‹ Albert le Grand et Saint Thomas d'AquinChapitre 69 sur 118 · Werner, I · texte numérisé non relu

Werner, I

nies du culte chrétien ; elles répandaient des images obscènes, des pamphlets, des satires, des épigrammes, et toutes ces choses les servaient à souhait pour éloigner de Dieu les masses et les jeter dans la matière.

Toutes ces manœuvres impies se produisaient avec d'autant plus de facilité, que les princes les plus puissants se faisaient, à cette époque, un devoir non pas seulement de tolérer le mal, mais de le seconder, pour faireàTÉglise une guerre à mort. Il est vrai que l'empereur Frédéric II traita les hérétiques comme les traita plus tard Louis XIV, pour mieux cacher, par ce zèle apparent en faveur de la pureté de la foi , son dessein d'asservir l'Église. Mais d'autre part le combat effroyable qu'il entreprit contre elle, fut le point de départ du déchaînement général de toutes les passions. En Angleterre, les rois se considéraient déjà depuis longtemps comme les vrais évêques,

comme les vrais maîtres de l'Eglise, qui pouvaient à leur gré déchirer pièce par pièce la robe sans couture de Notre-Seigneur et faire don à leurs créatures des lambeaux arrachés. Le regret et la pénitence de Henri II relatifs au meurtre de saint Thomas Becket ne durèrent que peu de

Kr.vr i)K l'église 143

temps, et Joaii «ans Terre reprit la lutte plus violente qu'elle ne l'avait été sous ses prédécesseurs. Quant au roi très chrétien, Grégoire VII avait déjà dit de lui que ^^ nul iils ne traitait plus cruellement sa mère*. » Les choses cependant n'en restèrent pas là. Les rois, grâce à la servile soumission des clercs, dont se plaignait déjàPascharius Radbertus^, s'étaient avancés dans la voie ouverte au temps de Grégoire VII. L'insatiable sensualité de Philippe-Auguste, quoiqu'il eût trouvé son homme en Innocent III, avait néanmoins compris jusqu'où il pouvait aller sans avoir à craindre une sérieuse résistance de la part des évéques de son royaume. Cela était affreux, sans nul doute ; mais ce n'était rien en comparaison des horreurs qui se commettaient contre rÉglise en Allemagne. Frédéric II était vraiment animé d'une rage infernale contre elle; il lui faisait une guerre qui n'avait plus rien d'humain, avec le concours de tous les impies, de tous les incrédules, et sous la direction d'hommes féroces que le peuple tenait pour des échappés de l'enfer. Cette guerre fut menée avec une fureur inconnue et

Page 1