‹ Albert le Grand et Saint Thomas d'AquinChapitre 28 sur 118 · Ses Œuvres automatiques · texte numérisé non relu

Ses Œuvres automatiques

Il importe beaucoup, au temps où nous vivons, de faire Reparaître devant nos contemporains les figures de ces illustres personnages qui jetèrent sur l'histoire de leur siècle un si vif éclat par rhéroïsme de leurs vertus et par l'universalité de leur science. A notre époque de défaillance intellectuelle et morale, où l'orgueil et la sottise rendent si grossièrement injuste dans l'appréciation du passé , nous avons besoin précisément de revoir ces figures, que l'on voudrait à jamais ensevelir dans le linceul de l'oubli, pour nous con-

vaincre que l'homme n'est vraiment grand que par ce qui le rapproche de Dieu; et qu'il ne se rapetisse, ne se dégrade qu'en se rapprochant davantage de la matière et qu'en soumettant son intelligence, qui veut monter, à ses sens, qui veulent descendre.

L'une des plus nobles personnalités du moyen âge, dans le domaine de la science aussi bien que dans le domaine de la vertu, est sans contredit celle d'Albert le Grand, de ce brillant flambeau du xiif siècle, à la lumière duquel est venue s'éclairer la vaste intelligence de Thomas d'Aquin. Albert s'est conquis le surnom de Grand, non point en guerroyant sur les champs de bataille, mais dans le labeur silencieux de la science ; il lui a été décerné par l'Europe savante tout entière, et six siècles déjà sont venus y apporter leur consécration.

Les contemporains d'Albert le Grand avaient dit de lui : Albertus Magiius , magyius in inagia, major in philosophia, maximus in theologisi.

Qu'entendaient-ils pas ces mots : magnus in niagia? Albert était-il un magicien? Cette expression se rapporte évidemment à la science mécanique du savant moine. Albert, au rapport

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doses biographes, avait construit de merveilleux automates parlants; sa cellule était remplie d(^ toutes sortes d'appareils étranues et d'instruments inconnus. Puis on racontait de lui qu'il avait un jour, à Toccasion d'une réception de Guillaume, roi de Hollande, opéré une merveille comme jamais homme n'en avait vue. En effet, Jean de Heca, chroniqueur du xiv'' siècle, rapporte que Guillaume élu empereur voulut faire, le jour del'Kpii^hanieen 1249, une visite à Albert, qui se trouvait alors au couvent des dominicains de Cologne. Albert, pour bien recevoir l'empereur et lui donner une preuve de sa science, aurait changé le jardin du couvent, dont les arbres étaient dépouillés de feuilles et les terres couvertes de neige, en un véritable paradis peuplé d'arbres verts, de buissons fleuris et surtout d'oiseaux gazouilleurs ; il aurait ensuite servi dans ce jardin un délicieux repas au souverain. C'était là une légende populaire, que la chronique a conservée.

2. Sa Naissance, sa Jeunesse et son Entrée chez les dominicains

Mais si nous cherchons à pénétrer au travers de ce qu'il y a de légendaire dans la vie d'Albert le Grand, pour saisir le savant, . nous trouvons peu de données exactes sur la première partie de son existence. Nous connaissons son pays natal : il a vu le jour en l'année 1193, à Lauingen, petite ville de la Souabe bavaroise et située sur le Danube. Nous savons aussi que son père était de la noble famille de BoUstatt, que son éducation a été remarquablement soignée, et qu'il fut, pour compléter ses études, conduit par l'un de ses oncles à Padoue, en Italie. Mais à quelle époque de sa jeunesse ce voyage eut lieu, nous l'ignorons. Nous ignorons également le temps qu'il séjourna dans cette ville et s'il en visita d'autres ; quelles furent les sciences dans lesquelles il s'instruisit ; quels furent les maîtres dont il suivit les leçons. Il n'y a, sur tout cela, que des conjectures à faire. Néanmoins ce que nous pouvons affirmer, c'est que ce fut à ce mo-

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ment qirAlbert construisit le fondement sur lequel il éclilia plus tard sa vaste érudition.

C'est également à Padoue que s'accomplit l'acte le plus important de sa vie, celui qui lui imprima son caractère tout entier et le lanç^ dans la voie où il s'illustra, c'est-à-dire son entrt»e dans l'ordre de Saint-Dominique.

C'était en 1*217 que saint Dominique avait obtenu du pape Honorius III la confirmation de eordre qu'il avait fondé, de cet ordre habituellement appelé du nom qu'il lui donna lui-même, des Frères Prêcheurs. Les membres de cet ordre s'étaient répandus avec une incroyable rapidité en Espagne, en Italie, en FrancQ, en Allemagne, en Pologne et en Angleterre.

Les frères prêcheurs, à l'instar des franciscains, nés à peu près au même moment, s'avancèrent avec ceux-ci comme une armée destinée à reconquérir à l'Église les territoires que l'hérésie ou l'impiété lui avaient enlevés.

Les armes des franciscains étaient, selon les désirs de saint François d'Assise, l'exemple d'une charité et d'une abnégation héroïques ; celles des prêcheurs, d'après l'ordre de saint Dominique, la prédication et l'instruction.

Albert, nous disent ses biographes, était depuis longtemps travaillé par la pensée de s'adjoindre à ces derniers. Les uns nous racontent la formidable lutte intime qu'il eut à soutenir contre lui-même; les autres nous parlent des résistances que son dessein avait rencontrées de la part de son oncle : mais tous sont unanimes dans la manière de dire comment il se décida enfin à s'engager sous la règle de Saint-Dominique. Ce fut un sermon du P. Jourdain de Saxe, le second général de cet ordre, qui, selon le rapport de Rudolf de Nimègue, « avait arraché plus de mille jeunes gens des universités de Bologne et de Paris au naufrage qu'ils étaient sur le point de faire dans les tempêtes du siècle et les avait gagnés à la famille dominicaine, qui détermina Albert à exécuter ses résolutions. » En effet, ce fut à l'issue de ce sermon que le jeune étudiant, brisant tous les liens qui le retenaient dans le monde, s'en alla frapper à la porte du couvent, se jeta aux pieds du prédicateur et le supplia de le recevoir dans son ordre. Jourdain, pénétrant avec son regard jusque dans la profondeur de l'âme d'Albert, reconnut ce qu'il serait un jour, et, plein de joie, lui donna T habit des frères prêcheurs.

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(.'et événement, raconté par plusieurs bioc^raphes, nous met en état de fixer avec plus de précision l'époque à laquelle Albert entra chez les dominicains. Jourdain n'a pu séjourner à Padoue que durant les années l'2'2*2 et 1223, et Albert avait alors à peu près trente ans.

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