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moi-même expérimenté, qu'il y a des gens qui se sont longtemps occupés de théologie et qui s'imaginent que derrière la célébrité de ce grand docteur, qu'ils n'ont jamais appris à connaître, il n'y a qu'un simple verbiage. Ces gens me font l'effet d'hommes qui croient que le soleil devient d'autant plus petit qu'ils en sont plus éloignés. La Providence divine a réellement été bien bonne pour moi de m'avoir appelé en une Compagnie dans laquelle il est de précepte de suivre la théologie du Docteur angélique. Je m'attacherais à elle alors même que cela ne me serait pas prescrit, et je pourrais difficilement me résoudre de m'en séparer si même on me le commandait. Je tïis délecte tellement dans saint Thomas, que je ne puis plus supporter d'autre auteur scolastique. Je ne veux pas dire par là que je ne trouve pas dans d'autres aussi des choses vraiment remarquable^ et que je ne connaissais point ; mais je vois que je profiterais bien davantage si je consacrais le temps que je donne à ceux-ci exclusivement à celui-là. Qui pourrait louer un pêcheur d'abandonner un étang où il a fait de riches captures, pour jeter son filet à l'aventure dans un fleuve quelque poissonneux qu'il soit, mais qu'il
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n'a jamais éprouvé ? Je dis bien souvent à mes auditeurs que, lors même que le nombre des disciples de saint Thomas soit grand et qu'ils lui prodiguent des éloges, il en mérite bien davantage, et je suis ainsi conduit à déplorer le peu d'intelligence ou la mauvaise volonté des hommes. »
A cet éloge tombé de la plume d'un homme aussi remarquable que le P. Pallavicino, nous pourrions joindre ceux de Bessarion, de Bellarmin, de Baronius, de Toletus. Mais nous ne voulons pas nous y arrêter, pas plus qu'à ceux de Pic de la Mirandole, de Louis Vives et d'Erasme. Ce dernier suppose que saint Thomas a, dans son genre, tellement surpassé tous les autres théologiens, que l'on peut bien croire que, s il s'était livré à l'étude de l'éloquence comme à celle delà philosophie, il serait devenu un orateur hors ligne ; qu'il eût pu devenir également un humaniste très célèbre, s'il en avait eu le temps et les moyens, et s'il avait reçu une éducation littéraire. Cet éloge d'Erasme n'est certes pas tombé sans efforts de sa plume. Nous ne lui accordons pas cependant plus de poids qu'il n'en comporte. En effet, pourquoi s'attacher à ces témoignages
individuels d'admiration, quand on peut compter par milliers les disciples qu'il a formés ? Au commencement du siècle dernier, on comptait jusqu'à sept cents commentaires de ses écrits. Et comment pourrait-on énumérer le nombre de ceux qui l'ont étudié depuis six siècles ! comment compter ceux qui ont subi son influence, dans le christianisme et hors de lui î
Tous ceux qui se sont occupés de théologie depuis saint Thomas jusqu'à nos jours et qui s'en occuperont jusqu'à la fin des temps, tous ont été et seront atteints par les rayons du soleil qui brille sur sa poitrine. Qu'ils leur ouvrent avec joie les yeux, ou qu'éblouis par leur éclat ils les ferment, qu'ils établissent même un mur artîstement construit pour y échapper, cela est indifférent ; ils en ont subi ou ils en subiront tous r influence, depuis les premiers jusqu'aux derniers: car, il faut bien l'avouer, ily a lutte aussi bien pour résister à la vérité quand elle se dirige vers nous que pour la chercher quand nous en sentons la grandeur.
Quelle a donc été heureuse l'inspiration qui a déterminé le souverain Pontife Léon XIII à demander dans les écoles et les universités catho-
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li(Iuo.s remploi de la méthode trenseigncment philosophique do saint Thomas d'Aquin ! Si cette méthode est partout ai)pliquee, comme il y a lieu derespérer, les intelliii:oiices par un raisonnement juste et logique appliqué à la psychologie et à la méthaphysique, seront bientôt ramenées vers les principes trop abandonnés, hélas ! mais qui sont incontestablement et seuls le fondement de toute véritable vie intellectuelle.
6. Culte des ordres religieux et des universités pour saint Thomas d'Aquin
Ils sont innombrables dans tous les temps, les disciples du Docteur angélique dans lesquels a germé la vie évangélique avec un inaltérable attachement à la doctrine de l'Église. Ainsi que l'aigle excite ses aiglons au vol en planant sur eux les ailes étendues , ainsi l'Ange de l'école étend les siennes sur ses disciples pour les protéger et les engager à s'élever vers lui. Tous ceux qui se sont séparés de la doctrine de Jésus-Christ, soit
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extérieurement en se séparant de son corps, soit intérieurement en se séparant de son âme ; tous ceux qui ne veulent point porter le joug du Seigneur, parce que leur cou a trop engraissé ou que leurs reins sont trop faibles \ les hérétiques, les libres penseurs, les incrédules ; tous ceux qui voudraient alléger le poids de la foi et élargir l'indépendance de l'esprit humain : tous ceux-là s'unissent dans une haine commune contre saint Thomas. Mais nul d'entre eux ne reste indifférent quand le grand Docteur lui barre le chemin, quand les enfants de l'Eglise l'exaltent et en appellent à son enseignement ; et c'est là encore un témoignage en faveur de l'illustre Père de l'Eglise.
Les plus florissantes universités de l'Eglise catholique ont obligé leurs maîtres et leurs élèves à suivre sa doctrine ; et, tant qu'elles y restèrent fidèles, elles furent de fécondes pépinières de la science, d'inépuisables écoles de savants, semblables à des lieux privilégiés où affluait la jeunesse avide de savoir, de toutes les parties du monde. Paris, la mère des écoles, qui n eut jamais de maître plus distingué que saint Thomas ; Tou-