‹ Albert le Grand et Saint Thomas d'AquinChapitre 79 sur 118 · Caractère des écrits de saint Thomas d'Aquin · texte numérisé non relu

Caractère des écrits de saint Thomas d'Aquin

En dehors de cette entreprise, les deux autres luttes dont nous avons déjà parlé et qui surexcitèrent les esprits, c'est-à-dire les attaques contre les ordres religieux et les doctrines enseignées .sous la direction des gouvernements et destinées à ruiner l'Eglise, l'État et la société, donnèrent lieu à notre illustre saint de traiter toutes les questions relatives à ces deux objets et de telle sorte que dans de semblables occasions ses arguments fussent toujours des armes utiles à la défense des

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luùiiios intérêts. Les travaux de saint Thomas provoquèrent les diatribes de Guillaume de Saint-Amour, devinrent comme un code complet de la perioction et de la vie monastique, comme le meilleur moyen d'y jiarvenir, ainsi que de la vraie >cience et do la voie dans laquelle il faut l'at- Leindre. Ils forment de cette manière un vrai LTuide, non seulement pour les relipçieux, mais pour tous ceux à qui leur perfection tient à cœur.

De la même manière, les écrits qu'il composa, mais que malheureusement il n'acheva pas, sur tout ce qui touche à l'Etat, et dans lesquels il élève la doctrine de Tancien droit et de la philosophie morale à la hauteur des principes de la révélation ; ces écrits eurent une bien plus haute signification et une portée bien plus étendue qu'il n'en était besoin pour réfuter les erreurs qui les fiix^nt naitre. Et ce qui est digne de remarque, c'est que, dans les temps plus rapprochés de nous, des écrivains protestants se sont attachés avec une sorte de préférence et d'admiration à commenter les doctrines de saint Thomas sur l'État et la société. Cela se conçoit du reste aisément, que dans des temps qui commencent à recueillir

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les fruits empoisonnés produits par la séparation de la vie publique d'avec le christianisme, les esprits sérieux soient entraînés à se dédommager de l'affreuse réalité qu'ils ont sous les yeux, par l'étude de l'image merveilleuse que le plus grand génie du moyen âge a laissée d'une société vivant sous la direction de Dieu.

Nons voyons, par ce que nous venons de dire, que, de quelque côté que le temps montrait sa faiblesse et ses misères, il trouvait partout saint Thomas prêt à lutter pour la vérité. Il était toujours le premier sur le champ de bataille, et il n'entreprit jamais le combat sans le mener jusqu'à la fin et sans en sortir victorieux. Sa grandeur consiste précisément en ce qu'il réfuta toutes les erreurs qu'il rencontra, et qu'il fît partout et toujours triompher la vérité. Indépendamment des résultats immédiats que produisirent ses immenses succès, nous devons constater ici qu'aujourd'hui même nous vivons encore intellectuellement et théologiquement de ses triomphes, et que les arguments dont il s'est servi pour démasquer les perfidies de l'erreur, sont encore les armes avec lesquelles nous combattons les sophismes des adversaires de la Religion et de l'Eglise.

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Ainsi que nous Tavons dvyd dit, les ennemis modernes de la foi eatholi([ue ne sont que de maladroits plagiaires ; ils n'oi)posent au catholicisme que des objections mille fois réfutées. Il est démontré qu'ils ne peuvent rien produire de nouveau : car Tesprit humain s'est totalement épuisé, au temps de saint Thomas, dans l'invention des aberrations contre les dogmes catholiques. Les hérétiques postérieurs à cette époc{uc n'ont rien •jouté aux erreurs de leurs devanciers; ils ont simplement fait vis-à-vis d'eux, mais dans le sens diamétralement opposé, ce que les scolastiques ont fait vis-à-vis des Pères relativement à la foi. De même que les scolastiques n'ont tiré que les dernières conséquences des propositions individuelles des Pères et les ont réunies en un vaste système d'enseignement, de même les hérétiques du xvf siècle n'ont développé que l'une ou l'autre eri'eur et ont groupé en un tout les propositions éparses et souvent contradictoires de leurs pères dans la négation. Ils ne les ont peut-être surpassés que dans le rejet absolu de toute autorité visible. Voilà comment il s'est fait que saint Thomas, en s'attaquant à toutes les erreurs de son temps et en les réfutant, avec son écrasante dia-

lectique, a travaillé par avance pour tous ceux qui combattirent les réformateurs du xvi^ siècle. Il n'est donc pas étonnant que ces mêmes réformateurs eussent une rage instinctive contre lui, même avant d avoir ressenti le poids de sa doctrine, par la lutte avec les polémistes catholiques. Aussi, dès le commencement de la Réforme, l'étude des ^œuvres de saint Thomas fut jointe à l'étude de la théologie, et le grand maître de la dialectique eut dès lors de brillants et de nombreux interprètes.

C'est pour ce motif que saint Pie V a pu dire avec raison que, « par la puissance et la vérité de c( sa doctrine et du moment où il a été reçu parmi « les saints, beaucoup d'hérésies qui depuis ont « vu le jour, ont été anéanties, ce qui s'était « vu précédemment à maintes reprises et récem- « ment d'une façon très claire dans les décisions (< du concile de Trente. C'est pourquoi tout Tuni- « vers doit célébrer sa mémoire avec une vive « gratitude , puisque c' est par ses mérites que j our " par jour il est délivré des plus désastreuses « erreurs ^ »

Les paroles que nous venons de rapporter jus-

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