Les Périodes scientifiques de l'Église
Ainsi que nous l'avons indiqué plus haut, il faut considérer la scolastique comme la clôture de toute Fère patristique et de toutes les conquêtes faites par les Pères pendant les siècles qui l'ont précédée.
Nous pouvons, de même que dans Fhistoire de la création ou bien dans celle de toute vie humaine qui s'écoule selon l'ordonnance divine, distinguer dans Fhistoire de l'Église une triple période. D'abord le jour même de la création, où toutes choses furent tirées du néant et où rien ne fut créé que par la parole de Dieu. Mais en ce
jour rien ne fut achevé, complété (ppus créationis). A ce jour correspond dans la vie humaine le jour de la naissance. C'est sans doute par un effet de la toute-puissance de Dieu que Tenfant voit la lumière du jour ; mais il n'est pas moins un être fragile, petit et loin de la perfection à laquelle il est destiné. Il en fut de même au temps où le Verbe s'est fait chair et a habité parmi nous, et où voyagèrent encore sur terre ceux qui pouvaient s'appliquer ces paroles : « Dieu, qui a ordonné que des ténèbres sortît la (( lumière, a illuminé nos âmes ; il a laissé briller '( la lumière de la connaissance de Dieu dans la ce face de Jésus-Christ. »
Puis vint une seconde période, celle de la séparation (opus distinctionis), où la lumière se sépara des ténèbres, la terre de l'eau, et où chaque chose prit sa forme parfaite. Il en est ainsi de l'homme dans le temps de sa jeunesse, tant qu'il se perfectionne corporellement et spirituellement : c'est une époque de croissance continue, de développement de force dans la lutte; un temps de progrès incessant dans la connaissance et un combat ininterrompu entre la vérité et l'erreur ; un temps de perfectionnement moral, avec le danger d'être
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jeté dans des clioinins qui nioncnt à la mort siu'natuivUo de ràmc. Ce temps était, dans le royaume du Sauveur, les siècles de la manifestation potentielle des génies chrétiens, durant les- ([uels la lumière ([ui était venue ew ce monde et L's ténèbres (jui ne Tout point comprise et qui la haïrent, se livrèrent un combat jusqu'à ce qu'enfin, après des triomphes et des défaites réciproques et successifs, chaque parti se fixa définitivement, en opposition Tun avec l'autre, d'une part le royaume de Dieu, et de Tautre l'empire du monde et de Satan.
Enfin vint la troisième période , durant laquelle, après la séparation accomplie, chaque parti eut le loisir d'orner et de parer ce qui avait pris sa forme définitive, puis de le coordonner, de le faire fructifier et correspondre à la perfection de Fêtre qu'il possédait en lui-même (opus 0 rnahlsj . Il en est ainsi de l'homme . Lorsque , après un laps de temps consacré à un développement lent et souvent menacé, il atteint enfin la plénitude de ses forces corporelles et la culture com^ plète de son intelligence, alors commence pour lui la période de sa vie la plus grave, celle de l'activité et de la responsabilité. Il prend alors
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l'engagement et se soumet à l'obligation de rendre utile ce qu'il a acquis , de faire produire ce qu'il a appris, et deconsacrer, en un mot, et les forces de son corps et les puissances de son âme à une action aussi féconde pour les autres que pour lui-même. Tel fut le temps qui commença avec le moyen âge. Il s'agissait de faire fructifier et d'appliquer à la parfaite ordonnance du royaume de Dieu sur la terre tout ce que les Pères avaient conquis dans les longues luttes des premiers siècles, ce qu'ils avaient défendu avec le feu de la jeunesse qui animait alors l'Église, par la puissance de l'Esprit-Saint qui planait sur elle. De là ces splendides systèmes de la scolatisque dont les magnifiques cathédrales de l'époque ne donnent que des images incomplètes, systèmes qui étonnaient, par leur hardiesse et leur élévation, même les ennemis de l'Eglise.
Mais le plus brillant de tous ces météores qui, par la disposition de la divine Providence, devaient luire dans le beau ciel de l'Église, et que nul autre n'éclipsera jamais dans les temps à venir, est celui sur la poitrine duquel la symbolique religieuse a placé, en toute justice, l'image du soleil, le Docteur angélique, Thomas d'Aquin. Il réunissait en