‹ Albert le Grand et Saint Thomas d'AquinChapitre 34 sur 118 · Contraste entre Albert et Aristote · texte numérisé non relu

Contraste entre Albert et Aristote

Il est évident néanmoins que devant la révélation chrétienne s'évanouit aussi la considération qu'Albert porte à Aristote. Il a même, en dehors de cela, des motifs suffisants pour qu'en certains endroits de la doctrine il se sépare de son maître. Nous citerons, par exemple, les écrits sur les sciences naturelles, auxquels il oppose l'autorité d'observations soit propres soit étrangères, qui infirment les vues d' Aristote et qui ont valu, même de nos jours, à Albert, des éloges justement mérités. Voici, en effet, ce qu'Alexandre de Humboldt écrit sur Albert, qu'il

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nomme une inorveillcuse figure dumoyen Cige: ■■ Quand j'écrivis, l\ Paris, mon histoire sur la lonnation de hicosmogonie générale /]c m' occupais beaucoup de ce grand homme; et récemment encore, en composant V Examen critique de la géographie du xv* siècle, je montrais comment son ouvrage de Natuvâ Zoco?*în7î renfermait le germe d'une magnifique description physique de la terre. Albert le Grand comprit ingénieusement l'influence qu'exerce sur les climats, non seulement la largeur, mais encore la configuration de la superficie de la terre, qui modifie singulièrement le rayonnement de la chaleur. »

D'autres savants ont également signalé le talent d'Albert dans Tétude de l'histoire naturelle et le coup d'œil sûr avec lequel il a fait ses observations. Le savant botaniste allemand Meyer dit que depuis Théophraste jusqu'au milieu du xvi® siècle, nul n'a égalé Albert le Grand dans la science de la botanique.

Mais nous avons besoin de rappeler ce que nous avons dit dès le commencement, à savoir que la figure du savant moine avait pris, dans la postérité, les traits d'un magicien et d'un maître fort distingué dans la nécromancie. Or il a pu se

faire, en raison de cette réputation, que des faussaires aient publié * sous le nom d'Albert le Grand des écrits d'un contenu superstitieux, et aient ainsi fourni, à son sujet, la matière d'un jugement erroné de la part même des savants, jusqu'à ce que la tromperie fût devenue manifeste. Mais, si nous nous en tenons aux déclarations faites par Albert lui-même dans ses écrits authentiques, nous voyons qu'il s'est carrément exprimé contre la magie et l'astrologie. Il réclame partout une présupposition fondamentale pour toute étude rationnelle de la nature e.t il veut qu'entre les événements il y ait une représentation de rapports légaux et légitimes*.

Indépendamment de cela, nous ne devons pas nous exagérer les services qu'il a rendus dansi les sciences purement naturelles : car il n'y a encore dans ses écrits nulle trace de cette expé-

1. Liber aggregatioms, seu Liber secretoymmAlberti Magni de virtutibus herbarum, lapidum et animalium quorumdam. — De Mirabilibus mundi. — DeSecretis mulie' rum. —Trois livres souvent réédités.

2. De Cœlo et Mundo. « Nous n'avons pas à chercher dans la nature, dit-il , comment le Créateur, selon son bon plaisir, se sert des créatures pour opérer des prodiges et manifester sa toute-puissance; mais nous avons bien plutôt à examiner ce qui peut arriver dans les choses naturelles, d'une manière naturelle et par des causes naturelles. »

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