NOUS CES MIRACLES DES PREMIERS TEMPS QUI NE SE
PRODUISENT PLUS EN CE SIÈCLE ^ » On juge de l'arbre d'après ses fruits, a dit le sage. — « A quelles conclusions tendent donc, en fin de compte, les discours du roi des Romains? reprenaient, en présence d'approbations ainsi motivées , les pures et flottantes imaginations, aussitôt désenchantées que séduites; au bord de quels abîmes nous mène-t-on, sous la fallacieuse promesse de sauver Israël? L'empereur, si nous nous rangeons sous sa bannière et lui prêtons notre appui, ne va-t-il point bientôt livrer les clercs pieds et poings liés au pouvoir civil, et parce que les prêtres ne sont point tous, il est vrai, de saints
1. « Reducantur ad statum Ecclesiii) primitiwT... et in conlemplalione viventes, nobis sicut dccel vitam activam ducentibus, oslendant iniracula quac dudum a seciilo recesserunt,» ///.s7. diplom., t. VI, p. 468, cip. Iluillard-Bréliolles, Vie et correspondance de Pierre des Vignes.
L'EMPini-: i:t la papautk. 'iU'i
personnages, ne wa-t-il point les priver, eux, ministres aux fonctions sacrées, de leur liherfé d'agir, nous, croyants, de notre liberté de les suivre et de les écouter? » — Tel dut être, en eftet, à peu près le langage que tint intérieurement le plus grand nombre des chrétiens timides lorsque fut chargé, dans les diocèses de Germanie, de les ramener, de les affermir dans le droit chemin, notre impartial et pacifique Albert; et, vu l'état d'aigreur^ cV angoisse et de malaise oit se trouvait alors te monde, — ce sont les propres expressions dont se servit Frédéric II dans son premier manifeste, — dès que l'habit des frères prêcheurs apparut, symbole éclatant de charité et de mansuétude, nul ne sera surpris C{u'il ait aussitôt produit une vive impression. Pendant que les deux chefs de la chrétienté se lançaient l'un l'autre à la face d'énormes injures à la façon des héros d'Homère, hésitante entre le pape et l'empereur, irrésolue, chancelante, effarée, l'Allemagne crut embrasser les insignes du calme et de la paix en baisant la robe blanche du fils de Dominic|ue. L'Allemagne ne se trompait du reste qu'à moitié, mais elle s'abusait. Sous le large manteau du moine s'abritaient, repliées, les ailes des Furies, et ceux qui se précipitaient aux genoux du missionnaire ne tiraient plus, il est vrai, l'épée pour la cause de Frédéric, ils eussent dégainé,
au besoin , pour soutenir les droits du Saint-Père. Frédéric Hohenstaufen comprit l'imminence du péril et s'efforça de le conjurera
« Les pharisiens et chefs des prêtres, s'écrie dans son appel au peuple, en réponse à la troisième excommunication du pape Grégoire, le césar germanique rebelle aux volontés du saint-siége, les pharisiens et les chefs des prêtres se sont réunis pour tenir conseil contre Vempereur des Romains, leur maître. Gomment allons-nous nous y prendre, ont- ils dit, pour nous défaire de cet homme qui triomphe de ses ennemis? Si nous lui laissons les coudées franches, il va soumettre à ses armes toute la Lombardie.,, Aussi bien convient-il de l'arrêter net dès qu'il commence
I. L'Histoire passe, un pied sur une roue comme la Fortune, et les passions humaines ramènent perpétuellement les mêmes drames : les personnages seuls et les dialogues varient. Grégoire IX conteste à Frédéric II la légitimité de ses prétentions sur les villes lombardes. Napoléon s'irrite de ce que le pape Pie VII lui refuse Ancône. — Frédéric dicte ses fougueuses missives à Pierre des Vignes. Napoléon confie la rédaction de ses terribles dépèches à Fouché. « // .V a plus d'un rapport, monsieur, entre mes fonc^ lions et les vôtres, y> écrit Fouché aux évoques au commencement de ce siècle. (Circulaire trouvée dans les papiers du cardinal Fesch. V. M. de Meaux, la Révolution et l Empire, p. 289). Tout chrétien doit obéissance à César, empereur et roi des Romains, répète à satiété Pierre des Vignes au xiir siècle. (V. lluillard- Bréholles, ne et correspondance de Pierre des Vignes.) — Quid novi? Un mot, un seul mot, le mot monsieur.
L'EMPIRK ET LA l>APAUTl':. 295
à devenir victorieux, avant que l'étincelle ne développe un vaste incendie, avant que le mal dont il est cause, mal jusqu'à cette heure tolérable, ne nous pénètre jusqu'à la moelle des os. Ne perdons point de temps en conversations et pourparlers inutiles ; ne l'attaquons point seulement par nos invectives : lançons contre lui toutes nos flèches et vidons nos carquois. Nous les lancerons contre lui, ces flèches, jusqu'à ce qu'elles le frappent, le frappent (sic)^ jusqu'à ce qu'elles le transpercent, le transpercent (sic), jusqu'à ce qu'elles le renversent, le renversent (sic), de telle sorte qu'il ne soit plus enfin question de cet homme, qu'il soit terrassé et demeure convaincu de l'inanité de ses rêves. — Ainsi ont comploté les pharisiens de ce siècle^, assis sur le trône de Moise^ et s'emportant dans leur folie contre Vempereur des Romains,,, Et ce père de tous les pères, celui qui se nomme le serviteur des serviteurs de Dieu, de colombe se transformant en serpent, a jeté à l'univers cette téméraire et fatale parole : Ce qui