QUELLE ATTITUDE PRENAIT LA FRANCE VERS
Une chronique du bon vieux temps, un peu naïve, nous a légué un récit qui, pour n'être point vraisemblable dans les détails, n'en laisse pas moins une impression juste. L'Angleterre perd du terrain sur le continent : notre patrie grandit.
'( Le roi Henri II d'Angleterre et le roi Philippe-Auguste étaient à cheval en plein cliamp (aux environs de Tours); et, tandis qu'ils s'entretenaient bouche à bouche, il tonna subitement, bien que le ciel fût sans nuage, et la foudre tomba entre eux sans leur faire aucun mal. Ils se séparèrent aussitôt, extrêmement effrayés l'un et
1. V. Labbe, t. X, p. 1737;— Mansi, t. XXII, p. 470, traduction textuelle d'après Rohrbacher, t. XVI, p. 420. — Est-il nécessaire de mettre en regard de ces arrêts du concile de Vérone les décisions identiques du quatrième concile de Latran ? « Les dépositaires du pouvoir politique seront avertis, et, s'il est besoin, contraints par censures de prêter serment de purger leurs terres de tous les liérétiqucs notés par l'Église. Que si le seigneur temporel, après cet avertissement, reste dans l'inaction, il sera excommunié par les prélats de sa province; et s'il ne satisfait point dans l'année, on le dénoncera au souverain pontife, afin que, dès lors, celui-ci déclare ses vassaux déliés du serment de fidélité, et propose ses domaines aux armes des catholiques qui les posséderont sans aucune contradiction, etc., etc. (Gonc. Later. IV, can. 3.)
l'autre, et, après un petit intervalle, ils revinrent de nouveau. Mais un second coup de tonnerre, aussi fort que le premier, se fit entendre presque au même moment. Le roi d'Angleterre fut tellement troublé qu'il abandonna les rênes de son cheval, si bien qu'il serait tombé à terre si ceux qui l'entouraient ne l'eussent soutenu. La conférence fut suspendue; et, comme le roi Henri II se trouva trop malade pour assister à une seconde entrevue, on lui porta à son quartier les conditions de la paix rédigées par écrit, afin qu'il y donnât son consentement formel^ ))
Sur ces quelques lignes hasardées on composerait aisément un tableau qui le serait moins. Voilà bien le futur vainqueur de Bouvines, grave à vingt ans, ferme sur ses étriers, réfléchi, calme et fin. Un premier coup de foudre l'étonné, un second le rassure. C'est bien lui qui, couronné de la veille, narguait ses puissants vassaux; qui plus tard mettra l'Allemagne à la raison; qui profitera d'une croisade pour revenir chez lui en l'absence du voisin; qui ne négligera pas de faire, en passant, ses dévotions à Uome, entreprise assez adroite, et qui vient enfin de dicter à son épais rival, déshonoré par ses crimes autant que par ses fils, les dures conditions que voici: ... Le roi d'Angleterre s'avouera mon homme lige et se remettra entre mes mains à merci et miséricorde. — Le roi d'Angleterre renonce à toute souveraineté sur les villes du Berri qui anciennement relevaient du duc d'Aqui laine. — Il payera au roi de France vingt mille marcs d'argent pour la restitution de ses conquêtes. — Tous ceux qui se sont attachés au fils contre