On a surnommé Bologne la Grassa
3. Novella d'Andréa, célèbre au xiV' siècle, afin de ne point distraire les étudiants de Bologne par sa beauté, pendant qu'elle professait, se voilait derrière un rideau. — V. Bœdcker, Italie seplenlrionale.
Novella , dont on peut, aujourd'hui encore, suivre les leçons et apprécier les charmes, que l'on s'assoie au pied de ses chaires retentissantes, ou c{ue l'on s'abandonne à sa vie nonchalante et facile, cette Novella toujours debout, c'est Bologne. Mais \diSçavante a bien perdu de son prestige, ou la Grassa de ses appas; plus n'est besoin à présent de tirer le rideau sur Novella : au Heu de dix mille adorateurs qu'elle compta jadis , Bologne aujourd'hui n'en ^ garde plus que quatre cents ^.
Nous sera-t-il permis de rendre compte simplement ici des impressions que nous avons reçues et des idées qu'elles éveillèrent , il y a quelques mois à peine, lorsque, errant en Italie sur les pas de Dominique et d'Albert, nous allions fouler ce coin de terre où s'éleva le cloître de Saint- Nicolas, et songions naturellement aux rapports tout gracieux qu'entretint Dominique avec la population et les docteurs de la capitale de l'antique Emilie ? Vous souvient-il , par hasard, d'avoir jamais visité quelqu'une de ces orgueilleuses abbayes où l'on n'était admis jadis qu'après avoir prouvé tant de quartiers de noblesse et où l'on commençait de la sorte son noviciat par faire
4 . La population d'étudiants, qui animait si fort l'université de Bologne au moyen âge, a varié de 3,000 à 10,000 âmes. Du temps de saint Dominique, Bologne était en pleine prospérité.
reluire son écu et présenter sa j2;éncalogie.? Après avoir gravi les escarpements qui conduisent d'ordinaire à ces étranges cénacles d'âpre et montueux abord , après avoir médité sur tout ce que suppose d'aberration, d'étroitesse et de piété fausse, chez ceux qui se cloîtrèrent en bonne compagnie dans ces froids asiles, tant d'oubli de l'égalité évangélique et d'égards pour le blason, le voyageur longtemps en proie à une angoisse secrète, tout d'un coup se sent renaître, lorsqu'enfm, au sortir des oratoires où le crucifix repose sur des champs de sable et d'azur, il aperçoit à ses pieds Bologne , la ville libre, terra antica, madré e nutricej, le convier aux fêtes de l'esprit et des yeux. On respire, non point du tout parce qu'on descend des hauteurs, mais parce qu'on va reprendre à la vie générale qu'insulte, qu'écrase pour ainsi dire, du haut de ses créneaux ou du fond de ses immobilités, toute forteresse, toute chapelle à guichet et à pont-levis. Malheur au seul ! V.e soli ! a dit l'Ecriture, et je ne pense pas qu'elle nous ait voulu détourner par cette malédiction concise du goût de la solitude honnête et tempérée, aliment périodique des âmes les plus saines, qui de temps en temps se recueillent, sans cependant s'exiler. Cette solitude-là, c'est le pain des forts : on le rompt à l'écart sans rien dérober à personne, et l'on en fait ensuite hom-
12i ALBERT L K GRA^D.
mage à tout le monde sous forme de travail, de bonne humeur, d'indulgence ou d'activité. Le Vœ soli! de l'Ecriture n'aurait -il point, au contraire, condamné d'avance cette tendance ingrate à l'isolement, C{ui rend inutiles à la société les facultés de ceux qui s'y resserrent, leur bâtit des palais à l'abri des chocs et du bruit, et, tandis que dans le fond des vallées l'humanité palpite , lutte et s'efforce , laisse mollement osciller, sous un triple rang de murailles , la lampe fleuronnée de l'égoïsme? Pareil lenoncement à la chose publique conduit fatalement les élus à la sécheresse ou à l'indilférence. Rien de plus opposé, ce me semble, au véritable esprit chrétien, familier par excellence, large et communicatif. L'esprit chrétien est d'essence démocratique : voilà pourquoi il est si dangereux de tenter de l'enfermer dans une urne , surtout en un vase de grand prix. Sous prétexte de le condenser, ne court - on pas grand risque de réduire cet esprit à néant? La bonne sève ne doit-elle pas couler à gi'ands flots, dans la voie commune, à gauche, adroite, partout? Ainsi l'avait bien entendu Dominique en un certain sens révolutionnaire, ou du moins contempteur résolu de mille petitesses acceptées, couvées, si ce n'est bénies par une autorité qui malheureusement n'a jamais cherché à réagir contre les préjugés de caste ou de tribu. S'il ne protesta point
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directement contre les errements les plus invétérés de la cour romaine, il réagit au moins contre elle par nombre de ses actes et l'ensemble de son attitude, et l'on apercevra sans doute quelque indice de ces dispositions assurément fort rares au moyen âge, en continuant de s'édifier avec nous sur la physionomie d'une ville pour laquelle le fils de Jeanne d'Aza éprouva toujours une sympathie particulière et qui le lui rendit. Lorsque Albert le Grand vint demeurer sous ses murs, Bologne avait conservé son caractère intact, et telle l'a connue Dominique, telle va la contempler notre héros.
Souvent, durant ses longs et fréquents séjours en Romagne, le pacifique rival de saint François d'Assise s'était vu appeler comme arbitre au milieu des ardentes querelles qui divisaient sans cesse , à cette époque , une cité toute républicaine , et souvent il les avait apaisées. On s'attache volontiers aux lieux où l'on a pu faire quelque bien. Mais avant même que les magistrats de Bologne reconnaissants ne lui eussent décerné le diplôme et les privilèges de citoyen, nulle part, paraît-il, le fondateur de l'Ordre ne se sentit autant chez lui qu'à l'ombre de cette école consacrée de longue date aux arts et aux lettres. Il faut croire que leurs deux génies se comprenaient ou plutôt se complétaient. L'un regardait, en eflet, du
côté du droit pratique, l'autre soupirait vers la justice idéale, et tous deux, après avoir pris conseil, celui-là de la raison, celui-ci de l'âme, se rencontraient dans un commun désir de servir et d'élever l'humanité. Entre Rome et Paris, quand la remuante université ouvrait ses portes à Dominique, on eut dit, à le voir si parfaitement à l'aise et affable avec tous, qu'il venait seulement de franchir le portique agrandi de son propre monastère ^ Nulle part autant qu'à Bologne la vénération populaire ne lui a prêté tant de miracles , et ce n'est point sans motif : nulle part il ne vécut autant avec le peuple et les laïques et nulle part il ne se montra si prodigue en fait de largesses spirituelles. Les frères prêcheurs étaient là si fort installés au cœur de la population qu'on les y appelait volontiers Chanoines de Bologne '. Le jour où frère Réginald, l'un des plus merveilleux compagnons du saint , émigra du petit couvent provisoire de Sainte- Marie de Mascarella, et, soutenu par le cardinal Ugolin , jeta les fondements de Saint- Nicolas, une
\. Saint-Nicolas était situé hors des murs, au milieu des champs.
2. Voir, pour tous les détails qui précèdent, R. P. Touron , Vie de saint Dominique^ chap. vu, viii, ix; Ex monumenlis publicis Bononiœ , ap. Alexand. Macchi, in Vindiciis, p. 25, passim ; B. Jordanus ap, Échard; Fleury, Ilist. ecclés.
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foule d'hommes d'élite l'avait suivi : ces lettres, ces sçavanls vinrent peupler, par la suite , un à un, le nouvel et spacieux édifice \ Quoi de plus naturel que
] . Un récit fera mieux comprendre que toutes les considérations du monde la prospérité chaque jour accrue du couvent de Saint-Nicolas ; qu'on lise ce qui suit, et l'on verra quel charme entraînant exercèrent les prédications des premiers dominicains sur l'esprit des hommes du moyen âge. — « Lorsque frère Réginald, de sainte mémoire, autrefois doyen d'Orléans, raconte un ancien historien, prêchait à Bologne et attirait à TOrdrc des ecclésiastiques et des docteurs de renom , maître Moneta, qui enseignait alors les arts et était fameux dans toute la Lombardie , voyant la conversion d'un si grand nombre d'hommes, commença à s'effrayer pour lui-même. C'est pourquoi il évitait frère Réginald et détournait de lui ses écoliers. Mais le jour de la fête de saint Etienne ses élèves l'entraînèrent au sermon ; et comme il ne pouvait s'empêcher de s'y rendre, soit à cause d'eux, soit pour d'autres motifs, il leur dit : «Allons d'abord à Saint-Procul entendre la messe. » Ils y allèrent en effet, entendirent non pas une messe, mais trois. Moneta faisait exprès de tramer le temps en longueur pour ne pas assister à la prédication. Cependant les élèves le pressaient, et il finit par leur dire ; «Allons maintenant. » Lorsqu'ils arrivèrent à l'église, le sermon n'était point encore achevé et la foule était si grande que Moneta fut obligé de se tenir sur le seuil. A peine eut-il prêté l'oreille qu'il fut vaincu. L'orateur s'écriait en ce moment : « Je vois « les deux ouverts. Oui, les cieux sont ouverts à qui veut voir et « à qui veut entrer. Les portes sont ouvertes à qui veut les fran- « chir. Ne fermez pas votre cœur, et votre bouche, et vos mains, de «peur que les cieux ne se ferment aussi. Que tardez-vous encore, « les cieux sont ouverts ! » Aussitôt que Réginald fut descendu de chaire, Moneta, touché de Dieu, alla le trouver, lui exposa son état et ses occupations, et fit vœu d'obéissance dans ses mains.
Dominique , après avoir visité Venise ou Toulouse , harangué Rome ou Milan , parfois las et triste, parfois saisi d'accès de défaillance au retour de ses pérégrinations lointaines, ait fait halte, ait voulu goûter quelcjuc repos sous les arcades d'un cloître dont l'écho lui apportait les rumeurs, les acclamations d'une jeunesse studieuse dont le mouvement lui plaisait, tandis que montaient vers le ciel les graves psalmodies des frères de son Ordre, plus nombreux à Saint- Nicolas, plus particulièrement zélés qu'ailleurs? Dans le jardin du monastère voletaient çà et là les grives dont on avait diminué la vigne*; tout autour s'étendait la campagne , s'étageaient de bruns coteaux couronnés de pampres , chargés d'^ra paradisa - ; devant son enceinte se déroulaient sur le second plan les montagnes; une université, la première de
Mais comme beaucoup d'engagements lui étaient sa liberté, il garda encore l'habit du monde pendant une année, du consentement de frère Réginald ; et cependant il travailla de toutes ses forces à lui amener des auditeurs et des disciples. Tantôt c'était l'un, tantôt c'était l'autre, et chaque fois quil avait fait une conquête ^ il se??iblait prendre l'habit avec celui qui le prenait. » N. Gérard de Frachet, Vie des Frères, liv. IV, chap. x.
\. On appelait Saint -Nicolas , Saint-Nicolas -des-Vignes. Le couvent était en effet entouré de vignobles , et avait été construit sur l'emplacement même d'une vigne.
2. Uva paradisa, sorte de raisins d'un jaune doré qu'on récolte surtout aux environs de Bologne.
rflurope après celle de Paris, s'ouvrait à deux pas. Quelle sereine et vivante retraite ! Encore une fois, nous concevons sans trop d'efTort que Dominique y soit revenu sans cesse , et qu'en rendant le dernier soupir dans une sorte d'oasis où se trouvaient réalisés presque tous les rêves qu'il avait formés naguère, dans sa cellule, à Osma, il ait pu remercier Dieu de s'être enfin laissé toucher par les rugissements de sa jeunesse \
Albert, lui qui naissait à la vie active tandis que le fils de Jeanne d'Aza disparaissait de la scène , lui qui venait en ce même couvent de Saint-Nicolas, si heureusement situé, recueillir près d'une tombe scellée d'hier, et les traditions de la vertu la plus pure, et les fruits d'un héritage qui, pour produire de gros intérêts , l'avait pour ainsi dire attendu , Albert , en cet instant, on le présume, dut se croire de son côté favorisé d'en haut. En butte à tant d'avances et de dons gratuits, un ancien n'eût point hésité à sacrifier à la Fortune. Veuillez remarquer que, du bout de son aile , le sort propice , en eftêt , ne se contentait point d'enlever devant ses pas les cailloux du chemin : Albert venait de poser les pieds sur une de ces
1. ... Riigitus et voces solebat emiltere... B. Jordanus, c. i, nMO.
routes qui marchent, si l'on peut se servir en ce lieu d'une des plus élégantes expressions de Pascal. Notre sçavant se fait religieux et prétend bien quand même rester sçavant^ que dis-je, consacrer sa vie à des recherches généralement vues d'assez mauvais œil par un pouvoir qui pensa laisser mourir de faim Roger Bacon et accusa d'impiété Galilée. Voici que la compagnie dans laquelle il s'engage commence à pousser des reconnaissances dans tout l'univers; bien mieux, l'Ordre acquiert une puissance, un prestige tels, qu'un de ses membres se sent tout de suite abrité, défendu contre les poursuites de l'Inquisition et les flammes des bûchers. Dernière et suprême ressource, l'université de Bologne lui tend les bras. Nul homme d'action ne saurait, à l'heure qu'il est, se passer du secours de la presse ; il faut bien , à l'heure qu'il est , bon gré, mal gré , passer et repasser sous les fourches caudines de Gutenberg , dès que Ton prétend exprimer, répandre, vulgariser des idées. Si le moyen âge connut un moyen d'influence qui puisse lui être comparé, ce fut peut-être l'habit de Saint-Dominique. La robe blanche octroyait alors, toute proportion gardée, bien entendu , à l'homme hardi qui s'en revêtait ce que prête actuellement le livre à la pensée : une force de résistance peu commune, une vague autorité. Sur quelque point qu'Albert de Bollstadt jetât donc les
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regards, s'ouvraient, ce semble, des horizons h perte de vue , et pour éviter tout péage , écarter tout obstacle, il n'avait qu'à laisser flotter au vent les plis de son manteau sacré. On sait, nous l'avons assez vivement fait entendre , que l'initiative du grand chrétien Dominique, à plusieurs faces, comme un triangle, entrait dans le vif des choses du vieux temps, par chacun de ses trois côtés. Sur chaque ligne pouvaient alternativement pi-endre place et se mouvoir et les intelligences les plus hautes, et 'les capacités les plus vastes, et les dévouements les plus complets. Entre la prédication chez les Prussiens idolâtres , chez les Tartares, ou bien encore chez les iMusulmans d'Afrique et d'Asie, entre l'action à exercer sur la société d'Europe par la douceur et la charité, enfin l'empire à prendre sur les esprits dans les centres où ils s'ébattaient de préférence, les universités, le frère prêcheur avait à choisir. Nous nous assurerons dans le cours de ce récit qu'Albert le Grand inscrivit pour ainsi dire le triangle dans un cercle , et qu'il développa dans tous les sens l'idée multiple à laquelle il prêta simultanément son cœur, son savoir et son éloquence. Tour à tour il professa et il prêcha, et on le vit même, maintes fois, singulier témoignage de vigueur et de piété, au sortir d'un débat philosophique ou d'une leçon de Natura locorum, s'en aller
132 ALBERT LE GHAND.
en plein vent évangéliser le peuple , ou bien en remontrer aux princes de l'Eglise. Peut-être convientil de mesurer en ce moment, où elle ne s'accentue encore cfue faiblement, mais où elle sort déjà de l'ombre, les ampleurs de cette vie d'un éclat soutenu, l'une de celles sans contredit qui portent à son apogée la physionomie du passé. Albert fut étudiant et il fut moine, il fut moine et il enseigna, il enseigna et il fut évoque, il fut évêque et voulut redevenir simple moine : fut -il assez homme du moyen âge? ]\Iais au milieu d'une carrière si agitée , si remplie, si soumise en apparence à toutes les variations de l'air ambiant , certaine inclination personnelle et rebelle s'accuse et proteste. Une préoccupation maîtresse se détache entre tant de labeurs et de soucis divers, et l'on dirait d'une étoile, tantôt perçant le crépuscule, tantôt dormant sous la nue. Albert le Grand interroge imperturbablement la nature, cherche et parfois trouve. C'est cette observation et cette exploration tenaces, cette souveraine impatience d'expliquer en physique, en chimie, en botanique, la cause des phénomènes journaliers, cette curiosité sans limites et sans égale de dégager r inconnue^ qui le mettent hors de pair avec vingt docteurs et prélats, ses émules pour le reste. Or dans cette voie périlleuse, notez ceci, rien ou presque
rien ne lui venait en aide ; nul secours, parmi les vivants et les croyants : défiance et incompétence universelles autour de lui. Albert n'eut pour soutien et conseil que les traités d'Aristote et les commentaires plus ou moins surchargés d'annotations à la marge des Maures de Cordoue. Le docteur universel, néanmoins, sans relâche, sans défaillance aucune, poursuit l'accomplissement de son dessein, ici faisant un prudent usage des ressources qu'il a sous la main, là se recueillant, s'ingéniant à l'écart, toujours attentif, jamais distrait, bien que mêlé à tout. Savoir rester spécial sans s'isoler, se livrer à ceci sans répudier cela, n'est-ce point tout à la fois se rapprocher un peu de nos tendances éclectiques et nous donner un exemple? On avouera que depuis cpelque cent ans tout au moins, et forcément, il faut le reconnaître, l'intelligence humaine s'est un peu morcelée, absolument comme la propriété territoriale. Tel se retranche aujourd'hui dans telle case numérotée qui n'en sortirait pas pour sauver un empire. Tel autre se consacre si exclusivement à certain problème de linguistique qu'il ne s'aperçoit point qu'il a désappris sa propre langue , sans compter le grec et le latin. Un troisième se parque arrogamment dans la question des céréales ou des engrais, et, maître et seigneur dans cette province, ne se contente point
seulement de la considérer comme annexée à sa personne, mais, prétendant se l'approprier à fond, s'assimile insensiblement à ce qui l'absorbe et le retient. — A moi la rhubarbe, à toi le sanscrit ! — A toi la Chine et l'Indoustan, à moi le séné! — se répondent à l'envi certains mandarins des lettres et des sciences. Je m'incline et ne disconviens du reste nullement des avantages très-sérieux que présente, au point de vue surtout des intérêts industriels, le système de la division du travail. JMais l'ennemi l'emporte, Archimède, et Syracuse est en flammes ! Assurément il est bon de se mesurer, de se tailler sa tâche ; cependant il ne faut point se diminuer, et pour le menu négliger l'ensemble. (( Dieu, a noblement dit le maître d'Albert le Grand, traverse la nature en ligne droite , montrant à toute créature sa voie et suivi de la justice qui punit les transgresseurs de la ligne droite \ » Combien de gens cherchent aujourd'hui la ligne qui n'aperçoivent point Dieu qui la traverse, et Dieu qui passe et qu'on ne voit pas, n'est-ce pas le bien à faire et qu'on ne fait pas? Je voudrais que tout savant fût un homme sans compter comme savant, plutôt que d'être un savant sans compter comme homme. Albert a satisfait autant que possible à ce vœu téméraire -.