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La Scolastique et l'Art gothique

Nous no nous arrêterons pas ici à pénétrer dans les profondeurs de la spéculation scolasti- (|ue. IVailleurs, 1 étendue qu'il nous est permis de donner à ce travail, est trop restreinte pour que nous puissions exposer cette science dans tous ses détails. Nous voulons donc simplement essayer d'esquisser le caractère général de la scolastique et indiquer le développement qu'elle a obtenu au xiii*" siècle, en la comparant à Tarchitecture du moyen âge.

Cette comparaison a été du reste souvent faite. On a souvent placé les grands travaux des scolastiques à côté des dômes gothiques. Des deux côtés on a trouvé des témoins puissants et d'une ardeur incomparable, d'un coulant intellectuel tel qu'on n'en avait jamais vu en Europe : ces témoins s'élèvent de part <t d'autre sur un fondement habilement raisonné, < 'U articulations rhythmiques, et donnent à chaque partie du tout entrelacé avec la plus parfaite méthode, son caractère propre.

Dans les innombrables objections et lesnon moins innombrables solutions de la scolastique ; dans ces distinctions qui partout cherchent à pénétrer jusqu'aux derniers éléments de la pensée, jusqu'aux extrémités du raisonnement, on crut trouver, dans un autre ordre d'idées, une similitude avec ces flèches et ces colonnettes, avec ces galeries et ces niches, avec ces fiales et ces trèfles que nous admirons à l'extérieur de nos splendides cathédrales. Cette ressemblance est sans doute frappante pour quiconque a étudié la scolastique et l'architecture gothique. Pour nous, nous en trouvons encore une autre plus fondée entre les deux domaines de ces œuvres du moyen âge. Nous y découvrons d'abord les mêmes facteurs qui présidèrent à la naissance de la science scolastique et de l'art gothique, et dirigèrent leur développement. En effet, toutes les formes qui doivent leur origine à la culture du moyen âge, sont déterminées d'une part par les idées du christianisme comme la forme la plus élevée et la base la plus profonde de toutes les situations de la vie, et d'autre part par les traditions de l'antiquité, auxquelles le travail civilisateur de la nouvelle période devait se rattacher conformément à sa nature.

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L'art (lu moyen âge avait pour premier devoir i\o préparer au culte chrétien une place cligne de lui, et la science, celui do se lier étroitement à la théologie, là où elle n'était pas elle-même la théologie. Aussi est-ce dans les couvents que tous deux, la science et Fart, reçurent leurs premiers soins : les artistes aussi bien que les savants étaient clercs. D'ailleurs, durant ces siècles, tant accusés d'ignorance, toutes choses se rapportaient aux principes et aux usages chrétiens, et toutes les aspirations des peuples tendaient vers l'Eglise et ses enseignements.

Cependant on n'ignore pas que, sur le terrain de Fart, les nouveaux termes que l' on voulait atteindre ne créèrent point de rien et ne firent pas jaillir du vide des formes absolument nouvelles, mais que c'est l'antique basilique romaine qui servit de modèle à la première forme du temple chrétien. C'est d'elle qu'est sortie l'architecture religieuse chrétienne comme de sa forme fondamentale; et, pendant plusieurs siècles, les plans et les dispositions de rédifice, la construction* et la technique, tout était régi par la tradition romaine. 11 en fut de même sur le terrain scientifique. Les Pères de l'Eglise n'avaient pas à créer une science foncière-

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ment nouvelle, mais ils avaient à régulariser par le christianisme et à mettre à son service la science connue et surtout la philosophie grécoromaine alors en vigueur. Rome resta la chaire cVoù descendait la science, même après l'invasion des barbares et la migration des peuples. Il est vrai qu'il n'y avait plus guère dans la dispensation des sciences que quelques fragments, qui avaient échappé aux catastrophes dont nous parlons et qui furent sauvés par le moyen âge. Ces fragments n'étaient autres que quelques écrits des anciens grammairiens, et ce qui restait des grands auteurs se rapportait presque exclusivement au domaine de la logique. L'école chrétienne s'empara de tout cela et appliqua les formes sèches et sans attrait du raisonnement à la théologie, où elles acquirent la plus grande valeur aux yeux des maîtres et des élèves.

Il y avait encore autre chose. Depuis longtemps déjà le paganisme gréco-romain avait cessé d'être une puissance redoutable pour le christianisme. La nouvelle Rome s'était élevée sur les ruines de Fancienne, et les colonnes qui avaient été autrefois les ornements des palais publics et des temples des faux dieux, supportaient maintenant les

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[)outrai^os clos éi^fliscs chrétiennes. Dans les derniers tVai^ments de la littérature païenne, on avait éijalement trouvé des p^uides, à la main desquels la science chrétienne fit ses premiers pas. On avait bien conscience de cette dépendance sur le terrain scientifique; mais moins on savait, à cette époque originaire, dans les limites restreintes du cercle que l'on embrassait, séparer l'important de ce qui ne l'est pas, plus on vénérait ces guides antiques, dont on sentait le besoin dans la vie scientilique. On accordait aux sages du paganisme, là où il était question de perfection scientifique, une autorité égale à celle qu'on attribuait, dans le domaine religieux, aux enseignements de l'Écriture et des Pères; et, malgré la pauvreté de la forme dans laquelle on possédait quelques sentences de Platon, d'Aristote ou même de Porphyre, on entendait souvent de longues controverses engagées sur l'une de ces sentences par des littérateurs chrétiens fort distingués.

Si donc l'art et la science s'accordent dails des moments dans lesquels se trouve, en général, la condition de leur développement, ils ne s'accordent pas moins dans le fait caractéristique qu'il

s'y introduisit, dans la dernière moitié du xn* et

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dans la première moitié du xiii^ siècle, un mouvement puissant et accéléré, qui les fît sortir de cette progression lente dans laquelle ils avançaient péniblement depuis le \^ siècle. Dans les deux domaines, l'époque que nous venons de signaler amena une transformation qui la séparait entièrement du passé par la richesse des formes et par la plénitude des figures qu'elle produisit. C'était comme si le travail des siècles antérieurs n'eût servi qu'à mûrir le tronc robuste avec ses fortes branches, pour les disposer à étaler tout d'un coup, comme par l'influence d'une chaude nuit de printemps, des milliers de feuilles et de fleurs. En effet, le grand arbre était là, présent aux yeux de tous dans son plus magnifique épanouissement. C'est à cette époque qu'appartiennent la naissance et le développement du style gothique, dans lequel l'architecture du moyen âge a atteint sa plus haute perfection ; c'est à la fin du xir et au commencement du xm'' siècle que l'on conçut les plans de ces admirables cathédrales devant l'exécution desquelles on reste, aujourd'hui encore, saisi d'étonnement et de piété. Mais, en étudiant mieux encore cette transformation et en examinant de plus près ces circons-

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tances qui firent surgir presque simultanément cette nou\elle vie dans les deux domaines, nous remai'([uons entre les deux une difi'erence de la plus haute signification et de la plus grande portée.

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