‹ Albert le Grand: l'ancien monde devant le nouveauChapitre 63 sur 77 · V. P. TouroD, Vie de saint Thomas · texte numérisé non relu

V. P. TouroD, Vie de saint Thomas

3. II sera question plus loin de ce merveilleux et très-édifiant combat que soutint Thomas contre une femme de mœurs légères et de grande beauté, avec laquelle on l'avait enfermé par malice et surprise. Le saint jeune homme lui échappa, admirabte preuve de vaillance j en brandissant en Tair une bûche enflammée.

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Iraordinaire , il tint à le remettre lui-même entre Jes mains d'Albert le Grand. Jean le Teutonîque traversa donc tout exprès, à seule fin d'accomplir ce dessein, les hautes montagnes ([ui séparent l'Allemagne de l'Italie, et il conduisit Thomas sur les bancs de l'école de la rue de Stolk, au pied de la chaire où trônait avec un éclat non pareil, land il ne parcourait point d'office le pays teuton , llustre commentateur des Sentences'. Chose singul re, le futur auteur de la Somme, le jouvenceau de elle espérance dont on saluait d'avance à Rome la rillantc destinée, celui que le saint-siége avait entoui de tant d'hommages et de soins , celui sur le front uquel le saint-père avait écrit : Tu Marcellus eris, Thomas enfin, I'angk de i.'ÉcOLE -, soit que le regard profond d'Albert lui imposât, soit que sa façon d'enseigner l'ait dérouté, soit encore qu'il éprouvât une sorte de saisissement et de trouble en présence d'un logicien qui ne cherchait

1 . L'Ordre de Saint-Dominique comptait alors trente raille religieux répandus sur la surface de l'Europe. Albert avait assisté aux radieux coramenceraents de l'Ordre ; Thomas survenait en la saison torride , — alors que les épis étaient jaunissants.

i. Tous ies théologiens hors ligne reçurent un nom de guerre au moyen âge. Thomas d'Aquin fut surnommé l'Ange de l'École, ou bien encore le Docteur angélique, saint Bonavcnlure le Docteur sérapbique, Jean Scot le Docteur subtil, Alexandre de Halès le Doc(«ar irréfragable, Albert le Grand !e Docteur universel.

point seulement à appuyer les vérités révélées des armes toutes-puissantes du syllogisme, mais qui les soumettait parfois à un examen préalable, Thomas fit d'abord assez triste figure à Cologne. On l'avait beaucoup vanté, ce qui rend toujours mauvais service, surtout auprès de la gentécolière; de plus, s'il faut en croire la tradition, ses mouvements étaient singulièrement gauches, sa langue épaisse ; je ne sais quoi de lourd et tout à la fois d'ébahi dans sa personne ne prévenait point en sa faveur ; évidemment le théologien, l'athlète sommeillaient encore en lui; Thomas ne laissait apercevoir à l'œil nu que des épaules énormes et disproportionnées, une large encolure, peu de muscles. Aussi les bibliers et lessententieux, ses camarades, se prirent-ils un jour à rire; les jeunes gens s'étaient attendus à une sorte d'éruption de l'Etna ; on la leur avait annoncée : Thomas, au contraire, invariablement morne et taciturne, demeurait immobile, froid et terne, au milieu de l'animation générale. « Ah! le grand bœuf muet de Sicile^ » murmurèrentils un jour en se moquant. — « Vous appelez Thomas LE BOEUF MUET , reprit gravement maître Albert qui les entendit : eh bien, sachez que ce boeuf poussera

DE tels mugissements DANS LA DOCTRINE, QUE LE MONDE ENTIER s'eN ÉMERVEILLERA*.» Albert avait

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