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Jaissé dans la confusion, dans l'embarras la plus belle œuvre de la création. Y croire, ne serait pas | logique. Je ne vous nie pas le droit de me dire que vous pouvez m'indiquer la route à suivre pour arriver au port du salut, où je pourrai voir et contempler ce divin créateur, cet être suprême, où je pourrai jouir de ce bonheur parfait auquel toute âme aspire. Je ne vous dis pas que vous
N êtes dans l'erreur, que votre Eglise s’arroge des
droits ridicules, que vous vous rendez coupable d'orgueil et d’infamie dans vos procédés comme vous l'avez fait envers l'Eglise dans laquelle j'ai été élevé par une mère aussi tendre que pieuse et qui, je vous assure, n'avait pas de plus grand bonheur que lorsqu'elle me montrait le ciel en | m'exhortant à aimer Dieu et à le bien servir. Notre Eglise, monsieur, toute de charité, évite autant que possible ces discussions aigres, ces avancés malhonnêtes pour ne pas faire de peine
à à nos frères séparés ; elle recommande plutôt de
prier pour eux.
Pendant qu'il parlait, le souvenir de sa mère lui était revenu plus amer que jamais, et des larmes coulèrent le long de ses joues. Sa vue s'était alors tournée vers madame Stevens ; leurs yeux, les uns pieins de reconnaissance, les autres pleins de tendresse, se croisèrent, et se compre-
nant dans leur langage, cimentèrent encore plus fermement les liens sacrés qui les avaient attachés l’un à l’autre ; de douces larmes vinrent apposer le sceau qui ne devait plus se briser.
— Assez de cette discussion, dit madame Ste.
vens ; pourquoi attrister ainsi notre Albert? Le moins que nous puissions faire est de lui accorder cette liberté de jugement, dont nous sommes si jaloux nous-mêmes.
—C'est dans le but de vous être agréable, ains: qu’à votre époux, que j'ai été l’auteur de cette discussion, madame, dit le ministre. Connaissant votre désir de voir votre fils adoptif abjurer ses erreurs, j'ai parlé ; c'était mon devoir.
— Vous avez bien fait, et je vous en remercie, dit M. Stevens ; ce sera un bonheur pour moi de voir mon fils renoncer à l'Eglise de Rome.
Ajournons cette discussion pour ce soir, mais j'espère que vous la reprendrez bientôt.
Puis, se tournant du côté d’Albert, il ajouta :
—Si je désire ces entretiens, c’est afin de t'é. clairer ; j'espère que tu n’y feras pas d’objection.
—Vos désirs seront toujours des ordres pour moi, dit Albert. Que ce monsieur prouve d’une manière claire et précise qu'il est autorisé à
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Très bien, dit madame Stevens ; que l'on | s'abstienne cependant de le blesser dans ses opi- |nions ou sa croyance, par des remarques malveillantes à l'égard de la religion qu’il professe.
— J'essaierai, autant que possible, de suivre
2 vos bons avis, madame, dit le ministre, et, Dieu
aidant, je réussirai à convertir votre fils, doué
“A d'ailleurs de toutes les qualités. Ainsi, jeune
homme, ajouta-t-il en s'adressant à Albert, vous | pouvez préparer vos armes pour la semaine prochaine ; de mon côté, je vais faire mes préparatifs pour l'attaque qui, je vous en avertis, sera rude.
— Vous ferez bien d’avoir du renfort, dit Eva d'un ton malin.
— Dans quel but, mademoiselle ?
—Dans celui de conduire votre attaque avec
plus d'avantage que ce soir, répondit-elle sans P 8e q P
hésiter.
—Une bonne sœur donne toujours gain de
“cause à son frère, dit le ministre, et c'est à cela
que j'attribue votre remarque.
— Ma fille n’a pas voulu vous faire de peine,
dit madame Stevens ; jeune encore, elle n’a pas
ompris toute la portée de ses paroles.
—N'en parlez plus, madame ; j'ai bien compris
les sentiments qui ont dicté les paroles de mademoiselle.
Eva devint rouge comme une cerise.
—Je ne crois pas m'être trompé, n'est-ce pas ? ajouta-t-il en s'adressant à cette dernière.
— J'aime mon frère, répondit-elle,
—C'est votre droit et je le respecte.
Puis se tournant du côté d'Albert, il ajouta:
—Ayez le soin de choisir un terrain bien solide, car je suivrai l'avis de mademoiselle, j'aurai tout le renfort possible.
— Le tout dépendra des armes que vous choisirez, dit Albert en souriant.
—Autre chose, maintenant, dit madame Ste vens.
—Oui, dit Albert ; ma chère sœur voudra bien nous donner le plaisir de l’entendre chanter Ja jolie romance /e Retour du printemps.
—Avec plaisir, mais à la condition que vous m'accompagnerez au piano.
—Je le veux bien, dit Albert.
Quelques instants après, l’un d'une voix sonore, l’autre imitant le chant du rossignol, firent entendre une de ces romances si agréables à lo
reille, tout en charmant notre âme et notre intel Mg
ligence.
— Bravo ! très bien ! dirent tous les assistants.
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— Voilà qui vaut mieux qu’une discussion, dit madame Stevens.
—Oui, si nous regardons seulement le côté matériel, nos goûts et nos mœurs, dit vivement le ministre.
—Cela dépend, reprit madame Stevens; le chant et la musique, bien goûtés et bien compris, élèvent toujours nos pensées vers la demeure des anges, qui ne doivent cesser de chanter les louanges de leur créateur. Celui qui est heureux chante toujours ; le chant est l'expression du bonheur.
— Notre vénéré pasteur n'est peut-être pas amateur de la musique ? dit Eva.
—-Qui ne le serait pas à vous entendre? dit le ministre : je vous prie de continuer.
La soirée fut, de ce moment, on ne peut plus agréable, et l’on se sépara fort tard.
Albert se retira à sa chambre, tout préoccupé de ce qui venait de se passer. Jusqu'ici, se dit-il, on ne m'a pas inquiété dans mes devoirs de religlon, mais tout va changer ; mon père adoptif semble décidé à me faire subir des discussions avec ce ministre, dans le but de me faire renoncer à ma foi. Que faire? On ne cessera d'attaquer ma croyance et la doctrine de notre sainte Eglise ; cependant, ma mère et ma sœur m'ont paru contrariées de ces attaques malveillantes.
Si je leur parlais... non, pas avant d'avoir vu le
Père Simon. C’est ce que je vais faire: demain, Le ”
dès cinq heures, j'irai à la messe, et, aidé de 1
Dieu et des conseils de ce bon Père, je pourrai À lu me défendre. Commençons dès maintenant par
la prière ; elle me prêtera les armes nécessaires + pc pour sortir victorieux de la lutte, et, tout en éle- à
vant mon âme vers les choses célestes, elle me 4 se dictera des réponses faciles pour réfuter les argu- 4
ties, les faux avancés de nos frères séparés, de E …
ces hommes dont la foi repose sur ce faible appui qui s'appelle l'opinion.
Joignant l'action à la pensée, il se met à genoux et fait monter vers le ciel une de ces prières ferventes, un de ces appels chaleureux qui ne manquent jamais d'attirer les bénédictions de celui qui a dit: Demandez et vous recevres.