‹ Albert le Grand: l'ancien monde devant le nouveauChapitre 47 sur 77 · Dictus imperator. Gonsult. Magnum bullarium romanum · texte numérisé non relu

Dictus imperator. Gonsult. Magnum bullarium romanum

à Rome contre l'Église romaine, à seule fin de nous en chasser, nous et nos frères, contrairement aux prérogatives d'honneur et de dignité qui appartiennent au saint-siége , contrairement à la dignité ecclésiastique et au serment qu'il a prêté à l'Église.

« Nous l'excommunions et l'anathématisons parce qu'il a empêché, usant de l'influence de quelques-uns des siens, révêque de Palestrine, légat du saint-siége, de procéder dans sa légation contre les Albigeois.

« Nous l'excommunions et l'anathématisons parce qu'il ne permet pas de remplir les sièges vacants de quelques églises cathédrales vacantes dans le royaume de Sicile, ce qui met en danger la liberté de l'Église et même la foi, attendu qu'il n'y a plus là personne qui annonce la parole de Dieu et qui gouverne les âmes. Les évêchés vacants sont au nombre de vingt, avec deux monastères.

« Nous l'excommunions et l'anathématisons parce que dans le même royaume les clercs sont pris, emprisonnés, proscrits et mis à mort. On y profane et on y détruit les églises consacrées à Dieu. Frédéric ne permet point de rétablir l'église de Sore.

« Nous l'excommunions et l'anathématisons parce qu'il retient le neveu du roi de Tunis qui venait à VÈglise de Rome "pour recevoir le baptême ; parcîe qu'il a arrêté et retient en prison Pierre Sarrasin, citoyen romain, qui venait à Rome de la part du roi d'Angleterre.

« Nous l'excommunions et l'anathématisons parce qu'il

a Leone magno usque ad Clementem X : Gregorius nonus, t. I, p. 4 06.

a envahi plusieurs territoires qui relèvent de l'Église, entre autres la Sardaigne,

<( Nous Texcommunions et l'anathématisons parce qu'il a également envahi et ravagé les terres de quelques nobles du royaume de Sicile, que l'Église tenait en sa main.

« Nous l'excommunions et l'anathématisons parce qu'il a dépouillé de leurs biens plusieurs églises cathédrales et plusieurs monastères, principalement par d'injustes impositions.

(( N.OUS l'excommunions et l'anathématisons parce que, dans le môme royaume, les Templiers et les Hospitaliers, dépouillés de leurs biens, n'ont pas été rétablis entièrement dans la propriété de ces biens, suivant la teneur de la paix conclue.

« Nous l'excommunions et l'anathématisons parce qu'il a contraint les prélats, les abbés de Cîteaux et d'autres Ordres encore, de donner certaines sommes chaque mois pour la construction de nouvelles forteresses.

« Nous Texcommunions et l'anathématisons parce que, contrairement à la teneur du traité de paix, ceux qui oni tenu pour le parti de l'Église ont été dépouillés de leurs biens et contraints d'aller en exil, leurs femmes et leurs enfants demeurant en captivité.

« Enfm nous l'excommunions et l'anathématisons parce qu'il ne vient point au secours des chrétiens de terre sainte et s'oppose au rétablissement de Vempire de Romanie, Et nous déclarons absous de leur serment tous ceux qui lui ont juré fidélité, leur défendant expressément de se conformer à leur serment tant que sera maintenue la présente excommunication.

« Quant aux vexations exercées par Frédéric sur les nobles, les pauvres, les veuves et les orphelins, nous prétendons aussi l'admonester et procéder selon la justice; mais quant aux articles qui précèdent, articles au sujet desquels il a été averti souvent et soigneusement, et nonobstant n'a point obéi, c'est à cause de ceux-là que nous l'excommunions et l'anathématisons.

(c Attendu, du reste , que Frédéric est notablement diffamé, presque par tout le monde, tant à cause de ses paroles que de ses actions et en particulier parce qu'il n'a point de bons sentiments au sujet de la foi catholique , nous procéderons à ce sujet. Dieu aidant, selon que Tordre du droit le requiert ^ »

4. Gonsolt. Math. Paris, an 4S39. — Raynald, an. 4239, n« 46.

— Kington , History of Frederick II, emperor of the Romans.

— Raumer, Geschichte der Hohenstaufen, t. III, p. 636-637. — Natalîs, Selecta historiée ecclesiasticœ, secuium xiii, pars prima, p. 52. — Rohrbacher, Hist, de V Église catholiqm, t. XVIII, p. 267-269. — Pour le précis des accusations portées contre Frédéric par Grégoire IX , nous nous sommes décidé, pour plusieurs raisons, à recourir à la traduction barbare de l'abbé Rohrbacher, grand admirateur et partisan du pape, et à ne point présenter la nôtre. Singulièrement inélégante et incorrecte, mais ecciésiasti'* que, la version de Rohrbacher a du moins ce grand mérite de ne pouvoir inspirer que confiance à certaine partie du public. Rien de plus aisé, du reste, que de recourir au texte latin d'une des bulles qu'adressa Grégoire IX aux évoques et prélats d'Allemagne ctiargés d^annoncer aux peuples que Frédéric est mis au ban de la chrétienté, et que ses sujets sont déliés du serment de fidélité.

« Gregorius episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis Âl-

Ce fut le 24 mars de l'année 1259 que le pape Grégoire, après avoir conclu une sorte d'alliance

berto,archidiacono Palaviensi, et Philippo de AssisiOyNuntionostro

in Alemania commoranti , salulem et apostolicam beoedictionem.

« Quia Fredericus, dictus imperator, de multis et gravibus

excessibus suis a nobis diligenter et fréquenter admonitus, non

solum satisfacere non curavit, sed corde nequiter indurato, jugiter

etiam détériora committit, nos de fratrum nostrorum consilio, in

eum et in omhes illos qui in hujusmodi excessibus vel alias contra

romanam Ecclesiam sibi prsesliteruntauxilium, consitium velfavo-

rem, excommunicati6^r . anathematis sententiam duximus pro-

mulgandam. r

« i^Omnes qui (i ûdelitalis juramento tenentur, decernendo ab

observatione juramehti hujusmodi absolûtes, et Ormiter prohihendo

ne sibi fidelitatem observent, juxla canonicas sanctiones.

« 2^ Ad haec civiiatc, , castra, villas et alla loca ad quœ ipse pervenerit, quamdiu ibi fuerit, ecclesiastico supposuimus interdiclo, ita quod publice, vel secreto, nullum ibi offîcium divin um célèbre tu r...

« 3° Universis patriarchis, archiepiscopis et episcopisper Alemaniam constitutis, nostris damus iitteris in prœceplis, ut praedictam excommunicationis et anathematis sententiam, pulsalis campanis, accensis candelis, necnon alia quse conlinentur in ipsis, in singulis civitatibus, castris ac villis et locis suarum diœcesium absque dilatione aliqua publicari solemniter ac etiam nuntiari singuli faciant eorumdem. ^

« 4° Et nihilominus omnes, tam clericos quam laicos, qui ei adversus fidem catholicam et libertatem ecclesiasticam ac sponsam Ghristi sacrosanctam Ecclesiam machinant!, cum armis, vel sine armis, auxilium prœstiterunt vel favorem, excommunicationis vinculo innodari.

« 5° Quocirca discretioni vestrae per apostolica scripta manda-

offensive et défensive avec Gênes, Venise et la Lombardie, prononça cette excommunication solennelle contre Frédéric ; mais la foudre pontificale tombait sur une tête de bronze qui par deux fois déjà avait essuyé , sans fléchir, sans seulement s'incliner, l'anathème. Dès l'année de grâce d227, peu de temps avant la mission d'Albert le Grand en Allemagne, attendu que l'insouciant et narquois empereur prenait, paraît -il, assez légèrement son parti du complet insuccès d'une croi& <, [qu'il n'avait d'ailleurs entreprise qu'à contre -cœur, passait, coulait, sans faire en aucune façon péniteLce, le mois de septembre tout entier dans sa délicieuse villa de Pouzzoles, près de Naples; le jodrr,' forçait le cerf et le sanglier sous les ombrages de la forêt de Licola; puis, le soir, dans sa molle Pouzzoles, s'endormait au son des violes et des luths, dès l'année 1227, Grégoire IX avait fulminé contre le traître^ et l'avait

mus, quatenus si dicti archiepiscopi prœceptum nostrum neglexerint adimplere, vos eos ad id, per excommunicationis sententiam, appellationè remota, cogatis, constitutione de duabus dictis in generali Goncilio édita non obstante. Quod siambo his exequendis potuerilis interesse, alter vestrum ea nibiiominus exequatur.

« Datum Laterani, nono kalendas decembris, pontificatus nostri anno tertiodecimo. />

y. Magnum bullabium nàmx^vviyGregorius nonus, t. J, p. 4 06 Lugduni, Laurentius Arnaud, MDCLXXIII.

mis au ban de la chrétienté. L'intervention, les remontrances des archevêques de Reggio et de Bari, prélats d'humeur conciliante que Frédéric avait envoyés à Rome pour apaiser les ressentiments du souverain pontife, expliquer sa conduite et prévenir, autant que possible, la guerre ouverte , cette intervention et ces remontrances avaient complètement échoué devant un mauvais vouloir opiniâtre et des résolutions arrêtées. Le mécréant fut donc anathématisé à la hâte , le 29 septembre 1227 : Frédéric passa la main sur son visage et ne se sentit point touché ^ L'année suivante, V indocile avait été excommunié derechef, cette fois encore parce qu'il tardait à mettre à la voile et à retourner en Palestine, mais avec des considérants qui ne le déclaraient plus seulement traître et rebelle, mais déchu et dépouillé de sa couronne. Dans sa circulaire aux évêques, datée du jour de l'Ascension, 1228 : « Nous ordoni^ons, avait signifié Grégoire IX, qu'on s'abstienne de célé-

i. a Frederick sent two judges at Rome lo explain ail, and went to recruit himself at ihe baths of Pozzuoli, néar Naplcs, where he could hunt in Ihe foresls around Licola... He despatched a furlher embassy to Gregory..» The Pope would not believe a word the said; butcalling together as many Bischops be could, hc publicly excommunicated Ihe recréant crusader on the 29 th. of september 4227.» V* Kington. Mist. of Frederick the Second, London, 1862.

brer le service divin partout où s'arrêtera Frédéric ; nous le traiterons désormais comme hérétique ; nous délions ses sujets de leur serment de fidélité et le dépouillons de son royaume, qui est notre fief, et

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