‹ Albert le Grand et Saint Thomas d'AquinChapitre 15 sur 118 · Epist, 147 (aL 7) ad Marcellin,, n · texte numérisé non relu

Epist, 147 (aL 7) ad Marcellin,, n

tières, de laisser à la pliilosopliie sa méthode, ses principes et ses arguments, pourvu toutefois qii'elle n'ait jamais l'audace de se soustraire à l'autorité divine. Bien plus, ce que la révélation nous enseigne étant certainement vrai, et ce qui est contraire à la foi étant également contraire à la raison, le philosophe catholique doit savoir qu'il violerait les droits de la raison aussi bien que ceux de la foi, s'il admettait une conclusion qu'il sait être contraire à la doctrine révélée.

Il en est, Nous le savons, qui, exagérant les forces de la nature humaine, prétendent que, par sa soumission à la divine autorité, l'intelligence de l'homme déchoit de sa dignité native, et, courbée sous le joug d'une sorte d'esclavage, se trouve notablement appesantie et retardée dans la marche qui devait l'amener au faite de la vérité et de sa propre excellence. — Mais ces assertions sont pleines d'erreur et de fausseté ; leur but dernier est de porter les hommes au comble de la sottise en même temps que de l'ingratitude, en leur faisant répudier des vérités plus sublimes et repousser d'eux-mêmes le divin bienfait de la foi, qui fut la source de tous les biens pour la société civile. En effet, l'esprit humain, circonscrit dans, des

LETTRE ENC.YCLlQUi: 11)

liniitos détoriniiices et mcine assez étroites, est exposé à de noinbroascs erreurs et à l'ignorance de bien des choses. Au contraire, la foi chrétienne, appuyée qu'elle est sur l'autorité de Dieu même^ est une maîtresse très sûre de la vérité : qui la suit échai)pe aux pièges de l'erreur et se soustrait à l'agitation des opinions incertaines. Ce sont d'excellents philosophes, ceux qui luiissent à 1 étude do la philosophie l'obéissance à la foi chrétienne : car la splendeiu" des vérités divines vient en aide à rintclligence qu'elle pénètre,, et, loin de la faire déchoir, en accroît considérablement la noblesse, la pénétration et la puissance^ Ces philosophes dont nous parlons, en s'appliquant à réfuter les opinions contraires à la foi et à prouver celles qui lui sont conformes, exercent leur raison d'une façon digne et des plus utiles : en effet, poiu* réfuter les premières, ils découvrent les causes de l'erreur, et reconnaissent le défaut des arguments sur lesquels ces opinions s'ap^ puient ; pour les autres, ils se pénètrent des raisons qui en domient une preuve solide et sont des motifs efficaces de persuasion. Cet art, cet exercice augmentent nécessairement les ressources de l'esprit et en développent les facultés ; qui

le nierait, prétendrait, ce qui est absurde, que discerner le vrai du faux ne sert de rien pour le développement de l'intelligence. C'est donc justement que le concile du Vatican célèbre en ces termes les avantages que la foi procure à la raison : « La foi délivre de l'erreur et prémunit a contre elle la raison, en même temps qu'elle la « dote de connaissances variées *. » Par conséquent, l'homme, s'il est sage, ne doit point accuser la foi d'être l'ennemie de la raison et des vérités naturelles; mais il doit plutôt rendre à Dieu de dignes actions de grâces, et se féliciter grandement de ce que, parmi tant de causes d'ignorance et au milieu de cet océan d'erreurs, la sainte foi luise à ses yeux, et, comme un phare bienfaisant, lui indique sûrement, au travers des écueils, le port de la vérité.

Si maintenant, Vénérables Frères, vous parcourez l'histoire de la philosophie, vous y trouverez pleinement réalisé tout ce que Nous venons de dire. Et certes, entre les philosophes anciens, qui ne furent pas favorisés du bienfait de la foi, ceux mêmes qui passaient pour les plus sages s'abandonnèrent à des erreurs détestables. Vous

Page 1