draperie sur lequel elle repose. Un des côtés du rectangle que forme la fontaine porte ces deux distiques :
Hvivs ninpha loci sacri cvstodia fontis
Donnio dvm blande sencio mvrmvr aqve Parce mevm qvisqvis tagis cava marôra svnïï Rvmpere sive bibas sire laver e tace 1.
On retrouve Durer tout entier dans les portraits et les gravures de ces années. Là il reparaît avec toutes les qualités que nous lui connaissons déjà, accrues et affermies par la maturité et par une pratique quotidienne. Voyez en effet une tète de femme tournée à gauche, fine et délicate, à la sanguine et à la pierre d’Italie sur fond rougeâtre, signée et datée 1 5 10 (British Muséum) ; une autre tète de femme, à la pointe d’argent, de i5io, au musée de Brème ; toute la physionomie exprime une douleur stupéfiée, les yeux révulsés semblent fixer quelque objet effrayant, la bouche est ouverte dans une crispation de terreur contenue, les cheveux tombent inertes sur les épaules; peut-être quelque étude pour une martyre, et contemporaine, sans doute, d’un homme nu, vu à micorps, d’une anatomie défectueuse avec des cheveux longs et frisés, dans une attitude contournée, un saint Sébastien selon toute vraisemblance; à la plume (British Muséum); — un homme vu à mi-corps, de face, la tète tournée à gauche et regardant à droite, une forte verrue sur le nez; la bouche ouverte comme s’il voulait crier; un lourd manteau couvre le buste, la tète est coiffée d’un bonnet pointu; petite étude d’un crieur de nuit, haute de quinze centimètres environ, très fine et très vivante; à la pointe d’argent sur papier préparé d’un ton gris, avec le monogramme et la date 1 5 1 2 (cabinet des Estampes de Dresde); — un buste d’homme nu,
. Voy. Mitth. der K. K. Centralcommission, VIII, 128-1 3i.
le corps penché à gauche en avant, la tète un peu relevée pour regarder à droite; il semble saisi de terreur, la bouche va crier et découvre la langue et les dents ; à la pierre d’Italie ; en bas, 1 5 1 2
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ÉTUDE POUR UNE DES FIGURES DU DÉSESPÉRÉ ( B. 7 O) Albertine.
et au-dessous le monogramm.e (cabinet des Estampes de Berlin) ; — une autre tète d’homme imberbe, aux yeux clairs, vu presque de face, âgé d’environ cinquante ans, coiffé d’un bonnet et vêtu d’une houppelande avec revers en fourrure; en haut, le mono-
gramme et 1 5 1 2 (Bibliothèque royale de Turin); — le buste de Barbara, mère de Durer, exécuté le 19 mars 1 5 14, c’est-à-dire deux mois avant sa mort ; la tète, grande comme nature, couverte d’un châle, est déjà bouleversée par les tortures de l’agonie; la mort est imminente; les traits, d’une maigreur horrible, sont accusés par de longs coups de fusain; c’est à la fois l’œuvre la plus pathétique et la plus brutale du maître ; en haut sur la marge, au fusain, de la main de Dürer : i5i^à Oculi (19 mars); plus à droite : c’est la mère d’Albert Durer, qui était âgée de soixantetrois ans; au-dessous, à l’encre : et est décédée en l’année i5 14, le mardi avant la semaine de la Croix (16 mai), à deux heures, dans la nuit ; les trois derniers mots sont presque entièrement effacés1 (cabinet des Estampes de Berlin, provenant de la collection Firmin Didot).
De la même année 1 5 1 4, le buste d’Andréas Dürer, à la pointe d’argent, sur fond blanc, d’une très belle facture, avec cette inscription de l’auteur : Ainsi était la figure dD mires Dürer quand il eut trente ans. Visage long, traits sans accent, regard un peu fixe et terne, cou effilé; il serait difficile de saisir une ressemblance, même fugitive, entre cette physionomie placide et la tête olympienne d’Albert Dürer (Albertine) 2 ; — - un homme tourné à gauche, en profil perdu, l’avant-bras étendu sur une table ; il est coiffé d’un bonnet mou, les cheveux rassemblés dans un filet; le cou est entouré d’une fraise, le buste est couvert d'une large casaque à col rabattu; dessin à grands traits de plume, d’une rare puissance; quoique le profil soit très perdu, la figure est indiquée avec une
1. Ce portrait est reproduit dans l’ouvrage de M. Thausing, p. 37. Voy. Pièces justificatives , n° V.
2. Dans la collection Esterhazy, à Pesth,une copie de ce portrait, masque et bonnet seulement, par Hans Hofmann, d’une plume très fine avec rehauts blancs, sur papier préparé.
science telle que l’on a une idée très nette du personnage (Albertine). Gomme le remarque M. Thausing, cette étude a servi pour une des figures de la gravure le Désespéré ^toutefois la ressemblance n’existe que dans l’attitude du corps et le costume ;tles deux tètes sont très différentes, celle de l’estampe rappelle un peu le profil énergique et sauvage de Michel-Ange. Quant à une analogie quelconque entre Endres Dürer et l'une ou l’autre de ces deux figures, analogie relevée par M. Thausing, elle nous paraît absolument arbitraire; il y a vingt années de différence entre Endres et les deux personnages en question; — -une femme assise sur un banc, presque de face, tenant des fleurs dans les mains ; costume de bourgeoise; un trousseau de clefs pendu à la ceinture; beaucoup de bonhomie et de vivacité (collection de M. Mitchell)1 2; — un buste de jeune fille aux joues un peu fortes, pleine de santé, les yeux baissés, coiffée très simplement avec un ruban dans ses cheveux tressés en nattes pendantes3. On remarquera entre ce portrait de 1 5 1 5 et la tète de femme de i5o3 (voy. p. 84), tous deux au cabinet des Estampes de Berlin, un air de famille assez accentué. M. Thausing croit que ces deux tètes sont celles de la mère et de la fille, et, les rapprochant de la figure bien connue d’Agnès Frey, il suppose que les portraits de i5o3 et de 1 5 1 5 représentent la sœur et la nièce de celle-ci ; au moins les modèles de ces dessins aussi bien que celui du dessin de i5o5 , chez M. Vieweg (voy. p. 84),
1. Bartsch, 70: « Cinq études de figures. — Un homme nu, ayant un genou en terre, et portant les mains à ses cheveux comme pour se gratter. Près de lui, à la droite de l’estampe, est couchée une femme endormie. Un peu plus vers le fond, un homme debout tient un pot. A gauche, on voit, à demi-corps et de profil, un autre qui est vêtu à l’allemande et a la tète couverte d’un bonnet. La tète d’une cinquième figure paraît au-dessus de celle de l’homme qui est à genoux. On ignore ce que Durer a voulu exprimer par cette pièce, où il a cherché à faire des études de nu. Elle est gravée à l’eau-forte sur une planche de fer ».
2. Reproduit dans la Gaqette des Beaux-Arts, 2e période, t. XVII, p. 244.