‹ Albert le Grand: l'ancien monde devant le nouveauChapitre 51 sur 77 · V. Raumer, Silte der Geistlichen · texte numérisé non relu

V. Raumer, Silte der Geistlichen

2. Sufficit mihi si audio sonitum campanarum. — Regest., Honorius IH, an. 11.

que l'esprit austère du christianisme s'en allait partout déclinant, il semblait à bien des gens que le roi des Romains parlait d'or, et le très-raisonnable indocile ralliait momentanément à son parti des légions d'hommes solides et pieux qui pensaient comme lui, et n'osaient point toutefois élever la voix contre les iniquités et les bassesses dont ils étaient témoins. Mais, sans compter que ce n'est point couché sur des coussins de soie, du fond d'un palais rempli d'eunuques et d'histrions, qu'il est facile d'en imposer au monde sur ses pensers sévères, sous le manteau du prédicateur couronné perçait sans cesse, à l'improviste , la rancune du prince excommunié ou la tortueuse ambition du césar teuton jaloux de tout régler, de tout ordonner, sans jamais rencontrer devant son sceptre aucun obstacle. L'accueil empressé que reçurent de la part des seigneurs du pays de France hostiles à la cour romaine les projets de réforme de Frédéric , la paraphrase et les commentaires qu'ils hasardèrent à ce propos, ces seuls indices eussent dû suffire, ce semble, pour éclairer les bonnes âmes orthodoxes sur les secrets mobiles de tant de protestations honnêtes, les effrayer sur les conséquences pratiques de tant de spécieuses théories, et les faire repentir, en un mot, d'un accès de confiance passager. « Oui , VRAIMENT, IL FAUT QUE CES CLERCS QUI

JUGENT d'après LEURS LOIS LES HOMMES LIBRES ET LES

FILS DES HOMMES LIBRES, fut-il assez inopinément décidé en une assemblée de nobles François enthousiasmés par les harangues de l'empereur d'Allemagne,

IL FAUT QUE CES FILS DE SERFS SOIENT RAMENÉS A LEUR CONDITION PREMIÈRE DU TEMPS DE l'ANCIENNE

Eglise, qu'ils se bornenx a la vie contemplative. A NOUS LA VIE active ! Peut-être alors reverrons- Nous ces miracles des premiers temps qui ne se produisent plus en ce siècle \)> On juge de l'arbre d'après ses fruits, a dit le sage. — « A quelles conclusions tendent donc, en fin de compte, les discours du roi des Romains? reprenaient, en présence d'approbations ainsi motivées , les pures et flottantes imaginations, aussitôt désenchantées que séduites; au bord de quels abîmes nous mène-t-on, sous la fallacieuse promesse de sauver Israël? L'empereur, si nous nous rangeons sous sa bannière et lui prêtons notre appui, ne va-t-il point bientôt livrer les clercs pieds et poings liés au pouvoir civil, et parce que les prêtres ne sont point tous, il est vrai, de saints

i. « Reducantur ad statum Ecclesiœ primitivtT... et in contemplatione viventes, nobis sicut decel vitam activamducentibu?, ostendant miracula quae dudum a seculo recesserunt, » }Hst. diplom., t. VI, p. 468, ap. Iluillard-Bréhollcs, Vie et correspondance de Pierre des Vignes.

L'EMPIRE ET LA PAPAUTE. 29:i

personnages, ne va-t-il point les priver, eux, ministres aux fonctions sacrées, de leur liberté d'agir, nous, croyants, de notre liberté de les suivre et de les écouter?» — Tel dut être, en effet, à peu près le langage que tint intérieurement le plus grand nombre des chrétiens timides lorsque fut chargé, dans les diocèses de Germanie, de les ramener, de les affermir dans le droit chemin, notre impartial et pacifique Albert; et, vu l'état d'aigreur^ d'angoisse et de malaise où se trouvait alors le monde^ — ce sont les propres expressions dont se servit Frédéric II dans son premier manifeste, — dès que l'habit des frères prêcheurs apparut, symbole éclatant de charité et de mansuétude, nul ne sera surpris qu'il ait aussitôt produit une vive impression. Pendant que les deux chefs de la chrétienté se lançaient l'un l'autre à la face d'énormes injures à la façon des héros d'Homère, hésitante entre le pape et l'empereur, irrésolue, chancelante, effarée, l'Allemagne crut embrasser les insignes du calme et de la paix en baisant la robe blanche du fils de Dominique. L'Allemagne ne se trompait du reste qu'à moitié, mais elle s'abusait. Sous le large manteau du moine s'abritaient, repliées, les ailes des Furies, et ceux qui se précipitaient aux genoux du missionnaire ne tiraient plus, il est vrai, répée pour la cause de Frédéric, ils eussent dégainé.

au besoin , pour soutenir les droits du Saint-Père. Frédéric Hohenstaufen comprit l'imminence du péril et s'efforça de le conjurer*.

« Les pharisiens et chefs des prêtres, s'écrie dans son appel au peuple, en réponse à la troisième excommunication du pape Grégoire, le césar germanique rebelle aux volontés du saint-siége, les pharisiens et les chefs des prêtres se sont réunis pour tenir conseil contre Vempereur des Romains*, leur maître. Comment allons-nous nous y prendre, ont- ils dit, pour nous défaire de cet homme qui triomphe de ses ennemis? Si nous lui laissons les coudées franches, . il va soumettre à ses armes toute la Loinbardie... Aussi bien convient-il de l'arrêter net dès qu'il commence

I. L'Histoire passe, un pied sur une roue comme la Fortune, et les passions humaines ramènent perpétuellement les mômes drames : les personnages seulset les dialogues varient. Grégoire L\ conteste à Frédéric II la légitimité de ses prétentions sur les villes lombardes. Napoléon s'irrite de ce que le pape Pie VII lui refuse Ancône. — Frédéric dicte ses fougueuses missives à Pierre des Vignes. Napoléon confie la rédaction de ses terribles dépêches à Fouché. « // ?/ a plus d'un rapport, monsieur, entre mes fonctions et les vôtres,)) écrit Fouché aux évêques au commencement de ce siècle. (Circulaire trouvée dans les papiers du cardinal Fesch. V. M. de Meaux, la Révolution et l Empire, p. 289). Tout chrétien doit obéissance à César, empereur et roi des Romains, répète à satiété Pierre des Vignes au xiii* siècle. (V. Huillard- Bréholles, Vïe et correspondance de Pierre des Vignes. ) — Quid novi? Un mot, un seul mot, le mot monsieur.

à devenir victorieux, avant que l'étincelle ne développe un vaste incendie, avant que le mal dont il est cause, mal jusqu'à cette heure tolérable, ne nous pénètre jusqu'à la moelle des os. Ne perdons point de temps en conversations et pourparlers inutiles ; ne l'attaquons point seulement par nos invectives : lançons contre lui toutes nos flèches et vidons nos carquois. Nous les lancerons contre lui, ces flèches, jusqu'à ce qu'elles le frappent, le frappent (sic), jusqu'à ce qu'elles le transpercent, le transpercent {sic), jusqu'à ce qu'elles le renversent, le renversent (sic) , de telle sorte qu'il ne soit plus enfin question de cet homme, qu'il soit terrassé et demeure convaincu de l'inanité de ses rêves. — Ainsi ont comploté les pharisiens de ce siècle^ assis sur le trône de MoisCy et s'emportant dans leur folie contre Vempereur des Romains... Et ce père de tous les pères, celui qui se nomme le serviteur des serviteurs de Dieu, de colombe se transformant en serpent, a jeté à l'univers cette téméraire et fatale parole : Ce qui

Page 1