‹ Albert le GrandChapitre 23 sur 83 · V. P. Daniel, Études classiques, p · texte numérisé non relu

V. P. Daniel, Études classiques, p

MOUVE^JENT DES ÉCOLES. 155

r Angleterre et à l'Allemagne, l'Italie tout entière, l'P^spagne et môme notre France du IMidi ont pris modèle sur l'université lombarde , — d'engager la discussion sur ce point avec le cardinal et le poëte , singulièrement aveuglés tous deux par l'orgueil patriotique. Que si l'harmonieux chantre de Laure eût médité, d'ailleurs , tel verset de la Divine Comédie, peut-être y eût-il trouvé la condamnation décisive, bien c|u'indirecte, de ses prétentions, prononcée par l'immortel amant de Béatrix. Par qui Dante, en elTet, fait -il présider dans l'autre monde l'assemblée des philosophes? Par Aristote. Or Aristote, au moyen âge, se confond bien cfuelque peu avec l'oracle qu'il inspire, et cet oracle révéré de tous fut Paris ^ Quant à l'outrecuidant cardinal^ on ne se mettra point si fort en frais d'allusions délicates envers Sa Suffisance. On ne lui soumettra, en passant, que de gros chiffres, à seule fin de l'éblouir et de le contraindre à confesser notre gloire. Les quelc|ue dix mille étudiants que, jadis, contint dans ses murs, parvenue à l'apogée de sa fortune, la capitale de l'anticfue Emilie,

Poichè 'nnalzai un poco più le ciglia, Vidi '1 Maestro di color che. sanno Seder tra filosofica famiglia.

Tutti r ammiran, tutti onor li fanno.

Quivi vid' io e Socrate, e Platone Che 'nnanzi agli altri più presse gli stanno. Dante , Inferno, c. IV.

eussent été fort empêchés, ce me semble, s'ils eussent du se mesurer en bataille rangée contre l'armée studieuse qui se pressait vers la même époque autour du cloître Notre-Dame : vingt mille étudiants de dix - huit à trente ans campaient alors aux bords de la Seine. Quoi qu'il en soit, après lui avoir refusé le premier rang , accordons sans difficulté à l'école que favorisa Dominic[ue, et qu'Albert traverse en ce moment, la place qui lui appartient sans conteste, la seconde. On a dit de l'université de Paris qu'elle fut le Sinaï de l'enseignement , au moyen âge. Nous tenterons l'ascension plus tard ; nous monterons, s'il se peut, au Sinaï. Qu'on veuille bien se contenter, pour l'instant, de la perspective des Apen-

nins *

La définition large appliquée plus haut aux universités en général : des centres plus ou moins im-

1. Les étudiants de l'université de Paris se divisaient en quatre ?iflfYio?is principales: la France, l'Angleterre et l'Allemagne réunies, la Normandie, enfin la Picardie. Les royaumes du nord de l'Europe se rattachaient à l'Angleterre et à l'Allemagne; l'Espagne, l'Italie se groupaient autour de la France; les habitants des Paj^s-- Bas fraternisaient avec les Picards. Les Danois, dès le xii* siècle, ont eu leur établissement particulier, \e\ir collegiiwi à Paris. Collegiam, collège, signifiait autrefois une réunion libre d'écoliers. — V. sur les Danois, Estrup, Lehen Absalons, 61; sur la population de Bologne, Muratori, Anliq. ital., t. IIF, p. 899.

portants, plus ou moins riches en facultés, au sein desquels venaient se grouper la jeunesse et môme l'âge viril, sans perdre le moins du monde de sa justesse, manque toutefois de précision dès qu'il s'agit de caractériser l'université de Bologne, l'une des plus anciennes, la plus considérable, sans contredit, de toutes celles qu'a vues se développer, entre les irruptions des Barbares et la Renaissance, un pays auquel l'Europe ne doit pas moins qu'à la France d'avoir conservé le feu sacré. Une sorte de cristallisation occulte préside aux choses de l'esprit; ce qui paraît quelquefois créé du premier coup, d'un seul jet, a été préparé de longue main, et le travail d'élaboration intime qu'on ne voit pas, dont ne s'aperçoivent point toujours ceux qui y concourent, demeure en fin de compte le plus réel. L'université de Bologne s'est construite, pour ainsi dire, pièce par pièce, et on pourrait la comparer à une sphère dont la faculté de droit tien- ^drait le milieu \ A ce point de raUiement se rattache d'abord la médecine, dont l'enseignement ne prit point cependant une forme régulière et solennelle

4 . Ce fut aux munificences et aux falenls d'un de ses citoyens, Irnérius, que Bologne dut sa situation exceptionnelle et supérieure à toutes les autres écoles d'Italie, dès la première moitié du XII'' siècle. Irnérius mourut en 1 1 40; mais avant qu'Irnérius ne Vornàlj Bologne était déjà prospère.— V. Raumer, 6'/u"v^?^s. Dolof/Jia.

avant la fin du xii"" siècle \ Ne semble -t -il pas assez piquant de rapprocher cette date de celle de la fondation de l'université de Montpellier (1180)? Montpellier, par un mouvement inverse, commença en effet par la faculté de médecine et ne s'adjoignit qu'en second lieu la faculté de droit '. Dans le cours du xiii'' siècle, peu à peu, d'autres facultés se groupent autour de leurs sœurs aînées. Voici que s'y introduisent et que successivement s'y établissent avec grand éclat, grâce à plusieurs interprètes de renom, la Philosophie ^ la Mathématique^ la Grammaire. L'influence de saint François d'Assise donna, comme on peut bien le penser, une impulsion soudaine à la théologie, science que professa du reste en personne le pape Alexandre III, à Bologne ^ Une chaire de théologie s'élevait donc non loin du monastère de Saint-Nicolas, quand Albert vint y demeurer. Il paraît toutefois que l'enseignement théologique n'était point encore poussé très-loin à cette époque dans la première des universités d'Italie, car on n'y conférait point le grade de docteur \

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