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Méthode et Système d'Albert le Grand

L'autorité justement méritée par le gran^ philosophe de Vantiquité était bien plus riche ej conséquences sur le terrain scientifique que cf qu'on veut bien lui accorder de nos jours. Nous allons nous en convaincre.

En effet, étudions maintenant la position prise par Albert dans la science, puisqu'il est le vrai représentant, l'instrument actif de la transformation, de l'évolution scientifique au xiii^ siècle.

Albert s'était proposé un but parfaitement déterminé et vers lequel tendait son enseignemen t aussi bien que son activité Httéraire. Il voulait

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tonner do toute la science humaine un seul tout et la réduire en forme systématique pour l'exposer. De cette manière, il pensait avoir trouvé un fondement solide sur lequel il édifierait la théologie chrétienne. Or ce hut, il comptait le réaliser en faisant connaître à ses disciples et à ses contemporains la méthode d'enseignement d'Aristote. Ce n est donc pas simplement dans un intérêt historique, comme on le prétend aujourd'hui, qu'Albert voulut se familiariser avec Aristote, mais c'est ixirce qu'il tenait son système pour une mine de connaissances positives et de conceptions fécondes. Il s'efforça en conséquence de rechercher partout des traductions latines des

ouvres d'Aristote et d'en choisir les meilleures et les plus fidèles. Il les étudia et en coordonna le contenu ; puis il fit de ce contenu une œuvre à lui, selon un plan qui embrassait la science tout

ntière et ouvrait à la spéculation un horizon d'une immense étendue. Il ne traduisit point, il ne compléta pas davantage ce qui ne paraissait qu'indiqué dans la méthode du maître ; mais il s^appropria les vues d'Aristote, les fît siennes et puis les reproduisit librement, comme si elles venaient de son propre fonds, et de telle sorte que

les expressions du texte original se trouvaient parfaitement expliquées dans l'exposition qu'il en faisait. Si par hasard quelque écrit d'Aristote lui manque, ou si, dans le développement de son plan, il rencontre une lacune, parce que son guide n'a pas traité la question dont il s'agit, alors il ébauche lui-même la réponse, mais toujours de la manière dont il suppose qu'Aristote l'eût faite et selon les points de repère qu'il rencontre dans l'écrit dont il s'occupe.

Cependant ses études ne se bornaient point à Aristote. Nous avons déjà mentionné plus haut que l'extension si riche en résultats du matériel littéraire était due, en Occident, à l'intervention des Arabes. Il s'ensuivit qu'au moment même où l'on connut les œuvres d'Aristote, on apprit aussi à en connaître les commentaires écrits par des philosophes arabes. Or ces commentaires, répandus parmi ceux qui se livraient à l'étude, pouvaient devenir dangereux pour la science ellemême. En effet, les doctrines d'Aristote, passant par les mains des Arabes, avaient subi une empreinte parfois fantaisiste et spécieuse, mais toujours hostile au christianisme. C'est pour cette raison que l'Eglise n'était pas, à l'origine, favo-

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ra])le à Totude dos œuvres du philosophe grec ; elle ne renonça à ses justes préventions que lorsque l'on eut bien distingué sa doctrine de celles de ses interprètes arabes. Cette distinction, il faut le dire, n'était pas facile à établir. Aussi Albert déploya-t-il toute l'ardeur dont il était capable pour séparer la doctrine des uns de celle de Vautre. Il étudia à fond cette littérature étrangère si compliquée et si difficile à saisir, et rien ne parvint à Tarréter dans cette tâche, que l'on peut, sans exagération, appeler énorme. Il connut Alkendi et Alfarabi , Algazel et Abubar , Avicenna et Averroès, Isaac Israéli et Moïse Maimonides. Il scruta leurs controverses, les éclaircit et les soumit à la critique la plus sévère. Il se servit de la doctrine chrétienne comme d'une règle inflexible, et, en appliquant cette norme comme mesure aux interprétations juives et arabes, il les fît tomber les unes après les autres, pour ne plus voir debout que le vrai système du philosophe grec. Dans ce procédé, il ne se contenta cependant pas de la seule autorité que lui fournit le dogme chrétien pour se déterminer ; il invoqua aussi les démonstrations que lui offrit la raison, et c'est avec elles surtout qu'il battit en brèche et ruina toutes les

argumentations de ses adversaires. Albert en a agi de la sorte, précisément pour prouver aux rationalistes de tous les temps qu'il y a accord entier entre la foi et la raison, entre la révélation et la science. C'était là sa conviction, et c'e&t cette conviction qui a présidé à toute son activité scientifique.

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