Voyages d'Albert le Grand
Nous ne voulons pas dire cependant, par ce qui précède, que la vie d'Albert se soit écoulée à Cologne dans le silence, et qu'il n'ait tourné son activité intellectuelle que vers un seul côté de la science. Non : son esprit n'aurait pas pu se circonscrire dans des limites aussi resserrées. Il a joint aux travaux d'investigations scientifiques et aux nombreuses conférences qu'il faisait, les labeurs du sacerdoce et ceux de la vie religieuse . Un chapitre général de son ordre, tenu à Worms, en 1254, le plaça à la tête de la province d'Allemagne. Cette situation l'obligea à des visites dans les diverses maisons de dominicains, lui imposa le devoir d'en fonder de nouvelles, de présider aux assemblées des religieux. L'histoire rapporte qu'il fit tous ses voyages à pied, pour inspirer à ses frères, par son exemple aussi bien que par ses admonitions, l'amour de la sainte pauvreté. Ce n'est pas tout. Son esprit de science et son amour de la justice étaient si reconnus,
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qu'il fut souvent désigné comme arbitre clans les questions litigieuses. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, il fut appelé en qualité de juge pour terminer un différend survenu en 1252 entre la l)Ourgeoisie do Cologne et l'archevêque de cette ville. Dans ce différend, il ne s'agissait pas simplement de formuler une sentence : il fallait, avant de la prononcer, examiner en détail les griefs apportés par les deux parties, et justifier, en raison des conséquences qui resortaient des griefs, le jugement à intervenir. Cette grande et grave affaire occupa Albert jusqu'en 1256. Le rôle qu'il remplissait dans ces sortes de choses, montre combien Albert avait acquis de confiance et avec quel respect l'on acceptait ses décisions.
6 L'Université de Paris et les Dominicains
En 1256, le souverain pontife Alexandre IV appela le célèbre dominicain à Anagni, où il tenait sa cour. La dissension qui était survenue entre les professeurs de l'université de Paris et les
dominicains, dont nous avons déjà parlé, avait pris de plus grandes proportions et était devenue une véritable guerre contre les ordres religieux en général. A la tête du parti de l'université il y avait Guillaume de Saint- Amour, qui combattait, dans un livre qu'il venait de publier, avec vuie extrême violence, l'institut des frères mendiants, c'est-à-dire les deux ordres de Saint- François et de Saint-Dominique, qu'il prétendait contraires à Fesprit de l'Evangile. De part et d'autre on en avait appelé au Pape. C'est pour s'éclairer dans la question que le Pape manda Albert à Rome, pour qu'en compagnie de Thomas d'Aquin et de Bonaventure, le fondé de pouvoir des Franciscains, il l'examinât à fond. En effet, c'est Albert qui dirigea les études de la défense des ordres attaqués. On rapporte qu'il fit rapidement copier le livre de Guillaume de Saint- Amour, et qu'en un seul jour et une seule nuit il imprima tellement dans sa mémoire les passages qu'il y avait à réfuter, qu'arrivant en présence des juges , il parla avec une connaissance si exacte.des incriminations de Guillaume, il donna à sa défense une telle clarté et une telle précision, que tout le monde fut saisi d'admiration et que
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le Papo condamna, par une bulle du 5 octobre 125G, le livre de Guillaume comme rempli de calomnies et en ordonna la destruction.
Selon le conseil de saint Dominique, le pape Honorius III avait décidé qu'il serait fait aux clercs de la curie romaine des prédications et des conférences. Do là vint la création des fonctions de maitre du Sacré-Palais, magister sacri Palatii, d'abord confiées à saint Dominique luimême, et qui depuis ont toujours été remplies par un dominicain. Pendant qu'Albert était à Anagni, il fut chargé de cette mission, et c'est en qualité de maitre du Sacré-Palais et à l'applaudissement de son brillant auditoire, qu'il expliqua l'Evangile de saint Jean et les Epitres canoniques, et qu'il combattit la doctrine panthéiste du philosophe arabe Averroès, qui comptait en Occident un certain nombre de disciples.
La lutte avec l'université de Paris n'était pas encore terminée quand Albert quitta la cour romaine pour s'en retourner en Allemagne, vers la lin de 1256. Le Pape confia à Thomas d'Aquin le soin de poursuivre les travaux d'Albert dans cette singulière dispute. Albert, de retour en
Allemagne, reprit ses travaux antérieurs auxquels vinrent encore s'en adjoindre d'autres.