THÉOLOGIEN
Paris était déjà à cotte époque le véritable centre du mouvement intellectuel et scientin({ue, et se distinsjuait entre toutes les villes du monde [Kw son incomparable université. Lonp^temps déjà les dominicains, qui, dès leur fondation, étaient venus à Paris, faisaient des efforts pour irap:ner de l'intluence à l'université. Jusque là ils n "avaient eu d'école que pour leurs propres reliijieux : ils regardaient donc comme un immense a^ antage de pouvoir obtenir une chaire à l'illustre université, a(în de procurer de l'extension à leur ortU'e et de fiiire passer au dehors leurs idées et leurs tendances. Un événement imprévu fournit l occasion tant désirée. Lorsque, en J 228, à la suite dune dissension avec la reine Blanche, les maîtres de l'université cessèrent leurs cours et transplantèrent leurs chaires soit à Reims , soit à Angers, les dominicains furent autorisés par l'évêque de Paris, chancelier de l'université, à élever une chaire, qu'ils conservèrent lorsque les difficultés furent aplanies et que les anciens maîtres revinrent. Ils en ouvrirent une seconde en 1230, ce qui excita une violente jalousie et engendra une lutte qui devait durer au delà d'une génération humaine. Les dominicains la soutinrent
en employant tous les moyens en leur pouvoir pour occuper de la façon la plus brillante les chaires dans lesquelles ils enseignaient. Voilà comment, après un chapitre général de l'ordre, Albert fut appelé à Paris.
Le succès du célèbre professeur devait dépasser toute attente, et son enseignement procurer aux dominicains les plus éclatants triomphes.
Plusieurs historiens rapportent qu'il n'y avait pas alors à Paris un édifice capable de contenir les auditeurs d'Albert, et qu'il fut obligé de faire ses cours en pleine place publique \ Ils disent aussi que la jeunesse avide d'instruction était si nombreuse, qu'on ne savait où la loger. On venait de toutes parts, et l'on voyait, à côté de jeunes iiommes attentifs, des prélats et des princes également suspendus aux lèvres du savant dominicain. Mais qu'enseignait-il donc? de quel genre était la science qu'il communiquait à cette foule immense de disciples ? qu'avons nous particulièrement à considérer, dans l'ensemble des tendances scientifiques de son temps, comme son (jeuvre propre, comme sa situation spéciale ?