‹ Albert ou L'orphelin catholique [microforme]Chapitre 20 sur 62 · REND · texte numérisé non relu

REND

emain, ÀAl- Is ; son attises lèvres

Le révérend Père Simon finit sa messe et se rend à la sacristie.

Albert se lève alors, se rend près du Père et lui demande un instant d’entretien.

—Très volontiers ; montez à ma chambre, nous pourrons causer plus à l’aise.

Dès qu'ils furent entrés, le révérend Père lui montre un fauteuil en lui disant :

—Soyez assez bon de vous asseoir, et ditesmoi ce que je puis faire pour vous.

Albert raconta sa vie tout entière.

—Orphelin, jeune et sans secours, dit-il, je fus recueilli par M. et Mme Stevens, et traité par eux comme leur propre fils. Je ne saurais trouver de paroles assez éloquentes pour faire l'éloge de ces braves personnes ainsi que de leur demoiselle. Grâce à leur générosité, je fis un cours d’études complet. Cependant un grand obstacle se présente : mes parents adoptifs sont protestants, et je suis catholique. Tant que j'ai été occupé à mes études, ils m'ont laissé faire sans m'inquiéter; mais à présent, ils semblent déterminés à me faire abjurer le catholicisme. Je jieur dois toute ma reconnaissance, la vie même ; je ne puis consentir cependant à trahir ma foi. Je suis venu pour vous prier de m'aider de vos bons conseils, de vos avis, sur ce que je dois faire pour me

bien préparer à la lutte qu'il va me falloir soutenir.

— Vous me faites vraiment plaisir, brave jeune homme. D'après votre récit, vos bons parents adoptifs ont pour vous une affection sans bornes, et, n'épargnant ni soins, ni peines, ni argent, ils ont voulu faire de vous un homme accompli, tant sous le rapport de l'éducation que sous tous les autres, et ils y ont réussi. N’écoutant que leur amitié, ils voudraient vous voir embrasser leur foi pour compléter, resserrer, pour ainsi dire, les liens qui vous unissent, Croyez-moi, ils sont de bonne foi; car, ignorant cornplètement les sublimes doctrines de notre sainte Eglise, et, élevés eux-mêmes par des parents hostiles au catholicisme, ils ont appris dès leur enfance à le mépriser, à ie haïr. Vous croyant réellement dans l’erreur, ils font preuve de leur amitié en essayant de vous faire abjurer votre religion. Aussi, il vous faudra supporter patiernment toutes les tracasseries que l’on pourra vous faire subir ; vos paroles devront toujours être pleines de déférence et de respect, tout en mettant au jour votre foi dans toute sa splendeur, les doctrines de notre Eglise dans toute leur beauté. Vous accompagnerez le tout d'appels à leurs sentiments les plus nobles et les supplierez de vous permettre de rester dans

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le sein de l'Eglise qui vous a vu naître, qui vous a été léguée par votre bonne mère. Vous me promettez d'agir ainsi, n'est-ce pas ?

—Je vous le promets, mon révérend Père.

—Très bien. Priez surtout, et Jésus, qui se plait dans cette conversation intime de l'âme fidèle avec lui, versera dans la vôtre ses plus douces faveurs et, parlant à votre intellixence, il lui dictera les moyens, les paroles, non seulement pour défendre vos principes attaqués, mais aussi pour les faire admirer et respecter. Votre position est très délicate, mon jeune ami ; je comprends la menace faite à votre avenir ; j'admire votre zèle et votre amour pour Dieu qui, soyez en certain, ne vous abandonnera pas au moment du danger.

L'étude, la science n’ont paint gâté votre cœur : beaucoup d'hommes en abusent. Hélas ! l'orgueil, la vanité et souvent une fausse philosophie qu'ils adoptent pour servir de manteau à leurs passions, ‘eur font attribuer tout ce que l’on voit dans la nature à des causes secondaires. Mais pour le cœur pur, pour l’homme vraiment inteliigent, l'étude et la science l’élèvent pour ainsi dire audessus de cette terre, pour de là découvrir des beautés toutes nouvelles. S'il abaisse ses regards,

a terre lui paraît plus belle, plus riche et plus

souriante ; il ne se lasse point d'admirer les mil-

iers d'objets qui le frappent, la végétation revé- à tue de ses couleurs brillantes et son travail admi- dl rable, l'industrie avec ses nombreux produits, ce va-et-vient continuel de l’homme, ces monument: magnifiques dus à son génie et à sa persévérance. Il est étonné davantage à la vue de l’harmonic qui règne, de cette obéissance portée partout et par tous à une loi supérieure, divine. Alors il

£ , RS £ élève ses pensées et ses regards vers cette voûte à I céleste, vers le ciel. Là, tout lui paraît plus gran- 1

e . das a O diose encore ; cette voûte immense, ces milliers 4

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parcourant les espaces avec un ordre parfait et ad. dans un temps déterminé, obéissant eux aussi à ÿ cette même loi. Alors un sentiment qu’il ne peut à définir s'empare de lui ; il désire ardemment connaître celui qui a ordonné cette joi, ce grand législateur, ce créateur de tant de merveilles. Ce même sentiment lui dit que ce "nd législateur doit habiter au-delà de cette voïte qui semble % nous entourer ; dans son désir de le voir, de le 4 connaître, il voudrait pouvoir percer cette voûte, Fe mais l’âme, d'où émane ce sentiment, lui en fait 1 voir l'impossibilité. Il faut, lui dit-elle, aimer et “# servir ce créateur avant de pouvoir le voir et le connaître, Comment aimer et servir ce créateur ? quel moyen prendre? quel chemin suivre pour

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arriver au but? Ce comment, vou: le connaissez, cher ami, ce moyen, vous l'avez adoj é en suivant le chemin, la voie dans laquelle vous vous êtes engagé ; ce chemin, cette voie, c’est l'Eglise catholique ; vous ie savez si bien, que rien au monde ne vous ferait dévier de cette route, ne vous ferait abandonner cette Eglise qui vous l’a tracée, cette Eglise qui, dès votre enfance, vous a montré le Ciel et le sentier qui y conduit. Que Dieu vous bénisse et vous fasse triompher des obstacles que l’on voudrait dresser sur votre chemin. Tenez, ajouta-t-il en tirant un livre de sa bibliothèque, voici un livre à l’aide duquel vous réfuterez avec facilité les avancés faux et souvent malveillants faits contre notre sainte Eglise. Je vous le donne, et si vous avez besoin de moi, je serai toujours heureux de vous voir et de vous donner tout renseignement ou conseil qui vous serait nécessaire. Encore un mot, priez la Vierge Marie ; elle vous consolera et veillera sur vous. Au revoir, mon bon ami, je compte sur une nouvelle visite bientôt.

Après avoir remercié le bon Père, Albert sortit, le cœur plus léger, plus joyeux

En arrivant à sa demeure, il voit Eva occupée à arroser ses fleurs. Je vais la rejoindre, se dit-il,

— ee nee ce

et, avançant avec précaution, il approche sans

qu’elle s’en aperçoive. 1 d —Vous êtes bien matinale, mademoiselle, dit- 1 p

il tout à coup. 4 Un cri de surprise fut la seule réponse d'Eva. 4 o!

—L'air du matin est bon, paraît-il, continua 1 14 Albert, car le vermeil de vos joues fait pâlir celui 4 ri

| de ces belles fleurs, dont vous prenez tant de 4

soin, et l'éclat de vos yeux... 1 ad —-Arrêtez-vous, flatteur, dit Eva en l’interrom- 4 gli

pant, je vous défends de me parler ainsi. 4

| —Je dis la vérité, dit Albert toujours souriant ; lib) à vous de me prouver le contraire.

| —]Je vou: le prouverai, dit Eva avec un fin 4 sourire, si vous me dites où vous êtes allé de si bonne heure.

— Faire une petite promenade. Comme vous, j'aime l'air du matin, il donne la vigueur, la santé ; il fait paraître les fleurs plus belles et leurs parfums plus occrants, la verdure plus brillante, $ es les oiseaux plus gais et leurs chants plus mélo- ie dieux. ‘iout semble plus heureux ; jusqu’à vous. mad...

—Arréiez-vous, vous dis-je! allez-vous m'obéir ?

—J'obéirai, puisqu'il Je faut, mais c'est bien malgré moi.

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che sans selle, dit-

se d'Eva.

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ime vous, ur, la San- >s et leurs s brillante, lus méloqu'à vous.

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c'est bien

ALBERT OU L'ORPHELIN CATHOLIQUE 79 —Ce qui vous donnera plus de mérite. Mais, dites-moi, est-ce uniquement pour le plaisir de la promenade que vous êtes sorti ce matin ?

— Allons, belle curieuse, pourquoi vous dirai-je où je suis allé ?

—Vous me ferez plaisir, dit Eva d’un ton sérieux.

— Alors j'avouerai, chère sœur, qu'après avoir admiré ce que je voyais, je me suis rendu à l’église.

—A l’église, dites-vous, à ume heure si matinale ?

—Oui, chère sœur ; dès quatre heures du inatin prêtres et fidèles sont déjà au pied des autels pour demander à Dieu de les bénir pendant la journée, et aussi pour le remercier de la conservation de la vie.

--Voilà qui est fort bien. Je ne savais, je ne pensais pas même que les catholiques agissaient ainsi.

— Il y a dans le catholicisme beaucoup de bonnes pratiques qui sont ignorées de nos frères séparés. Je me suis rendu à l’église pour remercier Dieu de la bonté et de la mumificence dont ii ne cesse de donner tant de preuves à ses créatures, et ensuite pour le prier de me venir en

aide ; vous le savez, votre vénéré pasteur m'a prévenu que son attaque serait rude.

— Pourquoi ces discussions? Si j'eusse été à votre place, je iui aurais dit tout simplement: Je ne veux pas discuter avec vous ; laissez-moi servir Dieu conune je l’entendrai.

— Et qu’aurait dit notre père, ma chère sœur ? vous savez que dans son désir de me voir abjurer le cathoiicisme, il est le premier à l’encourager.

—C'est vrai, dit Eva avec un léger soupir. Ne pourriez-vous pas, cependant, vous abstenir de ces exercices de religion qui déplaisent à papa? vous lui feriez pla'sir tout en l’amenant peu à peu à vous laisser tranquille, Il y a à peine queiques minutes qu'il me demandait si je savais où vous étiez allé. Certaine de ne pas me tromper, je lui répondis que vous deviez être allé à l’église.

—Que vous a-t-il dit?

—Il m'a dit. dit Eva en hésitant, de vous...

mais non, je ne puis vous le laisser savoir.

— Pourquoi donc ?.. Je n'insisterai pas cepen dant, je le devine.

— Par amour pour lui, pour notre mère, pour.

dit Eva, avec un léger tremblement dans la voix veuillez donc ne pas le contrarier.

— Mon respect pour vous tous est trop gram.

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pour avoir seulement l’idée de vous causer la moindre peine. Avec vous, mademoiselle, je dirai plutôt chère sœur, je ne puis rien cacher, pas même mes pensées; dites-le-moi, trouvez-vous que je sois repréhensible d'aller à l'église pour me trouver plus près de Dieu et le prier plus à mon aise.

— Ne pourriez-vous pas le prier ici, à la maison, tout aussi bien qu’à l’église? Tout à l'heure encore, occupée à arroser mes fleurs, à en admirer la beauté, mon cœur reconnaissant élevait de temps à autre vers le ciel une petite prière et je me disais: Si Albert était avec moi, nous prierions ensemble. Et elle ajouta naïvement, avec un léger accent de reproche: c'était pourtant votre habitude avant de partir pour le collège ; vous me paraissiez content de partager avec moi ce petit travail, vous y mettiez même plus d'ardeur que moi.

— Eva, chère sœur, vous êtes vraiment cruelle de me faire de pareilles reproches. Je suis, vous le savez bien, toujours heureux en votre compagnie. Ah | que ne m'est-il donné de pouvoir toujours être près de vous pour vous ouvrir mon cœur, vous faire connaître mes pensées ; mais bientôt cela me sera impossible ; un autre, avec

un titre plus cher que celui de frère, aura pris la EM basa première place dans votre cœur. D : ce

— Non, non, dit vivement Eva, ne parlez pas 0 voi ainsi, il faut chasser cette pensée. Venez, notre UM cc

père doit nous attendre pour le déjeûner. réus:

Et ils se dirigèrent tous deux vers la maison. US is

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——-— tomb WA 4 tion, fi CHAPITRE VI. ! vrain 0 pour

SUITE DE LA DISCUSSION SUR L’AUTORITÉ, pour:

nicnt,

La semaine suivante, le ministre, accompagné "8 Ge nc d’un pasteur de la secte presbytérienne, faisait M$ à ses son entrée au salon de M. Stevens. Les mêmes M dés 1 invités de la semaine précédente y étaient déjà Mcussic rendus. 1 prote:

Ces derniers étaient attirés par la curiosité ou M AIl plutôt par cette manie du protestant d'assister et MSdier s de prendre part à toute discussion qui touche à #Ssur le la religion. D'où vient cette manie, à quoi j’attri 1 taque buer? Je crois le deviner.

Laissé à lui-même, le protestant, en vertu du "etc. libre examen qui lui est accordé, scrute les textes E, tourn: de la Bible, les lit et les relit en les interprétant - } suivant son jugement, sa manière de voir, et. 1 sur cé

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aura pris la

parlez pas enez, notre ùner.

s la maison.

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en vertu dus rute les textes M s interprétant

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basant sa foi sur ce jugement, il la fait connaître à ses amis ou à ses voisins, quelquefois pour avoir leur opinion, mais le plus souvent pour les engager à l'adopter comme bonne et vraie. S'il

| réussit, tout va bien pendant quelque temps ;

mais au moindre obstacle, à la moindre objection quelque peu fondée qui se présente, de suite il tombe dans l'incertitude. Cette parfaite conviction, cette paix intérieure dont jouissent les âmes vraiment pieuses, vraiment obéissantes par amour pour Dieu, lui restent toujcu s inconnues. C'est pourtant ce qu'il cherche, ce qu'il désire ardemment, et, l'esprit inquiet, l’ârne troublée, il fait de nouveau connaître ses pensées, ses opinions

à ses confrères ; ces derniers en font autant, et

dès lors commencent ces délibérations, ces discussions qui ne se termineront qu'avec les sectes protestantes.

Albert, laissé libre, en avait profité pour étu- Idier son livre. Aussi entra-t-1l au salon le sourire sur les lèvres et bien préparé pour soutenir l’attaque dont il était menace.

Après qu’on eut parlé des nouvelles du jour, etc., pendant près d'une heure, le ministre se tourna du côté d'Albert et lui dit:

—Fh bien! jeune homme, avez-vous réfléchi sur ce que je vous ai dit la semaine dernière ?

RCA

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