‹ Albert Dürer et ses dessinsChapitre 7 sur 163 · JÉSUS AU GLOBE D’OR · texte numérisé non relu

JÉSUS AU GLOBE D’OR

Albertine.

pas un double séjour à Venise, le premier en 1494, au temps de l’admiration; le second en i5o6, à l’époque de la critique plus sévère? Ne s’agit-il pas ici, comme le croit M. Grimm, de l’art

mantegnesque qui, en pleine floraison à Venise vers la fin du xve siècle, était déjà détrôné, au commencement du xvie, par le naturalisme séduisant des Bellini, en sorte qu’après avoir admiré l’un à son premier voyage, Durer, revenu à Venise, réservait pour l’autre tout son enthousiasme? En outre, on nous présente deux copies de Mantegna, les Tritons et la Bacchanale, qui ont dû être faites à Venise, puisqu’elles portent la date de 1494 h Enfin l’argument irréfutable est tiré de l’œuvre même de Dürer : les vues d’Inspruck, de Trente, les montagnes du Tyrol, une feuille contenant à la fois Y Enlèvement d’Europe, Apollon avec l’arc et le carquois et Trois têtes de lion, d’autres dessins encore, ne peuvent appartenir qu’à la première période de la carrière du maître. Il faut remarquer, dit-on, à l’appui de cette hypothèse, que ces productions ne sont ni signées ni datées, tandis qu’à partir de i5o3, Dürer marque tous ses dessins un peu importants du monogramme que l'on connaît. Nous ne mentionnons que par un excès de scrupule un dernier argument : en i5o6, l'artiste allant à Venise pour affaires, emportant un certain nombre d’œuvres qu'il espérait vendre au delà des Alpes, devait voyager en grand appareil, magno et impedito comitatu ; il n’aurait donc pas eu le temps de s’arrêter çà et là pour prendre des croquis; au contraire, en 1494, il voyageait en amateur, expeditus, nul la rheda, nullis impedimentis ! et c'est alors, évidemment, qu’il a dessiné Inspruck, Trente et le reste.

Voilà dans un résumé bref, mais absolument impartial, l’argumentation de M. Thausing; elle est serrée, nourrie, ingénieuse, séduisante. Examinons-la d’un peu près.

M. Thausing relève un contraste frappant entre les paysages des premières années de Dürer et ceux de sa maturité. Selon lui, ceux-là, à l'aquarelle, sont traités avec un soin délicat, tandis

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