V. P. Touron. ibid
logiie se récrie encore d'admiration et d'amour^ » dictait frère Jourdain, général de l'Ordre, après la mort de cet ami dont il ne vint point fermer les yeux, « tant il répandit dans le cœur de la multitude cette flamme que Notre-Seigneur a apportée sur terre. Les vierges et les veuves surtout, il les gagnait assidimient au Christ \.. » Livrée à elle-même sous un ciel terne et froid, au milieu d'un peuple de guerriers et de marchands, privée de ces épanchements journaliers que ne remplacent même point les rayons du soleil pour les organisations de sa sorte, — elles ne sauraient se passer, en etïet, d'entretiens, d'effusions intimes, sans languir, — quoi de plus naturel que cette âme exilée ait éprouvé quelque attrait pour ce qui semble essentiellement pur, espérant et gémissant , l'innocence et le deuil ? On conçoit qu'elle s'en soit entourée de préférence, comme d'ailes légères, pour s'élever vers les sphères des hymens sans rupture et de la joie sans péché. Ainsi vécut ou plutôt se soutint frère Henri, et lorsqu'il rendit le dernier soupir et que frère Léon prit sa place de prieur dans le monastère de la rue de Stolk , consacré à sainte Marie-Made-
1. Quam etiam diligenter ignem quem Dominus venit mittere in terram in cordibus multorum accenderit, tola adhiic clamai Colonia... quam uberem manipulum in virginibus, inviduis, per assiduam praedicationem lucrifaceret Christo. — B. Jordanus.
leine, il n'est ni prêtre ni laïque, ni pauvre ni riche, ni chevalier ni chanoine, qui ne prononçât le nom de l'absent avec un regret et un respect extrêmes. Dans la clarté et la sérénité sans nuages, au-dessus des lieux où l'on peut entendre une parole malséante et voir triompher le mal, le disciple de saint Dominique était allé attendre frère Jourdain , et s'il est vrai que le ciel soit pour ceux qui y songent^ le ciel dut recevoir frère Henri ^
(( Après métré baigné dans les eaux chaudes d'Aixla-ChapellCy » raconte dans une de ses épîtres familières à son compatriote et confident Jean Colonna, Pétrarque, l'errant et souriant Pétrarque, — la bonne fortune nous le montre de passage dans la contrée qui s'appelle aujourd'hui la Prusse rhénane, en 1330, cent ans précisément, jour pour jour, après l'apparition d'Albert le Grand en ces parages, — ^ je me dirigeai vers Cologne, Quelle industrieuse et imposante cité! Quelle dignité chez les hoalmes, quelle bonne
GRACE CHEZ LES FEMMES JE TROUVE ICI " ! » La lettre
du platonique amant de Laure, qui, du reste, capricieux et libre génie, petit- neveu de Virgile, mais
\. Frère Henri mourut en 1234. Albert le Grand vint à Cologne de 1229 à 1230. Albert vécut donc sous le même toit que frère Henri trois ou quatre ans.