Manche Welt-Geistliche beklagten sich dariiber beim edien
Henri n'eut point de peine à réfuter, rien qu'en se montrant, les basses calomnies, et, sans répondre directement aux attaques, il entreprit contre la rudesse des mœurs allemandes, assez générale à cette époque, et contre les sacrilèges journaliers du langage, en particulier, une de ces croisades pacifiques qui convenaient à sa délicatesse extrême non moins qu'à l'ardeur de son zèle.
Dès qu'il s'était trouvé en contact avec les gens de Cologne, en l'année i22/|, quatre ans seulement avant la venue d'Albert, un ou deux mois après avoir dit adieu à l'objet de toutes ses tendresses, le moine envoyé au loin s'était tout d'abord senti quelque peu dépaysé en cette ville où il arrivait inconnu, sans appuis, ayant perdu son soutien, avec des nuages de malveillance à l'horizon. Mais, dès qu'il eut échangé quelques paroles avec ceux qu'il était chargé d'évangéliser, hasardé quelques pas en dehors du monastère, et entendu comment on parlait dans les rues, frère Henri éprouva un saisissement inexprimable. II fut tout surpris et désolé de la grossière habitude qu'avait conservée, ou contractée depuis sa conversion, cette population des bords du Rhin :
Erzbischofe Engelbert, dass die Ordensmânner das fremde Aerntefeld betraten... sie wijrden die Geistlichon in Gefahr, die Stadt in Bedrangniss bringen...— Sighart, Alberlus Magnus.
les gens de Cologne n'ouvraient la bouche que pour jurer ou blasphémera «Près de quelles sources impures laissez-vous donc paître vos brebis? » eùt-il pu reprocher aux séculiers. Surmontant ses dégoûts et ne prenant conseil que de la loi qui commande d'oublier les injures , notre inoffensif apôtre tenta de rétrécir, en y versant du miel, la plaie qu'un de nos rois prétendit cautériser en y appliquant le fer rouge, et que ses négligents adversaires ne pensaient point seulement à guérir. Le mal diminua peu à peu , constatent les chroniques, et s'il ne disparut point tout à fait, si tous ceux qui juraient et blasphémaient ne retinrent point leur langue après les exhortations de frère Henri, c'est apparemment, comme l'insinue l'ancien auteur qui se plaît à narrer ces faits , c'est que jurer et blasphémer, aux bords du Rhin, ne fut point seulement un défaut coutumier, ce fut une sorte de vice national ^. Mais à cet élégant et salutaire exploit ne se bornèrent point les succès de frère Henri : il était dit qu'il joncherait de palmes le terrain sur lequel devait peser, par la suite, la lourde sandale d'Albert le Grand. « Rien quà son souvenir^ tout Co-
1. Les jurements fréquents, les imprécations, les blasphèmes, étaient alors le vice de la nation. — V. P. Touron, Disciples de saint Dominique, p. 725.