‹ Albert Dürer et ses dessinsChapitre 82 sur 163 · ENFANTS SOULEVANT DEUX CORNES D'ABONDANCE · texte numérisé non relu

ENFANTS SOULEVANT DEUX CORNES D'ABONDANCE

British Muséum.

sur la terre du seigneur de Werdenberg, dans un village nommé Ertingen, près de Ridtingen, le vingtième jour du mois des foins et elles (si c) furent baptisées ; on appela l’une Elsbet, l’autre Margerett. Le tour est formé d’une arabesque à la plume; 1 5 1 2 (collection Bodléienne d’Oxford) h

Les arabesques du Livre d’ Heures reparaissent aussi dans une pancarte rectangulaire placée au bas d’une grande composition à la plume, des plus curieuses, conservée au musée de Rennes. Au haut de la pancarte, que tiennent des séraphins debout ou agenouillés en un groupe animé, ces mots de la main de Dürer : Da schreibt hrein jvas ir jvollt (ici dedans écrivez ce que vous voulez), mots qui semblent indiquer que l’auteur laissait le choix de la

1. Remarquons que le maître, I. E. avec l'oiseau (Bartsch, t. XIII, p. 245), a gravé, en i5o3, un sujet semblable; Brulliot (t. II, p. 4o5, n° 2860) décrit cette estampe « qui représente les monstres de deux enfants joints ensemble ».

ALBERT D Ü RE R

légende au destinataire du dessin ; dans le bas A. Durer, d'une écriture moderne. Le dessin lui-même présente une sorte de Jugement dernier, conçu dans un esprit d’énigmatique bizarrerie. Dans le haut de la page, un fond d’église avec un large autel surmonté du crucifix entre la Vierge et saint Jean ; à gauche, deux anges dont l’un apporte une bande de papier déroulée à l’autre qui, revêtu d’habits sacerdotaux, encense l’autel ; en avant, un troisième ange écrivant sur un registre où il note sans doute les noms des élus ; au-dessous, tout le milieu est occupé par un pandémonium étrange où Ton remarque, devant une guérite fermée, endroit familier aux diables immondes, un démon accroupi, inscrivant des noms, très probablement ceux des damnés, tandis qu’un autre, debout, lui apporte une large bande de papier couverte en partie d’inscriptions; à droite et à gauche du dessin, près des bords, un grand nombre de figures pressées, les juges, semble-t-il, auxquels les diables amènent les pécheurs, parmi lesquels une femme avec un baril dans une hotte portée par un monstre fantastique qui tient une canette et un jeu de trictrac, emblèmes de l’ivrognerie et de la dissipation ; d’un côté, la Vierge avec l'Enfant dans une auréole; de l’autre, un ange avec le crucifix, planant sur un nuage, paraissent intercéder pour les justiciables. Beaucoup de verve dans ce désordre et une furia qui fait songer à quelque Breughel d’Enfer.

En 1 5 1 5 , Durer abandonne quelque temps ces travaux pour l’empereur Maximilien et entreprend un voyage dont nous avons pu, grâce à un concours de circonstances heureuses, reconstituer les différentes étapes 1 . C’est surtout à la collection de MmeVve Grahl, à Dresde, que nous devons les renseignements les plus exacts sur ce voyage, demeuré inconnu jusqu’alors. Au milieu d’une suite de

i. Vov. Galette des' Beaux-Arls, décembre 18S0.

CHATEAU DE KALTENTHAL, Cabinet des Estampes de Berlin,

dessins de Dürer, nous avons rencontré un feuillet, recto et verso, qui, ainsi qu’un autre feuillet déjà signalé par nous dans la Galette des Beaux-Arts 1J faisait partie d’un carnet de forme oblongue, petit in-8°, avec pages de papier préparé à fond blanc, absolument semblable à celui que Dürer emporta, en i520, dans les Pays-Bas; on reconnaît à la marge extrême de ces feuillets les mêmes onglets de fine toile longs et étroits ; ces dessins, comme ceux du voyage néerlandais, sont tous à la pointe d’argent et dans cette même manière pleine de finesse et de précision ; les deux feuillets offrent onze vues prises par Dürer dans cette tournée à travers l’Allemagne du Sud, la Suisse et l’Alsace.

Parti de Nuremberg en i5i5, Dürer entre en Souabe, arrive à Stuttgart et dessine sur une même page trois châteaux forts dont il précise la situation par cette note, placée à côté du plus important d’entre eux, Kaltenntall by Stuchart i5i5 ; en haut, la même date 1 5 1 5 (cabinet des Estampes de Berlin)2. Le château de Kaltenthal surtout, hardiment campé sur la saillie d’un roc, donne une vivante idée de ces burgs allemands du moyen âge, presque imprenables et fameux par de longs sièges. Située à une heure sud-est de Stuttgart, cette forteresse a son histoire; on en parle dès ii25; en 1281 elle soutient victorieusement le siège des citoyens d’Essling ; ses seigneurs se faisaient alors appeler du fier nom de burgraves3. Quant aux deux autres vues, on ne peut

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