Année 1878, t. Ier, p. 25e
2. Il est évident que l’itinéraire indiqué par les dessins peut avoir été suivi au retour aussi bien qu’à l’aller.
3. Aujourd’hui le village de Ivaltenthal (vallée froide), ainsi appelé à cause de la fraîcheur de sa température, au nord-est de Vaihingen, est divisé en trois parties, Oberweiler, Unterweiler et Schlossberg (hameau supérieur, hameau inférieur, montagne du château). C'est dans Schlossberg que s’élevait jadis le fort de Kaltenthal. Acheté des burgraves de Kaltenthal, en i3i8, par le comte de Wurtemberg Eberhard Ier, dit l’illustre ( 1 265- 1 32 5), le château passa dans la famille Tachenhausen, fut acquis en 1709 par le duc Eberhard-Louis de Wurtemberg (1677-1733), puis cédé ( 1 7 4 1 ) au
savoir si elles se rattachent au burg de Kaltenthal ou si elles présentent des constructions distinctes; bune d’elles cependant semble être un fort détaché avec son petit corps de garde et son pont-levis ; çà et là quelques minuscules lansquenets indiquent le caractère militaire de l’endroit1.
De Stuttgart, Durer, se dirigeant vers le sud, s’arrête à Sulz et dans les environs. Quatre dessins, répartis en autant de compartiments sur une même page, attestent ce séjour : i° le château d’Albweck à Sulz, croquis très rapide, quoique très net, avec son double mur d’enceinte et ses massives constructions ; la porte d’entrée est surmontée de doubles armoiries; en haut, tout près du bord du papier, les mots Sullt{ Albweck am Neckar ; 20 sur un pan de roc, un château fort, avec sa tour carrée, relié à d’autres ouvrages de défense ; 3° un paysage avec un petit moulin à droite ; dans le fond, au milieu, une église de campagne, d’un aspect tout pittoresque ; Unser liebefroun çinsbach (Notre-Dame de Zinsbach) ; 40 sur un mamelon, un château fort, légèrement esquissé (collection de M"‘e veuve Grahl, à Dresde). Toutes ces inscriptions sont, bien entendu, de la main de Dürer.
Le temps n’a point respecté les monuments reproduits par le maître sur cette page curieuse, mais il n’est pas impossible de reconstituer, même avec précision, tout ce pays tel que Dürer l’a vu et dessiné. Consultons la Description des chefs-lieux de bailliage de Wurtemberg, publiée par le bureau topographique royal
conseiller d’État Fre'déric de Pfeil, et revendu par lui (1746) aux frères Autenrieth, bouchers à Stuttgart, qui le gardèrent jusqu’en 1796. Un autre Autenrieth en devient alors propriétaire et démolit les murs, qui tombaient en ruine. Un dernier acquéreur ( x 83 1 ) , le négociant Bœhm, fait disparaître les dernières traces du château et le roc même sur lequel il était bâti. (Voy. Beschreibung des Oberamts Stuttgart, publié par le bureau topographique royal, Stuttgart, i85i, p. 160-174’.)
1. Ce feuillet, au cabinet des Estampes de Berlin, est reproduit dans la collection de dessins de maîtres anciens publiés, sous la direction du docteur Lippmann, par M. Frisch, à Berlin.
ALBERT D Ü R ER
de Stuttgart ; nous allons y trouver une exacte explication de nos quatre dessins.
Sur le Ncckar, dans le duché de Wurtemberg, en Souabe, s’élève la petite ville de Sulz, assez importante au moyen âge comme chef-lieu de bailliage et connue surtout par ses riches salines qui, en i5yi, produisaient déjà plus de six mille quintaux de sel. A une demi-heure sud-ouest de cette ville on rencontre Geroldseck et, tout auprès, les ruines du château d’Albeck Ces débris dominent la petite vallée de Weiherbach qui s’étend de Sigmarswangen au delà d’Albeck et rejoint la vallée du Neckar. Le château était fièrement situé sur le dos d’une montagne, dont trois côtés étaient naturellement inaccessibles ; le quatrième fut protégé par un fossé large et profond ; l’avant-cour du château était flanquée de trois tours carrées, dans l’une desquelles s’ouvrait la première entrée menant à cette avant-cour et de là, par une seconde poterne, au château proprement dit, le donjon, formé de plusieurs corps de bâtiments, dont le principal était le burg entouré d’un mur indépendant. Au-dessus de l’entrée nord du château étaient appliquées les armoiries des seigneurs de Geroldseck et d’Urslingen, un Konrad de Geroldseck ayant épousé en 1 36 1 Anne d’Urslingen. On retrouve tout cet ensemble de constructions et les armoiries mêmes dans le croquis de Dürer.
Le château était séparé, par un large fossé, de la forteresse dite de derrière, qui se divisait en deux parties isolées par un mur, la partie ouest s’adossant au large fossé dont nous avons parlé, le tout étant entouré d’un gros rpur d’enceinte. O11 le reconnaît dans le second croquis de notre maître L
1. Tout ancien que doit être ce château, qui appartint aü comte de Sulz avant, de passer aux seigneurs de Geroldseck, le nom d’Albeck n’est mentionné dans l’histoire que vers 1420 (voy. Reinhard, Histoire de Geroldseck).
2. Le château d’Albeck servit en tout temps de principale défense à la ville de Sulz et eut à subir de redoutables assauts. Les Français le détruisirent en partie dans
ALBERT DÜ R ER.
Quant à l’église Notre-Dame de Zinsbach, voici les renseignements que nous fournit la description du chef-lieu de bailliage Freudenstadt 1 : à quelques heures de marche au nord de Sulz se trouve Pfalzgrafenweiler 2, qui possédait une très vieille église paroissiale, vouée à saint Jacques, et dont le clocher abrite aujourd’hui encore une grande cloche fondue en 1 5 1 3 par Pantleon Sydler d’Essling. A cette commune appartient le hameau nommé Zinsbach Mühl ou Zinsemühl 3 (moulin du ruisseau Zins). Non loin de ce moulin se trouvait jadis une petite église consacrée à Notre-Dame de Zinsbach, lieu de pèlerinage fort renommé. C’est le troisième croquis de Dürer. Tout près de là, au sud-ouest, s’élevait un burg dont il ne reste qu’une hauteur circulaire entourée d’un fossé 4. C’est ce burg, tel qu’il était au xvie siècle, que représente le quatrième croquis.
Le verso du dessin nous porte à dix kilomètres sud de Bàle, à Dornach, célèbre, surtout alors, par la grande bataille qui s’y était livrée, le 22 juillet 1499, entre six mille Suisses et quinze mille
la guerre du Palatinat, en 1688 (voy. Martens, p. 520). Après le grand incendie de Sulz en 1794, les citoyens de la ville rebâtirent leurs maisons avec les pierres du château. En 1807, le fort lui-même fut complètement rasé. Malgré ces destructions successives, les ruines d’Albeck sont les plus imposantes de tout le royaume de Wurtemberg; on voit encore les murs d’enceinte, avec l’entrée surmontée des doubles armoiries, et, à l’intérieur, une cheminée ainsi que des traces de peintures à fresque. (Voy. Besclireibung des Oberamts Sul%, Stuttgart, i8q3, p. 120-123.)