V. Rohrbacher, Hist. de l'Église cath., t. XVI, p
le pèi'o demeureront vassaux du fils et non du père. — Le roi d'Angleterre recevra son fils Hicliard en grâce par le baiser de paix. — Ce fils révolté n'est autre que Richard Cœur-de-Lion qui va monter sur le trône (1189), et dont la bouillante valeur faisait sourire Philippe-Auguste, paladin mieux avisé qui ne perdit jamais un coup d'épée et gagna beaucoup de belles et bonnes villes ^
ALBIGEOIS, COTEREAUX, VAUDOIS.
... Le terrain en France semble nivelé de main de maître : les passions furieuses n'y luttent que mieux. Le roi Philippe-Auguste frappe le blasphème d'une amende : le blasphème lève l'étendard de la révolte. Qu'on se figure des bandes de forcenés se ruant dans les plaines à flots compactes , repoussés hier, plus nombreux demain, enlevés à la glèbe, stimulés sans cesse par les pointes aiguës d'une misère sans nom. Déclarés hérétiques, ils fuyaient le bûcher; serfs ou villains, les dîmes et les coups. J'ai nommé les Albigeois et les Gotereaux. En fait de libertés on ne leur accorda que le choix des supplices. Ils ont dèsolè la France, surtout le Berri. Dans une seule bataille, près de Ghâteaudun, on passe dix mille Gotereaux au fil de l'épée. Après ce massacre ils se montrent encore. Il fallut bien recourir pour les détruire aux gens du roi. Pendant qu'on extermine ces miséra-
1. «Philippe entre en France à temps (après la croisade) pour partager la Flandre, à la mort de Philippe d'Alsace; il oblige sa fille et son gendre, le comte de Hainaut, d'en laisser une partie comme douaire à sa veuve; mais il garde pour lui-même l'Artois et Saint-Omer en mémoire de sa femme Isabelle de Flandre. Cependant il excite les Aquitains à la révolte, il encourage le frère de Richard à se saisir du trône. » (V. Michelet, Hist. de France, t. II p. 359.)
bles, pendant qu'on tue et qu'on brûle, surgissent et se propagent à l'infini les aberrations pacifiques, plus malaisées encore à combattre que les séditions à main armée. Il était réservé à cette fin de siècle de pousser toutes cboses à l'excès, non par dépravation, mais par impéritie et démence, et de ne savoir pratiquer pour protester contre un mal qu'un triste expédient, celui de tomber dans un autre. (( Ce que Sarrazins et barbares appeloienl iadys proesses, maintenant nous appelons briguanderies et meschancetez, n a puissamment dit un des maîtres de notre langue. Il est certain que le bien qu'essayèrent gaucbement de réaliser les Jérôme Savonarole d'avant 1200, rapproché de la vigoureuse initiative des tentatives ultérieures, mérite à peine d'être salué comme tel , et l'inanité des résultats obtenus ferait presque méconnaître en ce lieu l'obscure générosité des efforts. Il importe cependant d'en prendre note, ne serait-ce qu'à titre d'éclaircissement. Voici que la plus humble des vertus chrétiennes, la pauvreté, se hausse, se carre, et, tout en prétendant demeurer dans le giron de l'Église , lève le poing contre son chef : l'enfant à la mamelle bat sa nourrice et boit son lait. Rome a condamné les Vaudois. Ces ascètes en haillons, aux larges savates, livrés du reste aux plus dures austérités et dépassant, comme tous les disciples, la pensée de leur maître, Pierre Valdo, ne se mêlèrent-ils pas un jour d'en remontrer au pape, au pape qu'ils trouvaient sans doute trop bien vêtu pour le représentant de la vérité sur la terre ^? Ils ne le proclamaient pas moins son l'eprésentant officiel, et sous cet étalage
1. On les appelait Vaudois on Insahatéa, «^elon que l'on faisait allnsion à leur maître et seigneur Pierre Valdo, on à la forme de leurs chaussures. « Leur objet ne fut point d'introduire de nouvelles doctrines
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d'orthodoxie ils comptaient i)ien se l'aire pardonner leur semblant dViiidace. L'observation des Vaudois fut néanmoins jugée peu catholique, et je le conçois. Toute puissance absolue s'accommode plus aisément de la rébellion ouverte que de la critique respectueuse, surtout respectueuse : la première se livre et s'engage, l'autre frappe et se couvre. Le moyen âge fut plus osé qu'on ne le croit communément, même sous la cendre et le cilice*. A ceux qui rêvaient ou priaient, venaient sans cesse à l'esprit des idées de réforme qu'ils exprimaient tantôt les mains jointes, tantôt le poing levé. Les mains jointes, ce sont les Ordres bénis, les Ordres de Saint-François et de Saint- Dominique. On ne voit guère que celles-là. J'ai voulu en montrer d'autres, qu'on a coupées...