‹ Albert le Grand et Saint Thomas d'AquinChapitre 58 sur 118 · Maux de l'Église au XIIP siècle · texte numérisé non relu

Maux de l'Église au XIIP siècle

Le mal était immense. Cependant il n'eût jamais atteint ce degré d'universalité et de profondeur, si au sein même cle FÉglise il n'y avait pas eu autant de corruption. Il est en effet difficile d'établir ce qui était plus dangereux et plus affligeant, ou des maux que les hérétiques infligeaient à la foi ou des torts dont la foi et la science de la foi souffraient dans les écoles catholiques. Car, si l'on peut affirmer d'une part que les hérétiques de cette époque, comme plus tard ceux du xvi*^ siècle, comme les impies d'aujourd'hui ont fait flèche de tout bois contre le catholicisme, on ne peut pas non plus nier d'autre part qu'un grand nombre d'erreurs s'étaient glissées dans l'enseignement des écoles catholiques, et que ces erreurs ne cédaient en rien à ce qu'il y a de corruptible et de dangereux dans les tendances de certaines écoles catholiques de nos temps.

Il n'est pas douteux que les doctrines hasardées avec lesquelles Abailard, Boscelin et Gilbert de la Porrée maltraitèrent les plus sublimes mystères

de kl Toi, n'aient été très dangereuses. Et cependant il semblerait presque que leurs propositions impies n'ont été que la semence de doctrines plus perverses encore, qu'un siècle plus tard des maîtres qui se disaient catholiques essayèrent do défendre sans aucune crainte.

A cette époque, un amour de préférence pour les études naturelles, et Dieu sait quelles études ! au détriment des études sacrées, s'était emparé de toutes les intelligences ^ Déjà depuis un certain nombre d années la culture à grandes proportions que les Maures de l'Orient avaient implantée en Espagne, exerçait une puissante influence et une irrésistible attraction sur un grand nombre d'esprits de l'Occident catholique. Beaucoup d'hommes distingués se rendirent, à la suite do Gerbert, en Espagne, pour étudier la philosophie et les sciences naturelles sous la direction de maîtres arabes. Et ceux qui ne purent y aller en personne s'en procurèrent les écrits auprès des Juifs de l'Espagne et du sud delà France, qui en faisaient le trafic. C'est ainsi que les meilleures intelligences allèrent à l'école chez les Juifs et les Ma-

1. Bede Roger Vaughan, O. S. B., the Life and the Labours ofSt Thomas ofAquin, I, 402.

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hométans, et envisagèrent les vérités de la foi selon l'esprit qu'ils puisaient dans cet enseignement. Faut-il alors s'étonner s'il surgit une science religieuse qui, loin de protéger la foi et de l'éclairer, contribua au contraire à détruire tout sentiment chrétien et toute foi surnaturelle ?

En 1209, un synode de Paris se vit obligé de défendre la lecture de certains livres d'Aristote et des commentaires qui en avaient été faits. Plusieurs années après, le légat pontifical, Robert Courçon, les interdit même aux professeurs parisiens. Cette prohibition n'atteignit pas comme tels Aristoteet la philosophie péripatéticienne : elle était faite dans le sens de celle qui avait atteint la lecture de la Bible. En effet, on ne devait pas indistinctement et sans restriction permettre à tous de lire dans les sources d'une science dont on pouvait faire, comme les événements l'ont prouvé, un si funeste usage. Il ne s'agissait pas de bannir Aristote ; il s'agissait seulement d'empêcher la diffusion des fausses explications que donnaient de ce philosophe les Juifs et les Arabes, et de rendre de rechef possible une interprétation exacte et féconde de sa véritable doctrine.

ÉTAT DE l'église 1 2")

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