V. D"" Sighart, Atberlus Magnm
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ment ce bouquet de clerCj, le somnolent Rodolphe eut été certes mieux inspiré s'il eiit songé à donner cfuelque indication positive sur les faits et les gestes du grand homme, qu'il ne s'agit point de fleurir^ mais d'observer. 11 n'eût point été indifférent de savoir, par exemple, si le futur maître de saint Thomas, durant les six années qu'il vécut en Romagne, suivit assidiiment les cours libres de science divine à l'université de Bologne, ou bien s'il médita, confronta à l'écart, retiré loin du bruit et dédaigneux des assemblées publiques , les explications verbales , les commentaires écrits de plusieurs théologiens émérites, sorte de patriarches de la grande tribu dominicaine, et souvent de passage, quand ils ne s'y fixaient point, dans la maison la plus considérable de l'Ordre ^ Grâce aux suaves imaginations de son nuageux thuriféraire, nous demeurons dans une incertitude complète sur ces particularités de la vie d'Albert le Grand. On ne saurait ainsi décider, faute de preuves, s'il s'assit fréquemment sur les bancs de l'université de Bologne ou s'il laissa venir à lui les écoliers. Mais l'enseignement théologique ayant revêtu presque partout une forme uniforme au moyen âge, il convient
1. Y. Bolland, t. II, p, 721, n" 5; le P. Touron, Histoire de saint Dominique : Disciples de saint Dominique, p. 707.
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peut-être de s'élever ici au-dessus de toute considération secondaire et de ne point se préoccuper outre mesure de ce que laissent ignorer les chroniques. Sans aller rechercher en vain sous cpels auspices le docteur universel reçut les premiers principes de ce haut enseignement , pour l'approcher de plus près en réalité , renonçons donc à retrouver dans le sable la trace de chacun de ses pas. Un seul fait est hors de doute : avant d'argumenter et de disserter luimême ex cathedra, Albert étudia la théologie. Eh bien, n'est-ce point là le point lumineux qui domine toute la situation ? Prenons garde de le perdre désormais de vue; expliquons- nous sans ambages et sans détours sur l'enseignement théologique tel qu'il a pris naissance sous la tutelle et de par la volonté souveraine des évêques de Rome , oracles infaillibles en matière de foi; et puisqu'il est dit que nous devons rencontrer, en ce lieu aride et sublime où trôna jadis Pierre Lombard le livre des Sentences sur les genoux, l'altière intelligence dont le vol nous emporte, ne craignons point de nous aventurer et de nous isoler avec elle en pensée. Et voilà que vont peu à peu s'éloigner, s'évanouir à l'horizon, la riante, la vivante université de Bologne, le fervent, l'austère couvent de Saint -Nicolas, deux mondes en raccourci qu'il a suffi de faire mouvoir ou plu-
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tôt d'éclairer l'ace à l'ace, pour (|iic de l'Italie du xiii^ siècle 011 ait pu se représente!' à la fois l'àme et Tesprit.
La THÉOLOGIE I Rien qu'à entendre prononcer ce vieux mot, si vieux qu'il n'apporte plus qu'un son vide de sens à l'oreille du commun des fidèles, si usé, si caduc qu'il semble qu'en tombant des lèvres il doive tomber en poudre, la foule se sent envahie d'une inquiétude et d'une aversion secrètes, et la fouie, en se laissant aller à sa répugnance instinctive, n'obéit, à vrai dire, qu'à un sentiment souvent exprimé par le Christ, à la voix de la conscience et de la raison. Quelle est la race d'hommes qu'est venu tout particulièrement détrôner Jésus? La race des pharisiens et des docteurs. « Que celui d'entre vous qui se croit sans souillure lui jette la première pierre,^) reprend- il, par exemple, avec cette douceur digne qui n'exclut point le dédain , lorsqu'un jour les orthodoxes soulignent du doigt devant lui le texte de la loi qui commande de lapider la femme adultère; et c'est ainsi que le divin Maître éloigne ses ennemis, sans jamais condescendre à disputer avec eux \ Que si la raison répugne à faire complètement