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ÉTUDE POUR LE TABLEAU DE TOUS LES SAINTS

Collection de M. le duc d’Aumale.

aux traits réguliers et impassibles, au regard fixe, qu’on retrouve dans YEcce Homo du musée de Brême, panneau daté ï 5 14, et la tête demi-nature de sainte Anne, de 1 5 1 9, finement exécutée à l’encre de Chine et à la gouache blanche sur fond noir (Albertine), pour un tableau Sainte Anne, Marie et l’Enfant. Ce tableau, vendu vers i85o par la galerie royale de Schleisheim au marchand de tableaux Entres, est aujourd’hui chez M. de Kourisse d’Odessa. Il avait été gravé par Prestel dans le cabinet Praun ainsi qu’un dessin de Dürer de la même collection, traitant le même sujet, et dont l’original est dans la collection Esterhazy. Sainte Anne, d’une taille démesurée, enveloppée de longs et larges plis, ne montrant que son visage d’une gravité triste, porte sur le bras droit, recouvert par son manteau, l’enfant Jésus qui tient une pomme; la Vierge, relativement petite et toute jeune fille encore, debout, joint les mains en signe.d’adoration; le groupe est placé devant une haie derrière laquelle se déroule un paysage dessiné en quelques traits de plume1. A l’ Albertine , le même groupe conçu d’une façon tout intime : sainte Anne, sur un banc, tient Jésus, tandis que la Vierge, assise à côté de sa mère, boutonne la petite chemise de l’enfant; croquis à la plume, assez insignifiant et dont l’encre a pâli; au bas, à droite, 1 5 1 2 au-dessus du monogramme. Cette trinité sacrée réparait plus tendrement groupée, sur un tertre de gazon, dans une aquarelle relevée de plume, signée du monogramme et datée 1 5 14 (collection deM. Mitchell) 2.

l’ Albertine, ainsi qu’un suaire de sainte Véronique (voy. p. 225), avec une plus petite tète, couronnée d’épines, d'une non moins noble et belle expression; toutes deux à la plume.

1. Ce dessin a servi pour le groupe principal de la gravure sur bois. Heller, 1986.

2. Ce dessin est reproduit en sens inverse dans une gravure sur bois datée x 5 1 8, qui semble de Hans Baldung Grien (cataloguée par Heller, p. 760,11° 26); M. Mitchell possède cette gravure dont on connaît une autre épreuve dans la collection de feu M. Huth de Londres.

Un sujet énigmatique et dont il est difficile, impossible même de comprendre le sens précis ou la destination, est traité dans un dessin à la plume de l’Albertine : sous une voûte, un homme vu de dos, assis sur un banc, écrivant sur un pupitre que porte une table; devant lui une femme nue, debout; à la droite de celle-ci, un dragon ailé, la gueule ouverte, comme on en voit dans maints dessins du maître, dans la Grande Passion et b Apocalypse , tenant entre ses griffes une espèce de flûte de Pan; de l’autre côté, un homme assis, le coude appuyé sur la table, regarde la femme; les deux hommes sont vêtus en ermites; dans le fond, un escalier tournant; peut-être quelque projet d’une Tentation de saint Antoine; la date 1 5 1 5 et le monogramme apocryphes. Deux autres dessins à la plume, également inexplicables, au British Muséum : l’un, une femme en riche costume, les épaules nues, tenant une palme; en face d’elle, une femme nue, une balance à la main et pesant quelque objet1; l’autre, une femme nue marchant à pas précipités vers la gauche, le bras droit levé tenant une sorte de flambeau [(serait-ce la Vérité?). De même un homme nu assis, le bras gauche à terre, le bras droit posé sur le genou, retournant la tète pour voir un lion qui s'avance la gueule ouverte, et dont le corps est coupé par le bord du papier; en haut, 1 5 1 7 surmontant le monogramme; croquis à la pierre d’Italie (cabinet des Estampes de Francfort).

Plus intelligible est une composition de 1 5 1 4. Sous le porche d’une église, un évêque revêtu de ses habits sacerdotaux, la crosse en main, officie, suivi de deux jeunes diacres ; non loin de lui, un

1. Ce dessin est mentionné dans Allegorical engravings of A. Durer , reprinted from the Gentlemaris magazine, n° 10, 11 and i3, new sériés 1 866-i86j, p. 3o et suiv. de M. Holt. L’auteur de l’article prétend avoir vu sur l’un des plateaux de la balance une paire de gants, sur l’autre une plume. Il nous a été impossible de distinguer les objets qui s’y trouvent. L’interprétation de l’écrivain anglais est trop fantaisiste pour être rapportée (Voy. Durer-Studien de M. Max Allihn, p. 17.)

peu effacée derrière une colonne, la Mort, sous la forme d’un squelette enveloppé d’un suaire, tenant une pelle, attend sa proie; à la plume; au bas, le monogramme, la date et ces mots : de Alberto Durero (collection du professeur Bertini à Milan) ‘.De 1 5 1 4 encore, un tout autre dessin, le petit Amour piqué par les abeilles : sur un banc rustique, deux ruches; à terre, une troisième, renversée, d’où s’échappe un essaim d’abeilles pourchassant l’Amour éploré qui se réfugie auprès de sa mère en emportant un gâteau de miel; Vénus, vêtue de blanc, ne paraît guère alarmée du danger que court son fils; elle lève la main droite pour adresser à Cupidon la remontrance méritée, tandis qu’elle tient de l’autre une torche allumée. C’est une traduction un peu alourdie de la charmante bluette d’Anacréon, communiquée sans doute à Dürer par son érudit ami Pirkheimer; à la plume, lavé d’aquarelle, avec la date au-dessus du monogramme 2 . Dans cette catégorie de sujets mythologiques il faut ranger un autre dessin également à la plume, lavé d’aquarelle et comme le précédent dans la collection Ambras, à Vienne : au pied d’une fontaine en marbre, une naïade endormie, la tête appuyée sur une de ses mains, retenant de l’autre le

1. A signaler aussi, la Mort sous la forme d’un squelette, au crâne semé de quelques cheveux, debout, tourné à gauche, s’avançant à grands pas, tenant de la main gauche le manche de la faux et soulevant un linceul dont une extrémité est retenue par la main droite et qui forme ainsi comme une large aile de chauve-souris ; plume vigoureuse avec rehauts blancs sur fond jaune brun; au verso, un pan de draperie (collection de Mme V'c Grahl, à Dresde).

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