‹ Albert le Grand: l'ancien monde devant le nouveauChapitre 72 sur 77 · DE L'ITALIE · texte numérisé non relu

DE L'ITALIE

Le christianisme a rajeuni Tltalie sans lui ravir les traditions antiques. L'Italie a constitué la commune, elle a fondé de florissantes républiques, quand toute l'ambition des bourgeois de France vise à consolider la royauté.

Si Ton veut étudier le caractère de la domination des Hohenstaufen en Italie à la fin du xn« siècle, se rendre compte de l'esprit belliqueux et du prodigieux ressort des petites républiques italiennes , il faut relire le traité de Constance arraché aux lassitudes de Frédéric Barberousse, après sa défaite à Legnano, sa fuite précipitée, et cette trêve de six années qu'obtint Venise, médiatrice entre la ligue lombarde et l'empereur (1183). Singulier aveu d'impuissance que ce traité dicté par une pensée dynastique! L'empereur impose silence à son orgueil dans l'espoir de conserver le trône à son fils. Désespérant de dissoudre la ligue lombarde et n'osant point cependant s'avouer vaincu, le voici qui lui reconnaît le droit de s'unir pour qu'elle lui laisse celui de gouverner. N'était-ce point là préparer, presque sanctionner

une légende qui fait assez bien comprendre la sorte de vénération encouragée par rÉglisequMnspiraient jadis les étudiants.

« Il y avait dans la ville de Bonn une recluse assez dévote. Une nuit elle aperçut une lumière qui pénétrait par les crevasses de sa cellule. Pensant que c'était le jour et très-effrayée de n'avoir point encore lu ses heures, elle se leva et courut ouvrir sa fenêtre qui regardait le cimetière. Et voilà que sur le tombeau d*un jeune étudiant récemment enseveli, elle vit debout une femme d'une merveilleuse beauté... « Je suis, dit-elle, la mère du Christ, et je suis venue chercher l'âme de cet étu* diant qui fut un vrai giartyr. » En effet, ajoute le chroniqueur, les étudiants sont de vrais martyrs, quand ils travaillent avec courage.

la réTolte? — » Le traité de Constance maintieut les villes dans tous leurs droits réguliers, tant dans l'enceinte de leurs murs que dans l'étendue de leur territoire. Il fait mention expresse de leur droit à lever des soldats, à élever des fortifications, à administrer la justice civile et criminelle... Dans les cités où les consuls se trouvent avoir été choisis par i'évéque, il admetque le fait accompli remporte sur la prérogative de l'empereur. Barberousse renonce ainsi en quelque sorte ù la souveraineté... Par le traité de Constance, non-seulement la ligue lombarde est reconnue, confirmée, mais encore les villes qui en font partie sont autorisées à renouveler ralliance quand il leur plaira... Elles devront seulement, tous les dix am, prêter serment de fidélité à l'empereur... » — Quand on songe que ces conditions étaient offertes par l'un des plus puissants, des plus arrogants monarques, à quelques petites républiques, ce n'est plus seulement de l'admiration qu'elles inspirent, c'est de l'éloonement. Ne dirait-on pas que le génie de la Borne antigoe, indigDé d'avoir entendu parler allemaDd près de lui, s'éveille, invoque Jupiter Capitolin , frappe du pied la terre près des glorieuses ruines de Milan, lève encore des légions etméditeuue nouvelle jeuaesse?

... Tout réussissait à Venise. Ayant eu, un jour, maille à partir avec Gonstantinople, elle força les Grecs à lui payer 15,000 livres d'or comme dommages et intérêts, et non-seulement ses privilèges furent maintenus , mais elle obtint (les libertés nouvelles. VeniseYeçut un accrois-

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sèment de puissance extraordinaire de la fondation d'un empire chrétien à Constantinople : ce fut pour elle une opération commerciale que les croisades. Lorsque l'empire grec s'écroula, elle en recueillit les débris. Des lies de l'Archipel lui furent dévolues en pleine propriété. Enfin, par suite d'un traité conclu avec Michel Paléologue, elle n'eut bientôt plus à redouter Gênes, sa rivale*. Quelques chiffres donneront une idée exacte de sa prospérité. Venise, dès Tannée 1120, fut en état d'armer cent quarante-deux vaisseaux contre Pise. Elle entretenait vingtdeux mille cavaliers ou fantassins*. A la fin du xn« siècle, en 1188, la sérénissime République, alors en bons termes avec l'empire grec, s'engagea, pour lui venir en aide, à faire sortir de ses ports cent vaisseaux de guerre, garnis chacun de cent quarante rameurs, ce qui représente un effectif de quatorze mille hommes d'embarquement, les pilotes, les matelots non compris ^ Dans les annales de Venise, il est fait mention de flottes de deux cents navires. En tenant compte des proportions énoncées plus haut, c'est donc trente mille hommes que Venise, du xui« au xiv« siècle, pouvait lancer sur ses galères, sans interrompre pour cela son commerce. Mais n'est-il point hors de propos d'appuyer plus longuement sur le passé d'une ville dont nous avons vu les palais, laissant pencher leurs façades crevassées sur le canal , servir d'asile à quelques brocanteurs?... Que si des lagunes nous portons nos regards vers le nord, nous comprendrons mieux quelle dut être la physionomie de Padoue au moyen âge, résultat

1. Tentori, IV, 150; — Marin, IV, 326; — Raumer, Geschichte der Hohenstaufen, passim.

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