Cantique des cantiques^ iv
ment, oubli d'eux-mêmes et pauvreté. Soumis aux formes établies, n'innovant que dans la perfection, ils rafraîchissent la piété sans attenter à la foi et prétendent seulement renouveler le cœur pour y loger Dieu plus à l'aise. Ne dirait-on pas la revanche amoureuse et féconde de la terre contre le ciel, le croyant se soulevant, s'allégeant, se crucifiant à son tour et spontanément pour remercier Jésus-Christ d'être venu dans la chair et mort sur la croix? De pareils coups de cœur sont uniques, plus merveilleux, plus méritoires peut-être que les plus vastes coups de filet jetés sur la tête des adorateurs de Jupiter ou de Brahma, et que prouvent-ils? L'incommensurable noblesse de la nature humaine.
Dans les vertus de saint Dominique on pensera peut-être trouver la clef de son ascendant sur ses contemporains, et ce n'est point en effet courir grand risque de se méprendre que d'entrer en communauté de sentiment, sur ce point, avec son siècle, les laïques et les gens d'Église. On peut se rappeler encore à son propos et, sans crainte de le diminuer en étudiant ce qui put l'aider, respectueusement souligner, çà et là, à titre de simple éclaircissement, dans l'innocent Moyen de parvenir des dévots raisonneurs, quelques-uns dçs charmants stratagèmes qui le servirent à son insu. D'instinct, le fils de Jeanne d'Aza
les employa tous. « // ri y a si bonne et si désirable finesse que la simplicité^ » a avoué, par exemple, saint François de Sales. Ce machiavélisme involontaire et d'autant plus efficace qu'il est moins calculé , qui en fit plus souvent usage que Dominique ? « La prière est la respiration de Vâme en Dieu^ » nous révèle à son tour un philosophant moderne qui n'a encore assurément empêché personne d'admirer dans ses livres une imagination candide soutenue d'infiniment de connaissances et de lectures, bien qu'il lui soit échappé cette dureté : la lecture est le travail des paresseux *. « Qui se fie aultrement que par la divine espérance ^ marche sur la glace d'une nuictée et s'appuie sur le bâton de rouzeau ', » a bien et dûment établi un autre naïf augure, parfois voilé, comme saint François de Sales, sous un gracieux langage. Dominique avait pour lui la simplicité, le don de la prière, la divine espérance; mais il faut compter avant tout, si l'on veut s'expliquer ses succès, avec cette intensité de sentiment sans laquelle, armé de toutes pièces, il n'eût certainement point réussi. En 1217, quatre ans seulement avant sa mort, six ans avant qu'Albert ne vînt demeurer sous les voûtes du couvent de Saint -Nicolas,