‹ Albert le Grand et Saint Thomas d'AquinChapitre 27 sur 118 · Tit., r · texte numérisé non relu

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secours surnaturel de Dieu, Nous ne voyons rien de plus opportun que la solide doctrine des Pères et des scolastiques, lesqtiels, ainsi que Nous l'avons dit, mettent sous les yeux les fondements inébranlables de la foi, sa divine origine, sa vérité certaine, ses motifs dejoersuasion, les bienfaits qu'elle procure au genre humain, son parfait accord avec la raison, et tout cela avec plus de force et d'évidence qu'il n'en faut pour fléchir les esprits les plus rebelles et les plus obstinés.

Tous Nous voyons dans quelle situation critique la contagion des opinions perverses a jeté la famille et la société civile. Ctfrtes, l'une et l'autre jouiraient d'une paix plus parfaite et d'une sécurité plus grande, si, dans les académies et les écoles, on donnait une doctrine plus saine et plus conforme aux enseignements de l'Eglise, une doctrine telle qu'on la trouve dans les œuvres de Thomas d'iVquin. Ce que saint Thomas nous enseigne sur la vraie nature de la liberté, qui de nos temps dégénère en licence, sur la divine origine de toute autorité, sur les lois et leur puissance, sur le gouvernement paternel et juste des souverains, sur l'obéissance aux puissances plus élevées, sur la charité mutuelle qui doit régner

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litre tous les hommes; ce qu'il nous dit sur ce -ujet ot d'autres du môme genre, a une force immense, invincible, pour renverser tous ces principes du droit nouveau, dangereux, on lésait, au bon ordre et au salut public. — Enfin toutes les sciences humaines ont droit à espérer un progrès réel et doivent se promettre un secours efficace de la restauration que Nous venons de proposer des sciences philosophiques. En effet, les beauxirts demandent à la philosophie, comme à la science modératrice, leurs règles et leur méthode, et puisent chez elle, comme à une source commune de vie, l'esprit qui les anime. Les faits et Texpérience constante nous font voir que les arts libéraux fleurissent surtout, tant que la philosophie retient sauf son honneur et droit son jugement ; qu'au contraire ils gisent négligés et pres- ({ue oubliés, quand la philosophie incline vers l'erreur ou s'embarrasse d'inepties.

Aussi les sciences physiques elles-mêmes, si appréciées à cette heure, et qui, illustrées de tant de découvertes, provoquent de toutes parts une admiration sans bornes; ces sciences, loin

Vy perdre, gagneraient singulièrement à une restauration de l'ancienne philosophie. Ce n'est

point assez, pour féconder leur étude et assurer leur avancement, que de se borner à l'examen des faits et à la contemplation de la nature; mais, les faits constatés, il faut s'élever plus haut et s'appliquer avec soin à reconnaître la nature des choses corporelles et à rechercher les. lois .auxquelles elles obéissent, ainsi que les principes d'où découlent et l'ordre qu'elles ont entre elles, et l'unité dans leur variété, et leur mutuelle affinité dans la diversité. On ne peut s'imaginer combien la philosophie scolastique sagement enseignée apporterait à ces recherches de force, de lumière et de ressources.

A ce propos, il importe de prémunir les esprits contre la souveraine injustice que Ton fait à cette philosophie, en l'accusant de mettre obstacle au progrès et à l'accroissement des sciences naturelles. Comme les scolastiques, suivant en cela les sentiments des saints Pères, enseignent à chaque pas, dans l'anthropologie, que l'intelligence ne peut s'élever que par les choses sensibles à la connaissance des êtres incorporels et immatériels, ils ont compris d'eux-mêmes l'utilité pour le philosophe de sonder attentivement les secrets de la nature, et d'employer un long

temps à rétiule assidue des choses physiques. C'est en effet ce qu'ils firent. Saint Thomas, le bienheureux Albert le Grand et d'autres princes de la scolastique ne s'absorbèrent pas tellement dans la contemplation philosophique, qu'ils n'aient aussi apporté un grand soin à la connaissance des choses naturelles ; bien plus, dans cet ordre de connaissances, il est plus d'une de leurs affirmations, plus d'un de leurs principes, que les maîtres actuels approuvent, et dont ils reconnaissent la justesse. En outre, à notre époque même, plusieurs docteurs des sciences physiques, hommes de grand renom, témoignent publiquement et ouvertement que, entre les conclusions certaines de la physique moderne et les principes philosophiques de l'école, il n'existe en réalité aucune contradiction.

Nous donc, tout en proclamant qu'il faut recevoir de bonne grâce et avec reconnaissance toute pensée sage et toute découverte utile, de quelque part qu'elle vienne. Nous vous exhortons, Vénérables Frères, de la manière la plus pressante, à remettre en vigueur et à propager le plus possible la précieuse doctrine de saint Thomas, et ce, pour la défense et l'ornement de la foi catholique,

pour le bien de la société, pour l'avancement de toutes les sciences. Nous disons la doctrine de saint Thomas : car, s'il se rencontre dans les doctrines scolastiques quelque question trop subtile, quelque affirmation inconsidérée , ou quelque chose qui ne s'accorde pas avec les doctrines éprouvées des âges postérieurs, ou qui soit dénué, en un mot, de toute probabilité, Nous n'entendons nullement le proposer à l'imitation de notre siècle. Du reste, que des maîtres désignés par votre choix éclairé, s'appliquent à faire pénétrer dans l'esprit de leurs disciples la doctrine de Thomas d'Aquin, et qu'ils aient soin de faire ressortir combien celle-ci l'emporte sur toutes les autres en solidité et en excellence. Que les académies, que vous avez instituées ou que vous instituerez par la suite, expliquent cette doctrine, la défendent et l'emploient pour la réfutation des erreurs dominantes. — Mais, pour éviter qu'on îie boive une eau supposée pour la véritable, une eau bourbeuse pour celle qui est pure, veillez à ce que la sagesse de Thomas soit puisée à ses propres sources, ou du moins à ces ruisseaux qui, sortis de la source même, coulent encore purs et limpides, au témoignage assuré et unanime des doc-

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teurs ; de c-eux, au contraire, qu'on prétend dérivés do la source, mais qui, en réalité, se sont i^onflés d'eaux étrangères et insalubres, écartez avec soin l'esprit des adolescents.

Mais Nous savons que tous nos efforts serons vains, si notre commune entreprise. Vénérables Frères, n'est secondée par celui qui s'appelle Dieu des sciences dans les divines Ecritures*, lesquelles nous avertissent également que « tout K bien excellent et tout don parfait vient d'en (i haut, descendant du Père des lumières ^ « Et encore : « Si quelqu'un a besoin de la sagesse, « qu'il la demande à Dieu, lequel donne à tous « avec abondance et ne reproche pas ses dons, et « elle lui sera donnée *. « En cela aussi, suivons l'exemple du Docteur angélique, qui ne s'adonnait jamais à Fétude ou à la composition avant de s'être, par la prière, rendu Dieu propice, et qui avouait avec candeur que tout ce qu'il savait, il le devait moins à son étude et à son propre travail qu'à l'illumination divine.

Prions donc Dieu tous ensemble, d'un esprit

<. I, Reç). n, 3 "2. Jac. j. 17.

3 /(/.. ibid.^ 5.

humble et crun cœur unanime, qu'il répande sur les fils de son Église l'esprit de science et d'intelligence, et qu'il ouvre leur sens à la lumière delà sagesse. Et pour obtenir en plus grande abondance les fruits de la divine bonté, faites intervenir auprès de Dieu le très puissant patronage de la bienheureuse Vierge Marie, siège de la sagesse; recourez en même temps à l'intercession de saint Joseph, le très pur époux de la Vierge, ainsi qu'à celle des grands apôtres Pierre et Paul, qui renouvelèrent par la vérité la terre infectée de la contagion de l'erreur^ et la remplirent des splendeurs de la céleste sagesse.

Enfin, soutenu par l'espoir du secours divin et confiant en votre zèle pastoral. Nous vous donnons à tous, Vénérables Frères, du fond de notre cœur, ainsi qu'à votre clergé et aux peuples commis à votre sollicitude , la bénédiction apostolique, comme un gage des dons célestes et -un témoignage de notre particulière bienveillance.

Donné à Rome, près Saint- Pierre, le 4'' jour d'août de l'an 1879, de notre Pontificat Tan II.

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