‹ Albert Dürer et ses dessinsChapitre 90 sur 163 · Voy. Thausing, p · texte numérisé non relu

Voy. Thausing, p

sentant chacun un cavalier en riche costume; ces cavaliers, analogues à ceux du Triomphe de Burgkmair, ont leurs montures somptueusement harnachées; ils portent des couronnes ou des trophées au bout de longues hampes ; quatre trophées sont surmontés des inscriptions suivantes : Dy frcin\osisch troffea, dy ungrisch troffea, dy pemisch troffea, dy jvelsch troffea 1 (trophées français, hongrois, bohémiens et italiens). Les chevaux sont d'une magnifique allure; celui du trophée bohémien rappelle, comme la monture du Chevalier accompagné du Diable et de la Mort, le coursier du Colleone que Dürer avait admiré à Venise. Les cavaliers, fièrement campés sur leurs chevaux, ont bien l’attitude qui convient dans un cortège impérial.

On ne sait si cette série de dessins, évidemment destinée à la marche triomphale, y aurait figuré dans le cas où l’œuvre eût été achevée. Remarquons qu’elle porte la date i5i8, et qu’elle put être exécutée pendant le séjour que Dürer fit à Augsbourg, au moment où Maximilien s’y trouvait et où Burgkmair poursuivait l’exécution du travail commandé par ce prince. Il est probable que ces huit trophées ne furent point des études pour un travail personnel, mais des projets, faits à côté de Burgkmair et peut-être pour lui. Burgkmair se servit même du Maximilien à cheval de i5io dont nous avons parlé plus haut, et le reproduisit tel que nous le voyons dans sa gravure (B. 32). Notons que ce bois, en contre-partie du dessin de Dürer, porte la date significative de i 5 i 8.

Cette même année, l’empereur Maximilien tenait dans la vieille cité d'Augsbourg une diète célèbre à laquelle Nuremberg envoya deux des membres les plus autorisés de son Conseil. Dürer se rendit à Augsbourg, soit comme adjoint aux deux conseillers,

i . La Collection Ambras conserve des copies fort belles de ces quatre trophées.

soit de son propre mouvement afin de voir l’empereur et de se concerter avec Burgkmair. On a sur ce voyage quelques détails intéressants dans une lettre adressée par Caritas Pirkheimer, sœur de Wilibald, aux deux conseillers et à notre maître. Caritas, supérieure du couvent de Sainte-Claire à Nuremberg , invite plaisamment Dürer à étudier certains monuments d’Augsbourg , en vue d’améliorations architecturales réclamées par la savante et spirituelle abbesse pour son propre couvent : « M. Albert Dürer, qui est un maître ès dessin et un génie, ferait bien d’examiner de près les monuments imposants (d’Augsbourg), afin que, quand nous rebâtirons, à un moment donné, notre chœur, il puisse nous aider de ses conseils pour faire de larges fenêtres à coulisse, de façon que nos yeux ne perdent pas complètement la vue h »

Outre cette lettre, nous avons un important témoignage du séjour de Dürer à Augsbourg, dans un dessin au fusain du portrait en buste de l’empereur (Albertine) ; en haut, à droite, cette mention de la main du maître : Ceci est l'empereur Maximilien, moi, Albrecht Dürer, je l’ai pourtraict à Augsbourg, dans le haut Palatinat, dans sa petite chambre, alors qu’on compta l’an i5i8, le lundi après la Saint- Jean-Baptiste . Le buste de l’empereur se présente tourné à gauche, presque de profil; il est coilfe d’un chapeau rond, de forme basse ; les cheveux, sommairement dessinés, tombent en boucles négligées ; les yeux dont la paupière voile un peu le regard, le nez fortement arqué, la bouche très largement entr’ouverte et pleine de fermeté impérieuse ; tout, malgré la rapidité du travail, est d’une facture enlevée avec une sûreté et une vigueur étonnantes ; les robustes épaules sont couvertes d un vêtement à riche dessin esquissé à grands traits, sur lequel tombe le

i. Voy. Thausing, Dïirer’s Brieje, etc., p. 2(17.

ALBERT D Ü RE R

sentant chacun un cavalier en riche costume; ces cavaliers, analogues a ceux du Triomphe de Burgkmair, ont leurs montures somptueusement harnachées; ils portent des couronnes ou des trophées au bout de longues hampes ; quatre trophées sont surmontés des inscriptions suivantes : Dy franyosiscli troffea, dy ungriscli troffea, dy pemisch troffea , dy jvelsch troffea 1 (trophées français, hongrois, bohémiens et italiens). Les chevaux sont d’une magnifique allure; celui du trophée bohémien rappelle, comme la monture du Chevalier accompagné du Diable et de la Mort, le coursier du Colleone que Dürer avait admiré à Venise. Les cavaliers, fièrement campés sur leurs chevaux, ont bien l’attitude qui convient dans un cortège impérial.

On ne sait si cette série de dessins, évidemment destinée à la marche triomphale, y aurait figuré dans le cas où l’œuvre eût été achevée. Remarquons qu'elle porte la date 1 5 1 8 , et qu’elle put être exécutée pendant le séjour que Dürer fit à Augsbourg, au moment où Maximilien s'y trouvait et où Burgkmair poursuivait l’exécution du travail commandé par ce prince. Il est probable que ces huit trophées ne furent point des études pour un travail personnel, mais des projets, faits à côté de Burgkmair et peut-être pour lui. Burgkmair se servit même du Maximilien à cheval de i5io dont nous avons parlé plus haut, et le reproduisit tel que nous le voyons dans sa gravure (B. 32). Notons que ce bois, en contre-partie du dessin de Dürer, porte la date significative de i 5 18.

Cette même année, l’empereur Maximilien tenait dans la vieille cité d’Augsbourg une diète célèbre à laquelle Nuremberg envoya deux des membres les plus autorisés de son Conseil. Dürer se rendit à Augsbourg, soit comme adjoint aux deux conseillers,

i . La Collection Ambras conserve des copies fort belles de ces quatre trophées.

soit de son propre mouvement afin de voir l’empereur et de se concerter avec Burgkmair. On a sur ce voyage quelques détails intéressants dans une lettre adressée par Caritas Pirkheimer, sœur de Wilibald, aux deux conseillers et à notre maître. Caritas, supérieure du couvent de Sainte-Claire à Nuremberg, invite plaisamment Dürer à étudier certains monuments d’Augsbourg, en vue d’améliorations architecturales réclamées par la savante et spirituelle abbesse pour son propre couvent : « M. Albert Durer, qui est un maître ès dessin et un génie, ferait bien d’examiner de près les monuments imposants (d’Augsbourg), afin que, quand nous rebâtirons, à un moment donné, notre chœur, il puisse nous aider de ses conseils pour faire de larges fenêtres à coulisse, de façon que nos yeux ne perdent pas complètement la vue h »

Outre cette lettre, nous avons un important témoignage du séjour de Dürer à Augsbourg, dans un dessin au fusain du portrait en buste de l’empereur (Albertine) ; en haut, à droite, cette mention de la main du maître : Ceci est l'empereur Maximilien, moi, Albrecht Dürer, je l’ai pourtraict à Augsbourg, dans le haut Palatinat, dans sa petite chambre , alors qu’on compta l’an i5i8, le lundi après la Saint-Jean-Baptiste . Le buste de l’empereur se présente tourné à gauche, presque de profil; il est coiffé d'un chapeau rond, de forme basse ; les cheveux, sommairement dessinés, tombent en boucles négligées ; les yeux dont la paupière voile un peu le regard, le nez fortement arqué, la bouche très largement entr’ouverte et pleine de fermeté impérieuse ; tout, malgré la rapidité du travail, est d’une facture enlevée avec une sûreté et une vigueur étonnantes ; les robustes épaules sont couvertes d’un vêtement à riche dessin esquissé à grands traits, sur lequel tombe le

i. Voy. Thausing, Diîrer’s Briefe, etc., p. 267.

collier de la Toison d’or. Cette figure, des plus énergiques et des plus vivantes, porte le cachet de la grandeur impériale qui a conscience d’elle-mèmc, non sans quelque dédain pour les puissances inférieures; elle a servi pour les deux gravures sur bois (B. 1 53, i5q), et pour le portrait peint, conservé au musée du Belvédère de Vienne.

C’est encore, selon toute vraisemblance, à Augsbourg, que Durer vit les modèles de plusieurs portraits dont le grand air et les riches costumes accusent des seigneurs de la suite de Maximilien : un très beau buste d’homme imberbe, d’environ cinquante ans, aux cheveux bouclés, bonnet et manteau à revers fourrés; à la pierre d’Italie, daté MDXVII1 (collection du duc de Devonshire, à Chatsworth); — un buste d'homme grand comme nature, vu de trois quarts à gauche ; cheveux retenus par un filet, barbe soigneusement dessinée, cou découvert, riche pourpoint; en haut : Albertus Durer pictor noricus Germanicus faciebat MDXVIII ; pierre d'Italie et rehauts blancs (collection Bodléienne, à Oxford) ; un beau profil d'homme, plus petit que nature, coiffé d’une toque en soie, vêtu d'un pourpoint élégant ; au fusain sur fond noir, monogramme et 1 5 1 S (collection du comte de Warwick); — une tête de vieillard à longue barbe, vue de face, très terminée ; à la plume avec rehauts blancs sur papier préparé de ton brun; monogramme et 1 5 1 8 (British Muséum); — un buste d’homme, la figure rasée, de trois quarts à gauche, coiffé d’un feutre à bords relevés d’où s’échappe une chevelure qui couvre les oreilles , vêtu d’un manteau à larges revers de fourrure, sur un pourpoint dégageant une chemise à collerette plissée ; traits distingués et nettement accentués, yeux perçants et attentifs, nez droit et fin, bouche mince; physionomie pleine d’une gravité aristocratique; à la pierre d’Italie sur fond noir (British Muséum); — enfin un portrait de Jacob Fugger, le

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