‹ Albert Dürer et ses dessinsChapitre 89 sur 163 · TRAVAUX POUR LE CARDINAL MATHÆUS LANG · texte numérisé non relu

TRAVAUX POUR LE CARDINAL MATHÆUS LANG

Rentré à Nuremberg, au commencement de 1 5 1 6, Dürer reprend ses travaux ordinaires, parmi lesquels les commandes de l’empereur Maximilien tinrent une place importante. Déjà, avant le voyage en Suisse et en Alsace, Dürer, de 1 5 1 2 à 1 5 1 5 , avait dessiné les quatre-vingt-douze bois qui composent Y Arc de Triomphe (B. 1 38) , daté 1 5 1 5 1 . Il ne nous reste aucune étude pour ce gigantesque ensemble. En revanche, l’Albertine conserve le curieux dessin à la plume du Char triomphal (B. 139) qui devait, comme l’établit M. Thausing, occuper le centre du Cortège triomphal (B. 81). Les détails de cette pompe impériale furent minutieusement réglés en 1 5 1 2 par Marx Treytz Saurwein, secrétaire de Maximilien , qui donne les instructions suivantes concernant le Char : «Puis viendra le char triomphal de l’empereur; il devra être fait de la façon la plus exquise. Sur le char même sera majestueusement assis l’empereur, vêtu du costume impérial ; auprès de

1. L’historiographe Johannes Stabius, attaché pendant seize ans à la personne de Maximilien, dirigea le travail et accompagna les bois d'un texte explicatif en allemand.

l’empereur se trouveront aussi dans le char, suivant l’ordre qu’exige l’étiquette, sa première femme, le roi Philippe et la femme de celui-ci, Madame Marguerite et les enfants du roi Philippe. Le duc Charles portera sur la tète une couronne. Le char, comme il convient à un char de triomphe impérial, sera traîné par des chevaux *. »

Le dessin de l’Albertine prouve que Dürer prit grand soin de se conformer à ces instructions; il portait une date qui malheureusement a été grattée, mais qu’on peut, d’après les lettres échangées entre l’empereur et ses courtisans, placer entre la tin de 1 5 1 3 et 1 5 1 5 .

Dans ce dessin, Maximilien et sa famille sont portés sur un carrosse à baldaquin d’une grande magnificence, traîné par quatre chevaux, paré d’ornements de toute sorte parmi lesquels figurent des aigles et des dragons ailés. Les augustes personnages sont assis sur quatre banquettes : sur la première, la plus élevée, couverte par le dais, le César, vêtu du manteau impérial et coiffé delà couronne, tient d’une main le sceptre et de l’autre un rameau de laurier ; ses pieds reposent, à côté du globe, sur un coussin que porte un lion accroupi ; près de lui, mais à une distance respectueuse, Marie de Bourgogne, sa première femme ; sur la seconde banquette, Philippe le Beau, Jeanne la Folle et Madame Marguerite ; en avant, les archiducs Charles et Ferdinand, enfin au-dessus des roues de devant, les quatre sœurs des deux princes. Les chevaux, richement caparaçonnés et lancés au galop , portent chacun un cavalier.

Cette esquisse, très légèrement enlevée, nous révèle la première pensée du Char triomphal qui, avant d’arriver à sa forme définitive, subit toute une série de transformations. Signalons d’abord les

i. Voy. Thausing, p. 3p5.

changements accomplis dans une sorte de grande miniature1 du Cortège, sans date, de la même dimension que les gravures sur bois : la famille impériale est traînée par six chevaux, au lieu de quatre, et rangée dans un ordre un peu différent de la disposition primitive, sur un char beaucoup plus magnifiquement orné. On connaît de cette œuvre deux exemplaires à la Bibliothèque impériale de Vienne, dont un complet et bien conservé, l'autre (provenant de l’abbaye de Saint-Florian, dans la haute Autriche) endommagé et incomplet.

Puis, en 1 5 1 8, intervient Pirkheimer. Une correspondance se noue entre lui et l’empereur qui, le 5 février 1 5 1 8, écrit au savant humaniste de lui envoyer le dessin colorié du char qu'il a imaginé en son honneur. Pirkheimer s’excuse de quelque retard apporté à l’envoi : « Ce retard, dit-il, a eu pour motif le grand nombre de Vertus, figures qui ont pris beaucoup de temps avant d’ètre mises à leur place. Et si Albert Dürer, serviteur de Votre Majesté impériale, n’avait pas déployé tant d’ardeur et travaillé lui-même à la chose, l’entreprise m’eût encore été plus difficile et eût traîné davantage en longueur. J’avertis donc Votre Majesté afin qu’elle connaisse le motif du retard et le zèle d’Albert Dürer. » Toutefois, dès le 29 mars, l’empereur, alors à Inspruck, accuse réception de l’envoi : « Nous avons reçu le char triomphal accompagné de l’explication que tu as préparée pour nous plaire et pour compléter dignement notre triomphe, et que tu nous as fait remettre par le porteur de cette lettre 2. »

1. Voici ce qu’en dit Bartsch : « Ce triomphe fut d’abord exécuté en miniature du plus précieux travail sur 109 feuilles de parchemin de la grandeur extraordinaire de 3q pouces de longueur sur 3o pouces de hauteur. Ainsi composé, cet ouvrage, par son étendue et la richesse de son exécution, mérite d’ètre placé dans le nombre des plus curieux qui aient été produits dans ce genre (le Peintre-Graveur, t. VII. p. 33o). »

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