‹ Albert ou L'orphelin catholique [microforme]Chapitre 17 sur 62 · RE EN · texte numérisé non relu

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—Oui, pour prêcher l'Evangile qu'ils ont laissé,

— Tous ceux qui prêchent la Bible sont donc successeurs des apôtres P

—Tout ministre qui, l'Evangile à la main, en prêche la doctrine, peut se considérer comme tel,

—Et cela sans être muni d'aucune autorité, je suppose ?

—]] puise son autorité dans la Bible.

—Quelle autorité, s’il vous plaît ?

— De prêcher l'Evangile, tout se borne là.

— Et cela, sans besoin d’ordination ou de consécration comme tel ?

— Pourquoi de pareilles sottises ? dit le ministre avec chaleur. Il faut de la discipline là ou l'on veut avoir de l’ordre.

—Mais pour le maintien de cette discipline, il faut une autre autorité que la Bible, n'est-ce pas ?

----[l faut certainement des ministres, des officièrs autorisés à nommer ceux qui doivent la faire observer.

- Nous allons finir par nous entendre, dit Albert en souriant. Vous avez dit, au commencement de cette discussion, que j'étais dans l'erreur. Permettez-moi de vous dire que je ne puis vous croire, avant que vous ne m'ayez prouvé que vous êtes réellement autorisé à m'instruire, à

m'enseigner et à m'indiquer la route à suivre pour obtenir le salut. Vous avez avoué que Jésus- Christ a constitué un ministère composé de ses douze apôtres ; que ceux-ci devaient nommer leurs successeurs ; vous vous dites l’un d'eux. Qui, avant vous, représentait cette succession P Qui vous a consacré, ordonné ministre P

----Les dignitaires de notre Eglise.

---A quelle date remonte cette succession ?

---Notre Eglise existe depuis les apôtres, dit le ministre avec embarras. Il n'osait pas nommer les plus anciens de sa secte, dont l'existence ne date pas de bien haut.

Il y a certainement de vos doctrines qui viennent des apôtres, mais celles-là existent aussi dans le catholicisme, qui réclame pour lui, et pour lui seul, la succession des apôtres avec toutes ses prérogatives. Or, l:quel de vous ou de lui la possède? Si c'est vous, il doit vous être facile de le prouver; vous devez, comme tout officier su administrateur, être muni de vos certificats et des documents nécessaires pour vous faire respecter et obéir.

--Les prêtres catholiques n'ont pas plus de certificats que nous, ministres de l'Evangile.

---Les prêtres catholiques se disent aussi ministres de l'Evangile et, certificats en main, ils

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nous prouvent que leur lignée descend directement des apôtres.

Ces certificats sont faux, dit le ministre avec aigreur ; pendant qu'ils enseignent aux fidèles de leur obéir en tout, sans s'occuper de la Bible, nous, ministres de l'Evangile, imitons les apôtres : comme eux, nous prêchons la parole de Dieu et baptisons les nations au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

----[]] ne faut nas s’exciter, monsieur, dit Albert avec fermeté ; de calomnier les prêtres de l'Eglise catholique, de les accuser de faux ne prouvera jamais que vous êtes un des représentants de cette succession reconnue par vous comme nécessaire, Ou vous la représentez ou vous ne la représentez pas ; si vous la représentez, prouvezle donc.

Faut-il que je le répète ; tout ministre qui, la Bible en main, en prêche la doctrine, peut sc considérer un des véritables successeurs des apôtres.

— Toujours la même réponse, monsieur ; mais elle ne me prouve rien, elle ne répond pas même à ma question. Comment! tout à l'heure vous traitiez les ministres de l'Eglise de Rome de rebelies, d'idolâtres, et cependant ces prêtres font tout ce que vous venez d'énumérer ; ils prêchent

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la parole de Dieu, ils enseignent ses doctrines et baptisent au nom du Père, et du Fils, et du Saint- Esprit ; ils font même plus en s'imposant, par amour pour Dieu, des sacrifices devant lesquels plus d’un ministre protestant reculerait.

Ne m'avez-vous pas entendu faire la preuve, au commencement de cette discussion, que les prêtres de l'Eglise romaine ont changé, bouleversé, fait disparaître, pour ainsi dire, l'Eglise de Jésus-Christ ?

---Je vous ai bien entendu lire des commentaires et des écrits faits par des hommes hostiles au catholicisme, mais de là aux preuves, il y a loin. Un bon juge ne condamne jamais un accusé sans entendre les témoins des deux côtés. J'ai entendu les témoignages en faveur du catholicisme ; je suis prêt à entendre les vôtres en faveur du protestantisme ; donnez-les, appuyés sur de bonnes preuves.

Ne les ai-je point donnés tout à l'heure?

Des ac:usations, je le répète, portées par des hommes hostiles au catholicisme ne prouvent pas la vérité de leurs avancés.

Ce sont des faits réels qu’ils ont écrits, et non des avancés.

Veuillez le prouver.

Vous ne croyez donc pas ce qu’un ministre

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de l'Evangile vous dit? ce n’est pas par intérêt personnel que je vous parle, mais bien par amour pour Dieu, pour le salut de votre âme.

-Le prêtre catholique me dit aussi qu'il veut sauver mon âme; mais laissez-moi vous le dire en toute franchise, vous n'avez pas, pour une raison que j'ignore, répondu à la question que je vous ai faite. Un prêtre catholique ne m'aurait pas laissé attendre aussi longtemps ; il faut croire que, la preuve toujours en main, il peut répondre et il répond. Ce que je veux savoir, permettezmoi de vous le demander encore une fois: Qui, de vous ou du prêtre catholique, est le successeur des apôtres ? Qui, de vous ou de lui, a été ordonné, consacré ministre de Jésus-Christ comme l'ont été les apôtres? Qui, de vous ou de lui, possè de cette succession non interrompue depuis les apôtres et en est le vrai représentant? Si c’est vous, votre devoir est de le prouver d’abord, puis de m'éclairer, de m'indiquer, de me conduire même dans le vrai chemin du salut.

—C'est ce que je me propose et ce que je dé.

sire de tout mon cœur, dit le ministre de sa voix la plus douce. J'ai cité les témoignages, les écrits d'hommes illustres pour vous prouver que vous êtes dans l'erreur, que vous êtes engagé dans la voie de la perdition ; cependant la véracité de ces

hommes vous est douteuse, vous ne voulez pas accepter ces témoignages, vous ne voulez même pas accepter mes conseils qui sont, je vous l’assure, ceux d’un ami qui veut vous montrer les gouffres béants qui vous menacent, les précipices sans fond dans lesqrels vous serez englouti si vous ne rebroussez chemin. Ah! mon bi:n cher ami, mon cher frère en Jésus-Christ, écoutez les avis d'un guide qui veut vous ramener dans le chemin du salut, qui veut sauver votre âme, pour le rachat de laquelle notre divin Sauveur a donné tout son sang. Ne iméprisez pas, ie vous prie, les conseils que je vous donne, votre bonheur et votre salut en dépendent.

—Vos bonnes paroles témoignent que vou:

me portez beaucoup d'intérêt. Cependant, dans la position où je me trouve, placé comme je le suis dans un chemin que je considère comme le chemin du salut, il me sera bien permis de douter de votre compétence à juger de ce chemin, à le connaître même. Vous me parlez de gouffres béants, de précipices sans fond qui n'existent peut-être que dans votre imagination ou dans des écrits lus et acceptés par vous comme véridiques.

—Je le répète, jeune homme, ces gouffres et ces précipices existent dans le chemin que vous suivez, et cela à la connaissance d'hommes com-

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pétents et dignes de confiance ; vous ne t:rderez pas à les voir, à y être englouti, si vous continuez d'avancer.

— Vous devriez au moins m’en donner la preuve ; je n’ai cessé de vous la demander. Jésus- Christ connaissait ce chemin que vous venez de signaler ; il n’ignorait pas qu'il est bordé de gouffres et de précipices, qui sont l'iniquité et la mort éternelle. Il savait également qu’un grand nombre d'hommes, tout entiers à leurs passions, à leur orgueil, à leurs opinions et à leurs plaisirs, s'y engageraient, s’y jetteraient aveuglément, sans souci pour les malheurs dont ils étaient menacés. Ce fut pur éviter, pour amoindrir ces ma/heurs, que notre divin Sauveur a placé des guides pour avertir ces mêmes hommes, les éloigner de ce danger, et aussi pour les engager à suivre une autre route, cet étroit sentier dont parle le prophète Isaïe, et ainsi obtenir le salut. Or, ces guides furent les apôtres d’abord, et ensuite leurs successeurs. Où sont ces successeurs? Vous dites qu'ils ne sont pas dans l'Eglise catholique ; je veux bien vous croire, mais, encore une fois, monsieur, veuillez me dire où ils sont. Montrezmoi la succession, après cela il sera facile de s'entendre sur son autorité.

Le ministre, n’osant mettre les pasteurs de sa

secte en évidence, ne savait que répondre. Tous les invités, M. Stevens spécialement, attendaient avec anxiété la réponse de leur pasteur ; on pouvait remarquer sur leurs figures la surprise que leur causait la défense héroïque d'Albert.

La figure souriante, presque moqueuse d'Eva, qui tenait les yeux fixés sur le ministre, fit croire à ce dernier, que, heureuse de la résistance victorieuse de notre héros, cette demoiselle prenait plaisir à la confusion qu’il éprouvait. Ne voulant, à aucun prix, se laisser considérer comme battu, il se hasarda à répondre :

— Nous nous considérons comme successeurs des apôtres, reprit le ministre, parce que, comme eux, nous prêchons Jésus crucifié, nous enseignons sa doctrine et, son Evangile à la main, nous publions sa grandeur, sa bonté et son amour pour nous et nous exhortons les fidèles à lui donner en retour leur attachement par une foi vive en sa rédemption, une confiance sans bornes en ses mérites et une fidélité à toute épreuve dans l’accomplissement des bonnes œuvres qu'il nous commande. Ainsi, jeune homme, nous pouvons à bon droit nous considérer comme successeurs des apôtres. |

—S'arroger un titre et le posséder sont deux choses bien différentes, surtout lorsqu'il s’agit

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d'un héritage, d’une succession ; l’héritier de droit a bientôt jeté par-dessus bord toutes les prétentions, quelqu’en soit le mérite apparent. D'ailleurs, d’après votre théorie, tout bon chrétien peut, comme vous, se donner ce titre de successeur des apôtres, car, si tous ne prêchent pas, n’enseignent pas par leurs paroles, ils prêchent, enseignent, publient et exhortent les autres par leurs exemples, par la pratique des vertus quiles signalent, et ils trouvent toujours assez d’éloquence, aidés de l2 grâce de Dieu qu’ils possè: dent, pour publier et faire aimer Jésus crucifié. D'après ce que vous venez de dire, ils sont les successeurs de saint Pierre et de ses collègues ; il n'y a aucune différence entre eux et vous ; vous n'avez pas le droit, comme ministre, de leur dire : j'ai l'autorité de vous enseigner ce qu'il faut faire pour être sauvé. Ah ! je ne m'étonne pas qu'il y ait des milliers de sectes dans le protestantisme ; toutes prêchent Jésus crucifié et, comme vous, elles disent: nous sommes les successeurs des apôtres parce que, comme eux, nous prêchons Jésus et nous easeignons sa doctrine. Mais tout cela ne me fait pas trouver la succession véritable, le lieu, l'église où elle est administrée ; au contraire, vos paroles sont plutôt propres à me jeter dans la confusion. En effet, si nous jetons

52 ALBERT OU L'ORPHELIN CATHOLIQUE la vue sur cette grande république où le protestantisme règne en maître, qu'y voyons-nous? Du haut de leur chaire, des milliers de pasteurs, soi disant évangéliques, ne cessent de dire de leur voix la plus retentissante : C’est moi qu’il faut suivre, n'allez pas chercher le salut chez mon voisin. Non, non, s'écrie ce voisin, cet homme, quoique pasteur, vous trompe ; c’est par ici qu'il faut passer si vous voulez vous sauver. Au même instant, un troisième crie encore plus fort: Vous vous trompez tous deux ; c’est moi qui peut indiquer le chemin de la vie éternelle ; et ainsi de suite, tous se récrient les uns contre les autres. Que faire ? autant de chemins que de pasteurs, autant d'opinions que de têtes, autant de sectes que de ministres, c’est-à-dire autant de petites républiques religieuses qui se disputent le droit à

la succession des apôtres, sans cependant recon- M

naître d'autorité, se heurtant les unes contre les autres, disparaissant aujourd’hui pour reparaître demain sous une autre forme, sous un autre nom. Dans mon désir de connaître la vérité, de suivre le sentier indiqué par le divin Sauveur, je me dis. appuyé sur la raison qui dicte mes paroles: Ces pasteurs doivent errer, puisqu'ils ne peuvent

: d'exis s'entendre, puisqu'ils varient ; où il y a variation, M il y a erreur. Jésus-Christ n’a pas dû tracer toutes #

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ALBERT OU L'ORPHELIN CATHOLIQUE 53 ces routes différentes pour nous jeter dans l’embarras. Non, il n’y en a qu’une, à l'entrée et je long de laquelle il a placé des guides sûrs, infaillhibles et munis de l’autorité voulue pour bien diriger ceux qui y seraient engagés. Etes-vous un

0 de ces guides ?

—Je le suis.

—Alors veuillez me le prouver.

—La preuve que j'ai à vous donner est celle d’avoir été ordonné ministre et reconnu comme tel par les autorités de mon Eglise.

—-Et celui qui vous a consacré, ordonné mi-

} nistre a dû l'être lui-même avant vous P

—Certainement, il n'aurait pu, sans cela, me conférer le titre de pasteur de Jésus-Christ. — Ah ! pourtant vous disiez, il y a un instant:

| tout homme qui, l'Evangile à la main, en prêche | la doctrine, est un des successeurs des apôtres.

Il y a ici contradiction, d’après moi.

—Comment cela ?

— Parce que vous avez dit rt affirmé, à plusieurs reprises, que toute autorité était dans la

} Bible, que bien que les apôtres eussent été in-

vestis d’une certaine autorité, elle avait cessé d'exister avec eux, vu qu'ils l’avaient transmise dans la Bible qu'ils nous ont léguée pour nous guider, c’est-à-dire, vous avez voulu me faire

54 ALBERT OU L'ORPHELIN CATHOLIQUE à | comprendre que les apôtres ont été constitués en un ministère que nous pourrions appeler comité spécial, pour écrire, compiler dans un livre tout : ce que le chrétien doit faire pour se sauver, tous "Æ Bip les dogmes qu'il lui faut croire, tous les abus et 1

les péchés qu'il doit éviter, et y insérer en même M D: ' temps toute l'autorité dont ce comité était inves- 1 Lu ti, afin que ce chrétien püût y obtenir la foi et l'o- M à, béissance néc:ssaires au salut, i 5 —Je n’ai jamais dit cela. A d'in —N'avez-vous pas dit que toute auton “ est "M diffé : dans la Bible, qu’elle est et doit être notre unique 14 >

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—Alors, où est la différence ? la théorie, sinon les termes, est la même. Ainsi, un homme qui lit dans la Bible avec ardeur, qui y puise sa foi et qui règle ses actes d’après l'interprétation qu'il M donne de ces textes, n’a pas besoin de ministre, k si ce n’est pour la lui lire, au cas qu'il nelepour- M rait lui-même. S'il en est ainsi, je ne vois pas votre raison d'être.

— Vous ne m'avez pas compris, dit le ministre # en s’essuyant le front; cette ordination, cette céré transmission de ministère est tout simplement matière de discipline, de cérémonial.

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—AÀ quoi bon cette ordination, cette transmission de ministère si la Bible me suffit ?

—Oh ! il faut un ministère pour prêcher la Bible en l'interprétant fidèlement, et faire observer ce qu’elle enseigne.

—Faire observer ce qu’elle enseigne, ditesvous ?

—Oui.

—Il y a donc bien des manières de prêcher et d'interpréter fidèlement la Bible, bien des moyens différents pour faire observer ce qu’elle enseigne ?

—-Que voulez-vous dire ? Je ne comprends pas.

— Jetez la vue sur le protestantisme, comptez les milliers de sectes qui le composent, et vous comprendrez.

—Qu'est-ce à dire ?

—Que toutes ces sectes n'interprètent pas de la même manière, n’observent pas également les doctrines de l'Evangile ; cependant, d’après vous, tous ces prédicants, tous ces ministres consacrés et ordonnés par leurs prédécesseurs, sont des successeurs des apôtres.

— Faut-il vous le répéter, cette ordination, cette consécration n’est que matière de discipline, de cérémonial,

— Voulez-vous dire que prêcher et interpréter fidèlement la parole de Dieu, faire observer ce

qu'elle enseigne, n’est que matière de discipline, de cérémonial ?

— Non, non, dit le ministre avec embarras, vous ne me comprenez pas.

—Il m'est difficile de vous comprendré; en effet, vous avez nié et affirmé la même chose plusieurs fois durant cette soirée, suivant les questions que je vous ai posées. Vous avez d’abord convenu de la nécessité d’un ministère autorisé, de sa transmission d'âge en âge pour prêcher et interpréter fidèlement la parole de Dieu ; vous avez ajouté ensuite que cette transmission de ministère n’est qu’une formalité, une matière de discipline, c’est-à-dire qu’elle n’est pas absolument nécessaire. Or, montrez-moi ce qu'il y a de si .litude entre ces deux points ; peuvent-ils être mis d'accord ? Si j'accepte votre premier, je me dis : John Wesley, le fondateur de votre Eglise, a dû se constituer, se consacrer lui-même ; il ne peut donc être un des successeurs des apôtres, un représentant de Jésus-Christ, parce que ce divin Sauveur les a nommés pendant son séjour ici-bas. Si, au contraire, j'accepte votre second point, en rejetant le premier, je ne verrais aucune nécessité dans ce ministère simplement pour la forme ; et, remarquez bien, en agissant ainsi, il me faudrait, pour être conséquent avec moi-

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même, rejeter en même temps la Bible qui démontre clairement que ce ministère a été bien et dûment constitué, parce qu'il était nécessaire et et le sera toujours.

— Habitué dès votre enfance au papisme, dit le ministre avec colère, aveuglé par lui, vous ne pouvez comprendre, voir même la beauté, la splendeur de la lumière de l'Evangile. Que disje? vous ne pouvez comprendre ceux qui vous disent qu’elle existe; ils la font éclater à vos yeux, et cependant vous ne pouvez la voir. Voilà pourquoi toutes mes paroles sont un mystère pour vous et vos pareils.

—Vos paroles, remplies de charité et d'amour pour votre prochain, me confirment davantage dans l’opinion que, ne voulant pas ou ne pouvant pas répondre à l’unique question, pourtant bien simple, que je vous ai adressée, vous lancez des accusations malveillantes pour mieux détourner le sujet que nous traitons. Soyez-en assuré, monsieur, votre manière d’agir ne servira qu’à élargir l'abîime qui nous sépare. Cessez donc, je vous prie, de calomnier une Eglise que vous ne connaissez pas, et ne portez pas d’accusations dont la preuve vous sera aussi difficile à faire que celle de votre titre à la succession des apôtres.

La colère et le désappointement pouvaient se lire sur la figure du ministre.

— Si vous me le permettez, mon père, je vais ne retirer.

— Non, non, dit M. Stevens, qui désirait continuer la discussion. Raisonne en toi-même ; je sais que tu es trop intelligent pour croire qu'il faille une ordination, une consécration accompagnée de grandes cérémonies, telle que pratiquée dans l'Eglise romaine, pour devenir ministre du Seigneur.

— Jésus-Christ ne dit-il pas en saint Mathieu: Qui est pour nous, n'est pas contre nous ? dit un des invités. Il est donc aisé de voir que le divin Sauveur ne reconnaissait pas la nécessité que ses ministres fussent ordonnés et consacrés comme vous, catholiques, le prétendez. Autrement ce divin Sauveur n'aurait pas rebuté les apôtres qui lui demandaient de dénoncer cet homme pré:

chant sa doctiine sans autorisation.

—Le papisme n'a pas le droit de réclamer pour lui, et pour lui seul, une succession venant directement des apôtres, uniquement parce que ses papes et ses évêques se sont consacrés, ordonnés et reconnus depuis la primitive Eglise, dit un autre.

— Et tout cela ne prouve pas, dit un troisième,

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que ceux qui, dans cette Eglise, se sont ainsi reconnus et proclamés les administrateurs de cette succession représentée en premier lieu par les apôtres, remplissent les obligations imposées par ces derniers, qu’ils préchent le même Evangile.

— A vous de le prouver, messieurs, dit Albert. Les prêtres papistes font tout le contraire, dit le ministre, heureux de l’aide qu'il venait de recevoir. Voilà pourquoi otre vénérable pasteur, John Wesley, voyant les bouleversements et les changements dans les usages et les doctrines de l'Eglise primitive, opérés par cette prétendue succession, s’est détaché de cette Eglise corrompue pour relever et remettre intacte la vraie succession avec toute sa simplicité et sa splendeur ; et cette succession est la nôtre.

—Puisqu’elle vous appartient, prouvez-le donc, dit Albert.

—Ne l'ai-je pas assez prouvé, dit le ministre, et le texte cité par ce monsieur, il y a uninstant, ne corrobore-t-il pas en tout point ce que j'ai dit ?

—Quelle preuve avez-vous faite, monsieur, sinon celle que le désaccord règne autant entre les membres d’une secte qu'entre les sectes ellesmêmes? Vous avez, ce soir, nié et affirmé, à plusieurs reprises, la nécessité d’une autorité enseignante.

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—Vous n'êtes pas loyal, dit le ministre avec aigreur.

—C'est une offense à notre pasteur, dit un des invités.

—Je n'ai pas vouiu vous offenser, monsieur, reprit Albert ; il s’agit ici de doctrine ; je vous respecte trop personnellement pour me permettre la moindre offense à votre égard.

—Vous ne m'avez pas offensé, jeune homme ; vous devez cependant admettre les preuves que nous venons de faire.

— Quelles preuves dois-je admettre ? Avez-vous répondu à ma question d’une manière satisfaisante? Avez-vous prouvé vos accusations? Non, vous avez toujours accusé sans apporter de preuves, vous avez répété à maintes reprises que j'étais dans l'erreur, sans me le démontrer. Et vous voulez que j'accepte vos accusations comme fondées, votre doctrine comme bonne! Allons donc, monsieur, est-ce ainsi qu’un homme raisonnable doit agir? Prouvez donc que vous êtes réellement autorisé à m'instruire, à me guider dans mes devoirs, sinon j'en resterai à la conclusion que la vérité ne peut être dans le protestantisme, que le bon chemin ne peut se trouver dans cette multitude de routes tracées par autant d'opinions, et Le long desquelles sont affichées avec

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grande parade les diverses passions humaines. Ici est l’orgueil assis sur un char de triomphe, foulant à ses pieds une des plus belles vertus, l'humilité ; là, la volonté, en maîtresse souveraine, lâche la bride à des chevaux fougueux pour repousser, terrasser tout ce qui la gêne ; ailleurs, sont placés la haine et le préjugé armés de la calomnie et du mensonge, unissant leurs efforts pour étouffer et écraser le catholicisme, et ainsi de suite ; je n’en finirais plus, si je voulais tout énuméter. À la vue d’un tel spectacle, j’acquiers la certitude que la vérité ne réside pas dans cette enceinte, immense par son étendue, il est vrai, mais remarquable seulement par la grande varié- ‘té des tableaux qui frappent vos regards, tableaux tous plus ou moins falsifiés, mal copiés au détriment du divin Artiste qui a placé les originaux là où on pourrait les conserver dans toute leur splendeur et toute leur beauté.

— Vous venez de faire une image peu flatteuse du protestantisme, dit le même invité. Cependant qu’allez-vous répondre au texte que j'ai cité il y a uninstant ?

—Vous avez cité un texte qui, loin d’être en faveur des prédicants du protestantisme, prouve plutôt la nécessité d’une autorité enseignante dans l'Eglise de Dieu.

—Expliquez-vous.

—-Il ne le pourra pas, dit le ministre d’un ton moqueur. ù

—Je ne me ferai pas attendre aussi longtemps que vous, monsieur. Voici ma preuve: Laissez faire cet homme, a dit Jésus-Christ ; ce/ui qui est pour nous, n'est pas contre nons. Laissez-le faire, a-t-il dit, cet homme remplit ce qui, selon lui, est un devoir ; mais lorsqu'il s'agira de faire exécuter mes volontés, d'adminisirer mes sacrements et de faire tout ce qui se rapporte à mon ministère, je choisirai mes hommes ; ceux-là, à leur tour, choisiront, désigneront leurs successeurs. Or, je ne trouve nulle part dans l'Evangile que Jésus- Christ ou ses apôtres aïent choisi cet homme pour faire partie de leur ministère, soit comme successeur ou autrement. Qui sait, ajouta-t-il en souriant, messieurs les ministres protestants sont peut-être dans la catégorie de cet homme. Laissez-les faire, dit encore Jésus-Christ, mais ils n’en sont pas plus, pour cela, mes apôtres, mes ministres ; leur récompense ou leur châtimen: sera en proportion du bien ou du mal qu'ils auront fait. Qu'en pensez-vous, messieurs ?

—Que vous ne pourrez jamais prouver l'autorité divine et infaillible que s'arrogent les prêtres de l'Eglise papiste, dit le ministre avec colère.

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—S'ils ne la possèdent point, dit Albert d’un ton ferme, pouvez-vous me dire qui la Lossède ? Est-ce vous ?

— Non, dit sèchement le ministre.

— Voici une réponse nette et précise, pour la première, dit Albert en souriant.

Le ministre se mordait les lèvres de dépit.

— Dieu seul est intaillible, dit M. Stevens, ni ministre, ni pape, ni évêque ne peut prétendre à cette prérogative, elle n'appartient qu’à Dieu. Ses apôtres n'étaient pas plus infaillibles que nous; preuve, saint Pierre a renié trois fois son divin Maître, Judas l’a trahi et vendu. Thomas n'a pas voulu croire avant d’avoir vu Jésus de ses yeux. Ainsi, ne cher:he pas une Eglise, encore moins un ministère infaillible.

— Pourtant, mon père, dit Albert d'un ton respectueux, l'Eglise catholique proclame l’infaillibilité dans sa doctrine, dans ses enseignements ; infailhibilité dans son ministère, c'est-à-dire dans l'administration & la succession qui lui a été confiée par le divin Maître; infaillibilité dans l’autorité qu’elle a reçue pour exercer cette succession, afin de protéger ses droits et remplir les devoirs qui lui sont imposés.

— Ah! l'Eglise romaine, reprit M. Stevens, ce n'est pas la seule prérogative qu’elle s’arroge.

Voyons, cher enfant, tu dois t’apercevoir de l’absurdité d’une telle prétention. Un homme, des hommes infaillibles ! Allons donc! n'est-ce pas une absurdité ? que dis-je ? n’est-ce pas une infamie de la part de ces robes noires, que de faire croire à de pareilles sottises, et un orgueil impardonnable de vouloir ainsi s'élever au-dessus des fidèles confiés à leurs soins ?

Albert, trop respectueux, n’osa répondre.

— Ah ! tu n’oses répondre cette fois, commences-tu à voir l'erreur dans laquelle tu étais plongé?

Même silence.

—Dieu permet quelquefois que les paroles d’un père produisent un effet salutaire, dit le ministre d’un ton solennel.

Un: rougeur subite couvrit la figure de notre héros.

Le ministre en fit la remarque et ajouta :

—Dieu permet toujours que les vœux et la prière d'un père soient exaucés. Vous devez avoir ressenti quelque chose de nouveau, d’inconnu pour vous pendant que votre digne père vous parlait.

—S$i j'ai gardé le silence, c’est par respect pour mon père,

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—Mais pourquoi cette rougeur sur votre figure?

—Parce que vous avez attribué mon silence à une autre cause, soyez certain que, loin d’avoir ressenti ce que vous prétendez, j'ai été, au contraire, très peiné des remarques faites contre l'Eglise catholique.

— Votre digne père a été juste dans ses remarques ; il n’est pas même 21llé aussi loin que je l'aurais fait.

—Je ne nie pas la dernière partie de votre remarque, monsieur, vous en avez fait la preuve ce soir. Mais, puisque vous ne voulez ou ne pouvez pas répondre à l’unique question que je vous ai posée, ajournons donc cette € -ussion qui nous sera inutile. Laissez-moi suivre le chemin dans lequel je suis engagé et qui me paraît être, malgré votre assertion du contraire, le seul bon, le seul véritable pour me conduire au salut. Croyezmoi, après les études que j'ai eu le bonheur de faire, grâce à la générosité de mon père adoptif, à l'amour et à la tendresse de celle qui a remplacé ma mère, je suis convaincu plus que jamais de la nécessité d’un guide sûr et infaillible pour me diriger vers le port du salut. Je ne puis comprendre comment celui qui a étudié tant soit peu et qui a pu ainsi apprécier à un plus haut degré

les beautés de la nature, l’admirable harmonie qui règne partout, l’obéissance rendue par toutes les créatures à une loi supérieure qui régit tout, et ce tout, dans son ensemble, agissant de concert pour publier les louanges d’un être divin, infiniment grand et infiniment puissant ; je ne puis comprendr:. dis-je, qu'à cette vue, un être créé à l’image : sr créateur, possédant une intelligence pour iieux :mprendre ses devoirs, mieux publier les louanges de ce créateur, puisse nier, rejeter la nécessité d’une loi, d’une autorité pour bien diriger son âme, l’œuvre la plus belle et la plus parfaite de toute la création, œuvre jouissant de l'imraortalité, appelée à une autre vie toute de bonheur, et se voir obligé en même temps de reconnaître et d'accepter une loi, une autorité pour diriger ses affaires matérielles, pour le bien de son corps mortel qui aura bientôt fini d'exister. Ma raison repousse cette théorie comme ridicule. S'il faut une autorité pour régir ce qui regarde le matériel, à plus forte raison une autorité est nécessaire pour le spirituel ; plus l’objet en vue est grand et noble, plus l'autorité pour je régir, le réaliser doit être nécessaire, plus elle doit être grande et noble. Cela se voit dans les rapports ordinaires de cette vie; il doit en être

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