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Tous les regards se tournèrent vers Albert.
—Ce n'était pas à moi de réfléchir, dit celui-ci d'une voix assurée, mais bien à vous, et j'attends À
pouv votre réponse à ma question. gnen —Ma répouse est encore la même ; nous imitons les apôtres, nous sommes donc leurs succes- A seurs. as "7 Bible — Et, comme eux, vous possédez une autorité divine et infaillible pour guider les fidèles dans os le chemin du salut, je suppose ? dj 1 pi — Tout homme qui piê:he la parole de Dieu À so est un apôtre, dit le pasteur presbytérien, que Dee nous nommerons M. Campbell, mais pas un si homme ne possède une autorité divine et infailli- in k ble ; il n’y a que Dieu qui jouit de cette préroga- R — tive, Cam] — Il y a cependant une autorité laissée par 7 Dieu pour nous guider, dit le ministre, et cette Steve autorité est la Bible. firma — Et sur laquelle nous devons baser notre foi, À à leu reprit M. Campbell ; oui, la Bible est notre uni- À To que moyen de salut, notre unique règle de foi. | interl —Unique moyen, unique règle, dites-vous ? Si demanda Albert. se dis —Oui, répondirent-ils tous deux.
—-Allons donc, messieurs, vous n'êtes pas sé- nage,
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—Très sérieux, répondit le ministre.
—Et avec la Bible, ajouta M. Campbell, nous pouvons défier l'enfer et les hommes qui enseignent une obéissance aveugle à leurs doctrines.
—Ou obéissance à la volonté de Dieu, je suppose? dit vivement Albert. Pourtant cette même Bible ordonne d’obéir à ceux qui sont chargés du soin des âmes. Entendons-nous bien, messieurs, il sera inutile pour nous de continuer cette discussion, Si vous ne répondez carrément à ma question ; je la répète : Etes-vous autorisé à m'’indiquer le chemin du salut et à m'y conduire ? Si oui, qui vous a donné, légué cette autorité ?
— Toute autorité est dans la Bible, dit M.
Campbell,
— Je le nie, dit un monsieur assis près de M. Stevens, et ce jeune homme a dit la vérité en affirmant que la Bible ordonnait aux fidèles d’obéir à leurs pasteurs.
Tous les regards se portèrent vers le nouvel interlocuteur.
—Quelle bonne aubaine, se dit Albert, ils vont se disputer entre eux.
—Je suis anglican, continua le même personnage, et notre Eglise reconnaît une autorité divine dans ses pasteurs. Cette autorité fut donnée
par Jésus-Christ même à ses apôtres ; ceux-ci, à leur tour, l’ont transmise à leurs successeurs.
-—]e ne vois pas comment un protestant aussi éclairé, un homme qui lit la Bible tous les jours, puisse croire qu'il faut obélr à des hommes pécheurs comme lui, dit M. Campbell avec chaleur.
—Toute autorité vient de Dieu. Obé/ssez à vos rois, dit le livre de la Sagesse, soyez-leur soumis et respectez-les. Cela est bien dans la Bible, n'est-ce pas? Voilà pour l'autorité temporelle. Saint Paul dit: Obéissez à vos évêques, écoutezdes, car 1ls ont pour mission de veiller au salut de vos &mes, comme devant en rendre compte.
Lisez toutes les Epîtres : saint Pierre, saint Paul, tous les apôtres réclament pour eux et pour les évêques qu'ils ont consacrés une obéissance parfaite à l'autorité qu'ils ont reçue de leur divin Maître. Les quatre évangélistes nous disent quelle est cette autorité. Voilà pour l'autorité spirituelle.
—-Permettez-moi de vous dire que vous n'interprétez pas bien le sens de ces textes, dit le ministre.
—Tous les protestants n’interprètent pas la Bible comme vous, dit Albert.
—Je sais que nous différons sur quelques points, mais ils sont de peu d'importance.
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—C'est vrai, reprit Albert, il y a peu de différence entre accepter une autorité divine et la rejeter.
Le ministre fit une grimace.
—Nous acceptons tous une autorité, dit M.
Campbell en s'adressant au monsieur anglican, nous sommes d'accord sur la théorie, nous diffé-
rons seulement dans sa mise en pratique. Les
uns accordent une autorité à des hommes parce que, comme ministres de l'Evangile, ils en sont les représentants, tandis que nous l’accordons simplement et purement à l'Evangile même.
—Vous appelez cela s’accorder en théorie P Vous n'êtes pas sérieux.
—Je ne me suis pas bien expliqué, dit M.
Campbell d’un ton embarrassé ; nous reconnaissons une autorité, il est vrai; nous la donnons toute à l'Evangile ; l'Eglise d'Angleterre en accorde une faible part à ses pasteurs ; cependant elle est loin de celle que réclament ec s’arrogent les prêtres de l'Eglise romaine, autorité absolue, tyrannique et arbitraire à laquelle les glorieux réformateurs ne voulurent point se soumettre. Voilà pourquoi j'ai dit que nous différions seulement sur la pratique.
— Pardon, les pasteurs de notre Eglise possèdent une haute autorité, dit le monsieur anglican,
et cette autorité est bien établie, bien définie, soit dans la Bible, soit dans les trente-neuf articles de foi conservés par nous de l'Eglise primitive,
— Voilà pourquoi nous nous sommes séparés d2 votre Eglise qui, tout en voulant épurer l’Eglise de Jésus-Christ, a cru cependant devoir
conserver un peu de cette corruption qui avait
envahi l'Eglise de Rome, dit le ministre, et cela pour ne pas trop contrarier les passions des hommes, qu’elle voulait attirer dans son sein.
— Et, depuis ce temps, vous avez continué, et vous continuerez d'épurer l'Eglise de Jésus-Christ dit Albert ; de nouvelles sectes naissent tous les jours dans ce but,
—Il ne faut point plaisanter, jeune homme, dit M. Campbell,
—Je ne plaisante pas, monsieur, car toute secte nouvelle proclame hautement que les anciennes sont entachées d'erreurs, et que leur but est de ies faire disparaître. Prouvez-moi le contraire, monsieur.
—Celui qui lit la Bible et y puise sa foi en lui donnant toute autorité, ne peut errer, dit M. Campbell.
—Quelles que soient les variations auxquelles
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définie, euf artie primi-
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en lui dit M.
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ces soi-disant lecteurs de la Bible se livrent, ils ne peuvent point errer, dites-vous P
—S'ils varient sur quelques points en matière de foi, ces points sont trop minimes pour offrir un obstacle sérieux au salut, dit M. Campbell. Voilà pourquoi je répète : Point d’autorité investie dans les hommes ; toute autorité appartient à la parole de Dieu.
—Puisque vous n’accordez aucune autorité aux hommes, dit Albert, pourquoi réclamez-vous celle de m'indiquer la route que je dois suivre ? De quel droit pouvez-vous me dire que je suis dans l'erreur, et qu’il faut me rétracter si je veux sauver mon âme? N'est-ce pas pour user de cette autorité que vous êtes venus ici ce soir? n'est-ce pas pour m'engager à suivre vos conseils, à y obéir? Comment pouvez-vous user d’une telle autorité, vous prévaloir d’un tel droit si vous n’en possédez aucun? C'est vous-mêmes qui le dites. Allons donc, soyez, sinon conséquents, au moins logiques.
— Nous sommes venus pour vous démontrer que la Bible est notre unique moyen de salut, notre seule règle de foi, dit M. Campbell. C’est ce que nous voulons vous prouver, et vous ne paraissez pas vouloir nous croire.
—Prouvez vos assertions, et je vous croirai.
— Lisez la Bible, la preuve est là.
—Je n'ai pas besoin de lire la Bible pour savoir qu’elle n’est pas et ne peut pas être notre seule règle de fo', notre unique moyen de salut ; jé n'ai qu’à regarder ce qui se passe autour de moi. Vous-mêmes, messieurs, en faites la preuve la plus frappante.
—Quelle preuve P
—Que la Bible n’est pas et ne peut pas être notre seule règle de foi, notre unique moyen de salut. Vous me dites : je suis presbytérien, c’est té moi qu'il faut écouter si vous voulez opérer votre
ste c'e salut. Ce monsieur, pasteur méthodiste, me dit gli que son Eglise est la seule en accord avec les enseignements de l'Evangile ; pourtant il lit la Bible, à6
mais il faut croire qu’il ne l'interprète pas comme vous. Puis ce monsieur anglican affirme que, ou- de tre la Bible que je dois accepter, il me fait de plus écouter les pasteurs de l'Eglise dont la rais-
sion cst de la prêcher, de la faire connaître et de pre faire exécuter ce qu’elle enseigne. Or, me voilà | ve en face de trois lecteurs de la Bible, lequel de je:
vous trois dois-je écouter? Comment faire ?.. L Dois-je m'engager en même temps dans les trois | : routes différentes que vous venez de m'indiquer ? fais Ou dois-je rejeter les deux premières pour acce]: ter la troisième ? Laquelle est la meilleure? Le.
ur Sanotre salut ; our de preuve
as être yen de n, c’est er votre me dit les en- ; Bible, comme ue, ouait de la 1nise et de voilà uel de aire ?...
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quel de vous trois interprète le mieux la parole de Dieu ? A vous de me répondre, messieurs.
—La Bible répondra pour nous, dit le ministre.
—Je connais sa réponse, monsieur, voilà pourquoi il m'est impossible d'accepter votre théorie.
—Je le répète, dit M. Campbell, celui qui lit la Bible avec toute sincérité, y trouve le salut de son âme,
—Je le sais comme vous, car, dans sa sincérité, il se prêtera volontiers à ce qu’elle enseigne ; c’est-à-dire qu'il reconnaîtra les pasteurs de l’Eglise de Dieu, et leur obéira.
Pas d’autre obéissance qu’à la Bible, eile seule possède toute autcrité.
— Quelles que soient les divergences d'opinions de ceux qui la lisent, je suppose P
—Que voulez-vous dire?
—Qu'il importe peu que je sois méthodiste, presbytérien, anglican, baptiste, unitairien, universaliste, mormon ; pourvu que je lise la Bible, je suis certain de mon salut.
—F'ourquoi plaisanter ainsi P
—Si je plaisante lorsque je parle ainsi, que faites-vous donc ? car je n’ai fait que répéter vos propres naroles.
—C'est faux, dit M. Campbell.
—Où est le faux, monsieur? dit Albert avec fermeté. N'avez-vous pas dit que celui qui lit la Bible est certain d'y trouver son salut? Or les sectes que je viens de nommer ne la lisent-elles pas ?
—Oui, dit le ministre d'un ton embarrassé, mais la différence d'opinions ne repose que sur des points minimes.
—Qui ne peuvent être un obstacle sérieux au salut, ajouta M. Campbell.
— Des points minimes, dites-vous? Je vais de suite vous prouver le contraire. L’'unitairien lit la Bible comme vous, et cependant il nie la divinité de Jésus-Christ ; un point minime celui-là et qui n’est pas un obstacle sérieux au salut. Le baptiste nie la nécessité du baptême pour les enfants ; l’universaliste nie ce que vous presbytérien affirmez, savoir, la doctrine de la prédestination, et déclare la certitude du salut pour tous ceux qui, étant baptisés, croient en Jésus-Christ comme Dieu. Ceci s'accorde bien avec la doctrine de l’unitairien, n'est-ce pas ? Il y a des sectes qui s’en rapportent exclusivement à leur interprétation de la Bible, sans accepter aucun article de foi; d’autres en acceptent plusieurs comme indispensables, nécessaires au salut ; notamment, ce monsieur anglican appartient à une
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secte qui en adopte plus que les autres. Pourtant tous lisent la Bible avec sincérité en y cherchant cet unique moyen de salut, cette unique règle de foi, sans cependant s'occuper de l'autorité des pasteurs de l'Eglise de Jésus-Christ. Voilà pourquoi chacun se trace son chemin particulier, sa route à suivre, suivant l'interprétation qu’il donne aux textes qu'il lit. Aussi les uns vont à votre Eglise, d’autres à celle de ce monsieur, pasteur méthodiste, et ainsi de suite. Je ne finirais pas si je voulais énumérer toutes les sectes protestantes, et j'ajouterai à cela, pour l'honneur et la gloire du protestantisme : autant de sectes que d'interprètes, autant d’églises, c’est-à-dire autant d'uniques moyens de salut que de sectes, autant d’interprètes que de ministres, que dis-je ? autant d’interprètes que de fid-les lisant la Bible.
‘ Dites-le-moi, peut-on, a-t-on mais pu compter les milliers de sectes pi ‘antes, toutes différant sur les points les plus essentiels au salut, naissant aujourd’hui pour disparaître demain ; et cependant ces sectes ont cherché cet unique moyen de salut dans la Bible : elles le cherchent encore. L’ont-elles trouvé? Sont-elles tombées d'accord sur une seule règle de foi, sur cet unique moyen de salut? Le résultat prouve bien le contraire ; le cercle semble s’'élargir davantage,
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beaucoup d’entre elles en sont venues à regarder la Bible, la parole de Dieu, comme un livre d'institution humaine, un livre rempli d'erreurs ; là n’est point la vérité, disent-elles. Le temps, juge impartial, finira par les convaincre de l’inutilité de leurs recherches, tant qu'elles n'auront pas compris la nécessité d’une autorité enseignante, d’un ministère autorisé et apte à diriger les fidèles en leur faisant exécuter fidèlement les enseignements de la parole de Dieu.
— Dieu a donné à chacun de nous une intelligencé pour nous guider, pour juger par soimême, dit M. Campbell ; ainsi ce que vous prévoyez n’arrivera pas.
—C'est déjà arrivé, monsieur, et cela continuera tant que l'intelligence s’alliera à une opinion orgueilleuse repoussant la soumission à cette autorité investie dans les pasteurs de l’Eglise de Jésus-Christ.
— Dieu n’a investi aucun homme, pasteur ou non, d'une autorité infaillible, comme vous, papistes, le prétendez. La seule autorité que nous avons, comme ministres de l'Evangile, est de prêcher la parole de Dieu pour la bien faire comprendre aux fidèles qui nous écoutent.
— C'est-à-dire que les fidèles la comprendront d’après l'interprétation que vous en donnerez.
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-— Notre devoir est d'interpréter la parole de Dieu.
— Suivant votre jugement, je suppose ?
—C'est cela. Dieu nous a donné une intelligence pour nous guider.
— Alors vous réclamez pour vous une autorité à laquelle le prêtre catholique n’oserait même pas prétenüre. L'autorité qu’il réclame est celle de faire exécuter les doctrines renfermées dans la parole de Dieu, les doctrines laissées par Jésus- Christ et enseignées par ses apôtres et leurs successeurs, mais non celle de les interpréter chacun à sa manière, et d’après son jugement, comme vous le faites.
— Vous allez trop loin, dit le ministre avec chaleur.
--Non pas, monsieur, et vous faites vousmême la preuve que je frappe droit au but. Chaque ministre protestant agit, prêche et interprète suivant son jugement, d’après le degré d'intelligence qu'il possède. Or, comme tous n'ont pas le même degré d'intelligence, ou la même facilité pour bien juger, pour bien interpréter, 1l s’en suit que chacun va de son côté, en choisissant le chemin qui lui paraît le meilleur, à la ccndition de le quitter s’il en découvre un autre plus court ou plus aisé. Voilà la cause de ces milliers d’u-
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niques moyens de salut, de ces milliers de routes conduisant à autant de directions, mais toutes partant d'un même point, et quel est ce point, messieurs ? Ce point, la seule chose unique sur laquelle vous, protestants, vous accordez, c'est l'opinion, et l’opinion orgueilleuse qui rejette toute soumission. Il serait mieux pour vous, messieurs, de ne pas continuer cette discussion, qui sera sans résultat pour vous. Loin d'atteindre je but que vous vous pronosez, vous me convaincrez davantage de la sainteté de la mission des prêtres catholiques, de la solidité des doctrines de notre Eglise, et que cette Eglise seule peut me conduire au port du salut.
—C'est-à-dire que vous continuerez à r'jeter la parole de Dieu pour confier votre âme à un homme pécheur comme vous.
—C'est ce que je ferais si je me confiais en vos paroles.
Le ministre ne répondit point.
— Prenez garde, jeune homme, dit M. Campbell, Dieu vous tiendra compte de cette intelligence qu'il vous a donnée pour vous guider.
__—Je le sais, et c'est pourquoi le catholique n'ose pas se fier simplement à son intelligence. Il comprend que cette intelligence n’est pas aussi développée chez les uns que chez les autres,
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ALBERT OU L'ORPHELIN CATHOLIQUE 07 qu’elle est même bornée dans bien des cas. Il est cependant assez intelligent pour comprendre cette vérité et, s’il obt! aux pasteurs de l'Eglise, c'est parce que Dieu le lui a ordonné en termes bien explicites dans la Bible, et que cette obéissance donnée aux pasteurs de son Eglise, est en honneur et par amour de ce Dieu qui l’a fondée, et se rapporte toute à lui. Appuyé, de plus, sur les promesses de Jésus-Christ qui doit rester avec ses apôtres et leurs successeurs jusqu’à la fin des siècles, le cathoïique peut être parfaitement tranquille et avoir la certitude de ne pas errer, de ne pas s'écarter du vrai chemin en leur confiant le dépôt le plus précieux qu'il possède.
—Je vous plains réellement, dit M. Campbell avec ironie ; je ne Vois pas sur quoi vous vous appuyez, quel üutre un pasteur de l'Egiise peut posséder pour reposer en lui une telle confiance.
—— Et surtout de borner son intelligence à un tel point, ajouta le ministre.
—Lequel est le plus à plaindre, messieurs ?
est-ce celui qui a assez d'intelligence pour savoir placer des bornes où il en faut, ou celui qui n’en a pas assez? Lequel est le plus sage?
Les deux ministres ne répondirent pas.
—Dieu seul possède une intelligence qui ne consaît pas de bornes, continua Albert. Voilà
pourquoi je suis convaincu que pour bien le servir, 1l faut lui obéir. J'ouvre pour cela son Evangile, et là, en termes bien clairs, bien précis, je trouve l'institution d’un ministère investi d’une autorité divine et infaillible pour diriger l'Eglise de Dieu ; ministère et autorité devant exister jusqu’à la fin des siècles et auxquels tout chrétien doit obeir s’il veut obtenir le salut. Avec ces appuis, avec ces preuves, qu’ai-je besoin de plus, sinon de la grâce de Dieu pour obéir moi-même à ce ministère dûment constitué P
—AÀ quoi sert-il de raisonner avec un papiste ? dit M. Campbell.
— Et de lui répéter que toute autorité est dans la Bible ? ajouta le ministre.
— Pas plus que de vouloir raisonner avec un juge, qui s'appuie sur la loi écrite pour rendre ses jugements. Je suis même étonné de vous entendre répéter la même chose si souvent sans la prouver. À cela vous ajoutez l'ironie et la dérision.
Les deux ministres s'étaient levés en même temps et se préparaient à sortir, lorsque M. Stevens vint au-devant d'eux en leur disant:
—Vous ne partirez pas, messieurs.
Puis après avoir échangé quelques paroles à voix basse, il se tourna du côté d'Albert et lui dit :
—Ces messieurs vont te prouver que les prêtres de l'Eglise de Rome ne possèdent point cette autorité divine et infaillible qu'ils réclament.
—Je suis prêt à entendre leurs preuves, mon père.
— Bien, dit M. Stevens en souriant.
—Je crois qu'il serait bon de connaître sur quoi se base votre fils pour affirmer la nécessité d’un ministère possédant une autorité divine et infaillible pour gouverner l'Eglise de Jésus-Christ, dit le monsieur angiican. Nous sommes d’accord sur la théorie, et en conséquence il m'intéresse beaucoup. Je demanderai à ces messieurs de le laisser s'expliquer avant de faire leur preuve.
— (Cela sera inutile, je crois, dit le ministre. Quel poids peut avoir l'opinion d’un homme trop jeune encore pour bien comprendre une question d’une aussi haute importance ?
—Et qui n’est guère disposé à nous écouter, ajouta M. Campbell,
— Est-ce par crainte, messieurs, que vous ne voulez pas l'entendre?
—Non, non, dit le ministre, mais quelle en sera l'utilité P
—Qui sait? dit vivement Eva; vous devriez au moins lui laisser la parole.
—Je le veux bien, dit M. Campbell ; il nous sera plus facile de le réfuter.
—Merci, chère sœur, dit Albert tout bas; puis, d’une voix assurée, 1l ajouta en s'adressant ‘aux deux ministres :
—Vous affirmez donc qu’il n'existe d'autre autorité que la Bible, qu’elle est notre unique moyen de salut ?
— Oui, répondirent-ils ensemble.
— Alors, j'affirme qu’un navire peut, sans capitaine, sans pilote et sans matelots, se rendre directement au port que ses passagers veulent atteindre, pourvu toutefois que ce navire soit muni d’une boussole.
— Allons donc, dirent en riant les deux ministres, vous n'êtes pas sérieux P
—Aussi sérieux que vous l'avez été durant cette discussion. Reste cependant ma preuve qui, comme la vôtre, tardera à venir. Voici la Bible, me dites-vous, là est toute l'autorité qui vous sauvera. Il vous suffit de la lire, de la scruter, de l’interpréter et soyez certain d'atteindre votre but. Et moi je dis aux passagers de ce navire : voici la boussole, elle suffit pour vous indiquer le chemin à suivre pour atteindre le port désiré. Vous n'avez qu’à en interpréter le fonctionnement au meilleur de votre connaissance ;
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durant preuve oici la té qui SCrueindre e nas indie port foncance ;
chacun de vous pourra exercer son jugement, son opinion sur la manière de la placer, de s’en servir et soyez certains d'arriver au but. Ne vous inquiétez pas des vents contraires, des tempêtes ou des écueils, cette boussole ne saurait vous écarter du chemin que vous devez suivre.
—Si vous êtes sérieux, dit le ministre, nous devrons penser qu’il y a déraisonnement dans vos paroles ou ailleurs.
—Nous sommes pourtant d'accord en théorie, dit Albert en souriant ; montrez-moi la différence.
—Pourquoi de telles comparaisons? dit M.
Campbell; elles r'ont pas, vu leur manque de bon sens, leur raison ici.
— Ah ! je déraisonne quand je dis qu’un navire muni d’une boussole peut, sans capitaine, sans pilote et sans matelots, arriver à bon port, pourvu que ses passagers examinent et interprètent le fonctionnement de cette boussole, chacun suivant son opinion, son intelligence ou sa capacité ; et vous, quand vous dites au chrétien : la Bible vous suffit, hsez-la, interprétez-en les textes suivant votre jugement, votre opinion et votre capacité : réglez votre conduite d’après ce jugement, cette opinion, et soyez certain d’arriver au port du salut, que faites-vous donc ?
Un sourire effieura les lèvres de plusieurs.
Une vive rougeur couvrit la figure des deux ministres, mais ils gardèrent le silence.
—-Cela ne nous dit pas pourquoi vous croyez à la nécessité d’une autorité divine et infaillible dans les pasteurs de l’Eglise, dit le monsieur anglican.
— Je le sais, monsieur, dit Albert. Je me suis permis une affirmation dépourvue de raison, de bon sens, qui, cependant, peut être comparée favorablement à celle de ces messieurs ; la théorie est la même. Vous avez compris, je n'ai nu! doute, que je repousse l’une et l'autre comme absurdes, ridicules. Si je m'appuyais seulement sur la raison, la nécessité d’une autorité enseignante dans l'Eglise frapperait également mon intelligence, et pourquoi? En voyant tout ce qui a été créé autour de moi, la terre avec ses millions de créatures et ses innombrables végétaux, le firmament avec le nombre infini de ses astres, admirable harmonie qui règne dans leur fonctionnement, je me dis : Il y a une loi qui les régit et à laquelle tout ‘obéit : or, pour qu’une loi soit bien exécutée, il faut des fonctionnaires autorisés ; c'est ce que Dicu à fait en assignant à chacune de ses créatures le rôle qu’elle devait remplir: les unes pour commander, les autres pour chéir. L'homme même, dans ses rapports
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avec ses semblables, subissant cette même volonté de son créateur, reconnaît la nécessité d’une autorité. Pour cela, il crée une loi et nomme un de ses semblables pour la faire exécuter, en promettant de lui obéir. Pourquoi cela? pour la bonne harmonie de ses rapports avec ses semblables, n'est-ce pas? Or, si Dieu a reconnu la nécessité d’une autorité pour faire exécuter ses volontés dans le fonctionnement de l'univers ; si l'homme même accepte la nécessité d’une autorité pour le diriger dans ses affaires matérielles, comment peut-il refuser, rejeter la nécessité d’une autorité pour le diriger dans l'affaire la plus essentielle pour lui, celle de son salut? Comme toute autre chose créée ici-bas, l’homme est né imparfait, et, comme toute autre chose, il a besoin, il lui est nécessaire d’obéir à une autorité chargée de le guider. C’est un des décrets de Dieu.
—Vous venez de vous condamner vous-même, dit M. Campbell. Vous dites que l’homme est né imparfait ; or, qu'il soit ministre ou prêtre, il est encore imparfait, et c'est à cet homme imparfait qu’il faudrait obéir? Allons donc, jeune homme, il vous sera difficile de sortir de ce mauvais pas.
—]i me serait difficile, en effet, de sortir d’un mauvais pas Si je prêtais obéissance à vos avis, à
104 ALBERT OU L'ORPHELIN CATHOLIQUE vos conseils, car vous me dites ne posséder aucune autorité, et en ce cas, vous êtes comme les autres hommes. Cependant, messieurs, lorsque j'obéis aux pasteurs de notre Eglise, j'obéis, il est vrai, à des hommes imparfaits par eux-mêmes, mais qui n’en sont pas moins revêtus d’une autorité parfaite, divine, lorsqu'ils exercent leur ministère, et c’est à cette autorité que j'obéis, et non à des hommes imparfaits se croyant assez parfaits pour juger et interpréter à leur manière la parole et la volonté de Dieu.
— Point d’obéissance aux hommes, dit le ministre d’un ton vexé. J'ai la Bible pour guide, et avec l'intelligence dont Dieu m'a doué pour juger par moi-même, je me sauverai sans le secours d'un autre homme pécheur comme moi.
— Oui, ajouta M. Campbell, au matériel, obéissons au roi, gouverneur ou président, à celui qui représente l'autorité ici-bas ; au spirituel, obéissons à la Bible, qui renferme toute autorité spirituelle.
—C'est-à-dire, messieurs, obéissons au roi, président ou gouverneur en interprétant, chacun à sa manière, la loi dont ils sont dépositaires, et en refusant d’obéir aux fonctionnaires nommés par eux pour la faire exécuter. Je ne sais com-
r AU- 1e les rsque ilest MS, autoy mi- 15, et assez \nière
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pbéisii qui bbéisspiri-
roi, acun es, et Minés con-
ment ce genre d’obéissance plairait à ces hauts dignitaires.
— Dans ses rapports temporels, dit M. Campbell, l'homme doit certainement obéir aux fonctionnaires chargés de faire exécuter la loi, dont le but est de protéger l'honnête homme contre l'injustice et la méchanceté d’un grand nombre.
—Pourtant, monsieur, si l’homme est doué d'intelligence pour obéir à l’autorité de la Bible, il ue l’est pas moins pour obéir à l'autorité civile. Il peut lire et étudier l’une comme l’autre ; l’une et l’autre de ces lois sont écrites, et si l’une est, comme vous le prétendez, autorité par elle-même, sans bésoin de recours à des fonctionnaires pour la faire exécuter, je ne vois pas pourquoi il n’en serait pas ainsi de la seconde, qui est beaucoup moins essentielle, beaucoup moins élevée et beaucoup moins difficile à comprendre.
— La loi des hommes seule est difficile à comprendre, dit M. Campbell, et l’homme, tout en pouvant lire et étudier cette loi, a besoin de son semblable pour le protéger; c'est tout le contraire pour la loi de Dieu, car à Dieu seul il doit rendre compte de ses actes ; Dieu seul peut le protéger, le juger, le récompenser et le punir. Et
cette loi est renfermée dans la Bible.
—Et cette loi toute divine brille par sa clarté, ajouta le ministre.
—Alors, comment se fait-il que tous les lecteurs de cette Bible ne la comprennent pas également bien, puisqu’el s1 brillante de clarté ? Ce fait seul démontre la nécessité d'une autre autorité que la Bible.
—Comment le prouvez-vous ? dit M. Campbell.
—Vous-mêmes, messieurs, m'en donnez la preuve. En vertu du libre examen que vous vous accordez, au droit d'interprétation de la parole de Dieu, chacun suivant son propre jugement, que vous réclamez, vous sn êtes venus à avoir chacun votre tribunal, à être chacun votre propre juge. Au civil, messieurs, 1l est arrivé quelquefois qu'une révolution a éclaté pour renverser une forme quelconque de gouvernement. Elle a parfois réussi, mais une autorité exercée par d’autres fonctionnaires est reparue presque aussitôt sous une autre forme. Ce qui démontre la nécessité d'un ministère exerçant l'autorité. Une révolution a aussi éclaté dans l'Etat spirituel, mais, contrairement à ce qui a lieu ordinairement dans l'Etat civil, cette révolution, tout en conservant une faible partie de la loi écrite, voulait en chas ser les fonctionnaires pour toujours ; chacun.
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>z la vous arole nent, avoir ropre 1efois r une parutres sous essité ution trai- "Etat une has
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des révolutionnaires avait pour mot d'ordre:
‘ Mon propre jugement, mon interprétation de la loi suffiront pour me protéger contre mes ennemis, pour maintenir l’ordre dans l'Eglise de Dieu. —Voilà ce que l'Eglise de Rome a fait, dit le ministre avec ironie. | —C'est ce que nous allons voir, monsieur.
Dans l'Eglise catholique, il n’y a pas eu de révolution. Elle a toujours conservé la même forme de gouvernement, les mêmes fonctionnaires, je veux parler de l’ordre hiérarchique. Cette révolution a éclaté en dehors de son sein, c’est-à-dire, ceux qui $e sont révoltés se sont séparés d'elle. Quel est le chef de cette révolution? Quels sont ces révoiutionnaires? Je le déclare hautement devant vous, messieurs, le protestantisme en est le chef, et les révolutionnaires sont ses adhérents. Qu'est-il résulté de cette révolution? Ça été de donner le plus éclatant témoignage de la nécessité d’une autorité enseignante confiée à des fonctionnaires éclairés, capables et fermes dans l'exécution et le maintien de cette autorité. Prouvez-moi le contraire, messieurs, si vous le pouvez. Vous ne le pourrez cependant pas, les faits sont assez visibles, vous les voyez comme moi. Chacun, profitant de la liberté qui lui était accordée, a pris le chemin qui lui paraissait le
moins fatigant; démolitions sur démolitions s'en suivirent, tout fut divisé et subdivisé en parts inégales, il est vrai, mais chacun gardait pour lui ce qui lui convenait le mieux, laissant à d’autres ce qui pouvait le gêner et, heureux, chacun se répétait : Plus de roi, plus de président, plus de gouverneur ; le roi, c’est moi, le président, c’est moi, le gouverneur, c'est moi; à moi Ja liberté, à moi le libre examen, à moi de juger, à moi d'exercer mon jugement, mon interprétation de la loi de Dieu.
—Cela est faux, dit le ministre avec colère.
—C'est votre manière d'agir qui est fausse, dit Albert avec fermeté. Ce que je viens de dire est de toute vérité. Tout protestant lit la Bible, l’interprète à sa manière, et la conséquence est la division, a subdivision en autant de sectes que de jugements, que de manières d'interpréter.
Toutes ces sectes affirment obéir à Jésus-Christ. Or, je vous le demande, lui obéissent-elles toutes? Se conforment-elles toutes à sa volonté? Lui rendent-elles toutes le culte et l'hommage qui lui sont dus? Est-ce ainsi que Dieu veut être servi? A vous de me répondre, messieurs.
—Suachez-le, jeune homme, dit M. Campbell, le protestant obéit à Jésus-Christ comme à son roi; il ne fait pas comme le catholique qui le re-
la
et tm me mme ne + nement ee me
jette pour mettre à sa place les prêtres de l'Eglise de Rome.
— Nous obéissons au prêtre de l'Eglise parce que Jésus-Christ le veut, parce que le prêtre est son représentant ; mais le protestant se réserve le droit, tout en disant que Jésus-Christ est son roi, de lui obéir comme il l'entend, tout en exerçant son propre jugement, son interprétation de la loi écrite.
—C'est une fausseté, dit M. Campbell.
—Et la pire des calomnies, ajouta le ministre.
—Laissez-le donc parler, dit le monsieur an:glican ; il sera toujours temps pour vous de le réfuter s’il ne peut prouver ce qu'il dit.
—-]1 devrait au moins avoir un peu de respect pour les personnes auxquelles il s'adresse, dit le ministre. De tels avancés me surprennent d’autant plus qu'ils sont prononcés par un jeune homme intelligent et instruit.
— Albert n’a attaqué personne, dit madame Stevens avec émotion ; il a combattu un principe sans blesser les règles de la bienséance.
—En avez-vous fait autant, messieurs, envers les pasteurs de son Eglise ? ajouta Eva.
Albert les remercia du regard.
—Je n'ai pas voulu vous offenser, messieurs, dit-il.
—Ton langage a été un peu sévère, dit M.
Stevens, et je m'étonne que tu te sois oublié ainsi, contrairement à ton habitude.
—Mon père, dit Albert d’un ton respectueux, je vous ai prié de me permettre de ne pas prendre part à cette discussion ; vous ne l'avez pas voulu. On m'attaque, 1l faut bien que je me défende avec toutes les armes loyales à ma disposition.
—Des armes loyales, oui, mais celles que tu emploies en ce moment ne le sont pas.
—Ce qui est vrai, ce qui est juste est toujours loyal, mon père.
— Alors, fais ta preuve.
—C'est ce que je vais faire, mon père. Il est un proverbe qui dit: La raison qui raisonne, raisonne moins que la ra':cn qui obéit. Or, la raison me dit: il existe une loi partout, dans le ciel conune sur la terre, de même qu'il existe un ministère revêtu d'autorité pour la faire exécuter. Preuve, l'autorité reconnue avec ses fonctionnaires dans l'Etat civil ; l'autorité reconnue avec ses fonctionnaires dans la création ; l’autorité reconnue avec ses fonctionnaires dans l'Eglise de Dieu depuis le commencement du monde jusqu’à nos jours. Quels étaient ces fonctionnaires autorisés à exercer cette dernière? Avant Moïse, les
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patriarches et les prophètes ; de Moïse à Jésus- Christ, les prophètes et ies pontifes, prêtres ordonnés par Moïse sur l’ordre de Dieu; depuis Jésus-Christ, les apôtres et leurs successeurs consacrés par ce divin Sauveur même. En présence de ces témoignages, la raison doit-elle toujours raisonner ou obéir? Cependant, 1l n’y a pas plus de trois cents ans, apparut une raison raisonneuse qui a protesté. Qu'est-il arrivé ? la naissance de sectes nombreuses se donnant pour titre, Eglise de Jésus-Christ, et ayant pour mot d'ordre : Raisonnons, protestons. Une secte dit : Jésus Christ est roi, mais un roi secondaire vu qu’il n’est pas divin, et cette secte n’a pas cessé de raisonner contre sa divinité. Une autre dit: Jésus-Christ est roi, mais ce roi s'étant donné luimême comme caution, comme le seul obéissant à sa loi, je n'ai nui besoin de m'occuper davantage ; ce roi ayant obéi pour moi, il m'a donné ma liberté d'action. Et, semblable à la première, elle n'a cessé de raisonner contre tout ce qui gêne cette liberté, tout ce qui gêne les passions. Une troisième dit : Jésus-Christ est roi, il a créé une loi pour gouverner son Eglise à laquelle j'obéirai suivant mon jugement, suivant l'interprétation que je donnerai de cette loi, ou suivant la volonté et le degré d'intelligence que Dieu m'a
RE an dem er su or rene L 2 8 4 9 LR eme tar, ee ; es ee el rfi à
donné, et, comme les deux autres, elle n’a cessé de raisonner contre la volonté et l'intelligence de ceux qui ne font pas comme elle. Mais je m'arrête, je ne voudrais pas essayer d’énumérer tous les décrets émanés, les conclusions arrêtées, les croyances adoptées ou rejetées par suite des raiscanements de cette raison raisonneuse qui, continmuant et ne cessant de raisonner, rejette aujourd’hui ce qu'elle a accepté hier, et qui rejettera demain ce qu'elle a accepté aujourd'hui. Pouvez-vous nier la vérité de ce que je viens de dire? Une chose est bonñe quand un bien en est résulté, comme elle est mauvaise dans le cas contraire. Que devons-nous conclure de cette protestation continuelle, de ce raisonnement sans fin dont le résultat n’a été que la confusion? Faut-il vous le dire, messieurs? Faut-il vous montrer du doigt le résultat obtenu par cette raison raisonneuse qui, non seulement refuse d’obéir à la raison, mais aussi à Jésus-Christ qui a commandé d’obéir à ses apôtres et à leurs successeurs, qu’il a constitués en ministère autorisé à faire exécuter ses volontés, tout comme l’on obéirait à lui-même.
—Où avez-vous trouvé ce commandement P dit le ministre avec ironie.
—Dans l'Evangile, monsieur, dans cette Bible que vous lisez si souvent.
—Vous ne le prouverez jamais, dit le ministre.
— Il dit avoir puisé un fait dans un livre qu'il n’a jamais ouvert, ajouta M. Campbell d’un ton railleur. Allons donc, jeune homme, ne citez pas un livre que vos prêtres vous défendent de lire.
—Dans ce cas, comme dans tout autre, vous connaissez bien peu le catholique, monsieur.
Vous allez voir que, quoique catholique, je puis vous citer plusieurs passages de la Bible qui vont prouver la vérité de ce que j'ai dit. Ouvrons d’abord l'Evangile selon saint Mathieu, chap. 16, versets 18 et 19. Jésus-Christ s'adressant au plus âgé de ses apôtres, lui dit : ‘ Et moi je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clés du royaume des cieux ; et tout ce que tu lieras sur la terre, sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre, sera délié dans les cieux.” Le divin maître donne pour la première fois cette autorité à saint Pierre ; il la donne à tous les apôtres au chapitre 18 du même Evangile : ‘“ En vérité, je vous le dis, tout ce que vous aurez lié et délié,” etc.
— Arrêtez, jeune homme, dit M. Campbell en
l'interrompant, Jésus-Christ, avant de dire à Simon: “Tu es Pierre,” etc., venait de dire:
‘ C’est ta foi qui t'a révélé que j'étais le Christ, le Fils du Dieu vivant.” Il voulait donc signifier par ce mot ‘‘ Pierre,” la foi que Simon avait en lui,
—C'est cela, dit le ministre, rien de plus facile à comprendre.
— Alors tous ceux qui ont la foi en Jésus- Ghrist, moi catholique et vous protestants, sont des Pierres en possession des clés du royaume des cieux, avec pouvoir de lier et délier.
Un sourire effleura les lèvres de M. Stevens.
—Saint Pierre avoue lui-même qu’il n’est pas la pierre que vous venez de prétendre, dit M. Campbell. Cet apôtre ne dit-il pas au chapitre 4 des Actes : ‘ Jésus-Christ est la pierre angulaire de l'édifice ? ”
—Je le sais, monsieur, mais qu'est-ce à dire, sinon que Jésus-Christ est la pierre principale de cet édifice, qu'il est la véritable pierre, la véritable puissance d’où émane toute puissance ? Mais cette pierre toute-puissante doit cesser d’être visible pour nous; Jésus-Christ doit bientôt s’en retourner au ciel; son Eglise, cependant, aura besoin d’une pierre visible pour la gouverner comme s'il était resté ici-bas. C’est pour cela
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qu'il dit à Simon: “Tu 3 Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et je te donnerai les clés du royaume des cieux.” Ces paroles sont claires, messieurs, n'est-ce pas?
— Cela n’a rien à faire avec l'autorité réclamée par les prêtres de l'Eglise romaine, dit M. Campbell.
—AÀ vous de le prouver, et je vais continuer, pour vous donner l’occasion de mieux réussir. Nous allons voir que Jésus-Christ en plaçant les apôtres à la tête de son Eglise, leur a donné en même temps une autorité proportionnée à la dignité de leur mission. Voyons pour cela les versets 18 et 19 du chapitre 28 du même Evangile. Voici ce que Jésus-Christ dit à ses apôtres : ‘ Tout rouvoir m'a été donné dans le ciel et sur la terre, et ce même pouvoir que mon Père m'a donné, je vous le donne. Allez donc ;” remarquons bien, en passant, quelle force, quelle signification dans ce mot ‘‘ donc : Allez donc, leur ditil, enseignez les nations, leur apprenant à garder ce que je vous ai confié, à observer tout ce que je vous ai commandé, et voilà que je serai avec vous jusqu’à la consommation des siècles.”
—Nous comprenons qu’il est du devoir de tout fidèle d'écouter la prédication de l'Evangile, dit M. Campbell, et ce texte cité par vous est
plutôt propre à vous confondre. Jésus-Christ en disant à ses apôtres : ‘* Enseignez les nations, leur apprenant à garder ce que je vous ai confié,” a voulu dire tout simplement qu'ils devaient apprendre aux nations à garder la foi qu’il venait de leur confier. |
— Rien de plus clair, ajouta le ministre. Par ces paroles de Jésus-Christ, apôtres et fidèles sont mis sur le même pied d'égalité ; tous doivent avoir la foi pour être sauvés.
— Et Jésus-Christ en ajoutant: “à observer tout ce que je vous ai commandé,” reprit M.
Campbell, a voulu dire, apprenez aux nations à vous imiter ; que, comme vous, elles croient en moi comme Fils de Dieu.
— Alors, messieurs, Satan est aussi une pierre ; il possède les clés du royaume des cieux; puisqu'il suffit d’avoir la foi en Jésus-Christ pour être sauvé, il aura droit lui aussi au royaume céleste.
— Pourquoi de pareilles sottises ? dit le minis- ‘re. Satan, tout en ayant la foi, s’est révolté contre son créateur et, dès lors, l’entrée du ciel, duquel il fut chassé, lui fut interdite pour toujours. |
—Ah ! il lui a fallu, comme à tout autre, obéir à une autorité : la foi seule ne suffit donc pas? — Il faut certainement que nos œuvres soient
d'accori avec cette foi, dit M. Campbell avec embarras. Où la trouvons-nous cette foi? Où nous est-elle révélée? Dans la Bible, ct la Bible seulement ; elle est donc toute autorité.
—Mais cette foi révélée dans l'Evangile m'’enseigne, comme nous venons de le voir, une obéissance parfaite à l'autorité investie dans le minis- tère des apôtres. Or, vous dites qu’il est nécessaire de conformer nos œuvres à cette foi ; il faut donc obéir à ce ministère revêtu de cette autorité. Qu'en pensez-vous ?
— Encore une fois, je le répète, dit M. Campbell ; c’est à la suite de l’aveu de foi de l’apôtre saint Pierre que Jésus-Christ a prononcé ces paroles. Toute personne intelligente a compris et comprend le sens de ces textes. Voici ce qu'ils veulent dire : C’est la foi qui t’a révélé que j'étais le Christ, le Fils du Dieu vivant ; c'est sur cette foi que je bâtirai mon Eglise ; cette foi ouvrira le royaume des cieux, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre l'Eglise bâtie sur cette foi.
— Bravo! s'écria le ministre en se frottant les mains ; il ne faut pas une intelligence hors ligne pour comprendre cette vérité.
—Vous voul.z faire croire, je suppose, que Jésus-Christ a voulu dire ce qu'il n’a pas dit,
qu’il n’a pas su exprimer sa pensée, qu’il ne savait pas formuler ses actes, ou bien qu'il voulait mettre dans l'embarras le plus grand nombre, car il y en a peu qui sont doués de cette intelligence qui peut deviner la pensée du divin Maître ou donner un sens à ces textes comme vous venez de le faire.
— Comment cela ? dit M. Campbell.
—C'est l’un ou l’autre, dit lé monsieur angican en souriant ; vous ne pouvez sortir de là.
—Jésus-Christ a été très explicite, reprit Albert. Il dit d’abord à saint Pierre : ‘“ C’est la foi qui t'a révélé que j'étais le Christ.” Il ajoute ensuite, écoutez bien: 7% es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. Il me semble que, d’après votre théorie, il aurait dû dire : Simon, c’est la foi qui t’a révélé que j'étais le Christ et sur cette foi je bâtirai mon Eglise, et cette foi est la clef du royaume des cieux. Ce n'est pas ce qu'il a dit cependant; loin de là. Il commence par donner à Simon un autre nom, Pierre, qui signifie force, puissance, et pourquoi lui donne-til ce nom? Jésus Christ, je le répète, devait nous quitter sous peu ; il lui fallait un représentant visible sur la terre ; pour cela, il choisit Simon ; pourquoi ce choix? parce que, ls premier, cet apôtre fait aveu de sa foi en lui, et le premier il
e Saulait nabre, telliaître "enez
en reçoit la récompense, l'arce que tu es le premier à avouer ta foi en moi, nous fait comprendie le divin Sauveur, je te nomme mon représentant sur la terre ; c’est toi qui dorénavant agiras en mon lieu et place ; comme moi, ‘ Tout ce que tu lieras ou délieras sera lié ou délié dans le ciel, et l’enfer ne prévaudra point contre l'Eglise que tu devras diriger.” Plus tard, il dit à tous ses apôtres assemblés : “Tout pouvoir m'a été donné ; ce pouvoir je vous le donne. Allez donc, enseignez les nations. Tout ce que vous lierez, etc. Qui vous écoute, m'écoute, qui vous méprise, me méprise.” Tout cela est bel et bien écrit dans l'Evangile, n'est-ce pas? Est-ce à ses apôtres qu'il s'adresse ou simplement à la foi?
—Jésus-Christ, en parlant ainsi, s'adressait non seulement à ses apôtres, maïs à tous ceux qui faisaient alors partie de son Eglise. Ainsi ce commandement s'applique à tous les fidèles qui croient en lui.
— Quel commandement, monsieur, celui d’enseigner ou d’obéir P
—Tout ce qui se rapporte aux textes que vous venez de citer.
— Pourquoi parler ainsi, monsieur? Vous ne pouvez croire ce que vous dites.
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— Voilà qui est fort, dit M. Campbell. Expliquez-vous.
— Oui, monsieur. Je dis que vous ne pouvez croire que tout chrétien est un Pierre muni de l'autorité de lier et de délier, qu'il doit enseigner les nations et que, tenant en main les clés du royaume des cieux, il a le droit d’être obéi, d’être écouté ; et gare à celui qui le mépriserait, car il mépriserait le divin Maître lui-même.
— Vous ne comprenez pas le sens de ces textes, dit M. Campbell,
—Je ne les comprends pas comme vous, peutêtre. D'après votre théorie, Jésus-Christ aurait mis tout le monde, ministres et fidèles, sur le même pied d'égalité, c’est-à-dire qué tous seraient nommés pour enseigner, pour cuinmander, mais aucun pour obéir.
Les deux ministres ne répondirent point.
— Pourquoi n’agissez-vous pas suivant votre croyance, messieurs? Vous ne nierez pas que toutes les sectes protestantes se méprisent les unes les autres dans leur désaccord sur les points de doctrine les plus essentiels. Pourtant toutes ces sectes croient en Jésus-Christ.
Même silence.
— Et ne méprisez pas Jésus-Christ en mépri sant le catholique qui, je vous l'affrme, croit en
ce
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ce divin Sauveur? Allons donc, messieurs, sur quoi vous basez-vous pour donner une telle interprétation à des paroles si claires et si précises ?
—Nous nous basons sur la raison, répondit M. Campbell. Dieu n’a iavesti aucun homme d’une aussi haute autorité.
—Sur la raison, dites-vous ? Il est donc déraisonnable de croire que Dieu a institué un ministère pour gouverner son Eglise? Il est donc déraisonnable de croire qu’il a pu et voulu investir ce ministère d’une autorité divine ?
— Non, non, dit M. Campbell ; mais si Jésus- Christ eût voulu investir un homme d’une aussi haute autorité, il l'aurait mis d’abord à l'abri de tout péché, il l’aurait rendu impeccable, afin qu'il ne pût tromper les âmes confiées à ses soins. C'est ce qu’il n’a pas fait; on ne peut donc pas confier son âme à un homme pécheur comme Sol.
—Si Jésus-Christ n’a pas fait les pasteurs de son Eglise impeccables, il n’en a pas moins mis
son ministère à l’abri de toute erreur lorsqu'il
s’agira des doctrines de son Eglise.
—Vous ne prouverez jamais cela, dit le ministre.
—Des hommes pécheurs, incapables d’errer.
2 Re AR qe DAT NE ba. TIRE
ons
dit M. Campbell d'un ton railleur, Comment expliquez-vous cela ?
—Jésus-Christ même en donne l'explication.
D'abord, il dit : ‘* Et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle.” Contre quoi, contre qui? Contre l'Eglise que ce ministère devait gouverner. Plus tard, il ajoute : “ Et voilà que je serai avec vous jusqu’à la consommation des siècles.” Qu’entendre par ces paroles ? sinon que ce divin Sauveur restera avec ce ministère pour le diriger et présider à ses délibérations, afin qu'il ne puisse errer dans l’enseignement des doctrines qu’il devra proclamer. Voilà pourquoi le divin Maître leur promet son Saint-Esprit pour les guider. En effet, que voyons-nous au chapitre 20 selon saint Jean? Le voici: “ Et après que Jésus eut dit ces paroles, il souffla sur eux et leur dit: Recevez le Saint-Esprit, ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis, et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.” Que dites-vous de ces paroles? Allez-vous me dire encore ‘que c’est à la foi i;u’elles s'adressent ?
N'est-ce pas encore aux apôtres assemblés? Jé-.
sus-Christ ne vient-1l pas de leur donner le plus grand et le plus divin des pouvoirs, celui de remettre ou de retenir les péchés? Puisqu'il leur a
dé ne
donné ce pouvoir, que peut-on leur refuser en fait de pouvoir ou d'autorité ?
—Ïci encore vous faites erreur, dit M. Camp:
bell ; ces mots ‘tout ce que vous lierez et délierez.” veulent dire tout simplement qu’il nous faut pardonner les injures.
—Devons-nous toujours pardonner les injures ?
—Certainement.
—Cependant Jésus-Christ donne, par ces paroles, deux pouvoirs bien distincts, de lier et de délier, de remettre ou de retenir les péchés. Ceci ne s'accorde pas beaucoup avec ce que vous venez de dire.
—Comment cela ?
—-Parce qu'il y a une grande différence entre lier et délier, remettre ou retenir les péchés. Si nous devons toujours pardonner les péchés, nous n’avons pas le droit de les retenir. Qu’en pensez: vous P
—Que ni prêtre, ni pape n’a le pouvoir de remettre ou de retenir les péchés. Il faut que je m'adresse à Dieu pour obtenir le pardon de mes fautes.
—Ïl faut certainement s'adresser à Dieu, mais par l’entremise de son ministre, son représentant sur la terre, à qui il a Aonné cette autorité.
—Je le nie, dit le ministre.
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—Vous le niez, dites-vous ? vous niez alors la parole de Dieu ; vous niez les commandements de Jésus-Christ, vous niez sa doctrine. Ah! je comprends cette négation, ce refus par vous d’accepter ces paroles pourtant si claires et si précises. C’est qu’en vous y conformant, il vous faudrait obéir, il vous faudrait vous soumettre à leur enseignement; et tout ce qui touche à l’obéissance ou à la soumission vous est inconnu.
—Nous donnons toute notre obéissance à Dieu et non à des hommes, dit M. Campbell.
—Vous ne la donnez ni à Dieu, ni aux hommes, messieurs. Ne sont-ce pas les paroles de Jésus-Christ que je viens de citer? Ces paroles ne prouvent-elles pas que ce divin Maître a constitué un ministère pour gouverner son Eglise ? Ne prouvenrt-ei:5 pas qu’il a donné à ce ministére une autorité en rapport avec la mission qu'il leur a confiée ? Ne prouvent-elles pas sa promesse de demeurer avec ce ministère jusqu’à la fin des temps? Ne prouvent-elles pas que le Saint- Esprit réside avec ce ministère pour le guider, pour prévenir toute erreur? Et tout cela en termes bien définis, dans les paroles les plus claires et les plus précises. Que vous faut-il donc, sinon pour vous convaincre, au moins pour vous em- Lêcher de nier? Comment pouvez-vous affirmer
fe
ALBERT OU L'ORPHEZLIN CATHOLIQUE 125 que vous obéissez à Dieu, que toute autorité est dans la Bible, lorsque ce Dieu nous commande dans cette même Bible qu'il nous faut reconnaître le ministère qu'il a constitué pour gouverner son Eglise, et lui obéir? Négation audacieuse, interprétation coupable en ce qu'eile détourne le sens des paroles d’un Dieu qui savait mieux s’exprimer que nous, et qui, loin d'employer des mots et des phrases ambigus, difficiles à traduire ou propres à nous jeter dans l'embarras, a toujours fait usage des mots les plus simples et les plus clairs, afin d’être compris de tout le monde.
— Pour vous prouver que vous êtes dans l’erreur, et que les apôtres interprétaient comme nous les textes cités par vous, dit le ministre, écoutez bien ce que dit saint Luc, chap. 17, verset 11 : “Or ces Juifs de Bérée étaient plus nobles que ceux de Thessalonique: ils reçurent la parole avec la plus grande avidité, examinant tous les jours les Ecritures pour voir si les choses étaient ainsi.” Eh bien ! jeune homme, ces paroles doivent être assez claires pour vous démontrer que saint Paul ne leur enseignait pas de se soumettre à une autorité, ni à la sienne, ni à celle des autres apôtres. N'avoue-t-il pas luinême par ces paroles qu’il ne possède pas cette autorité divine que vous lui accordez et que s’ar-
rogent les pasteurs de l'Eglise romaine? N'enseigne-t-il pas, au contraire, que les fidèles doivent lire les saintes Ecritures afin de s'assurer par eux-mêmes que les choses sont telles qu'enseignées par lui et les autres apôtres ?
— Vous écouterez saint Paul, vous le croirez, dit M. Campbell avec triomphe. Comme nous, il affirme que toute autorité est dans la Bible. Saint Luc en fait autant, car il louange les Juifs de Bérée à cause de leur empressement à lire les saintes Ecritures pour pouvoir juger par euxmêmes. Allez-vous nous croire enfin, :ppuyés comme nous le sommes sur des témoignages aussi puissants ?
Tous les regards se tournèrent vers Albert.
—Ces témoignages pourraient bien tourner contre vous, dit ce dernier en souriant. Il est dit : ‘ Or, ces Juifs de Bérée étaient plus nobles que ceux de Thessalonique: ils reçurent la parole avec la plus grande avidité.” Or, messieurs, quelle parole reçurent-ils ?
—La parole de Dieu, les saintes Ecritures, c'est bien simple, dit le ministre.
—Ils reçurent la parole de Dieu, il est vrai, mais par la bouche de saint Paul qui la leur enseignait, et, comme preuve, lisez le commencement du chapitre cité par vous. Vous y verrez
que saint Paul avait déjà prêché aux Thessaloniciens, leur enseignant que Jésus-Christ était mort et ensuite ressuscité, que ce divin Crucifié était le Messie promis par les prophètes. Vous y verrez aussi que plusieurs de ces Juifs se convertirent sans pour cela lire les saintes Ecritures, car le plus grand nombre ne savait pas lire. Une remarque en passant, messieurs : quelles étaient les saintes Ecritures du temps de saint Paul? Les Evangiles et les Epitres étaient-elles alors écrites? Non, n'est-ce pas? Mais je continue. Nous voyons que saint Paul, après avoir prêché aux Thessaloniciens, fut chassé de la ville par plusieurs d’entre eux qui, remplis d’un faux zèle, ne voulurent point se soumettre à sa prédication, à ses enseignements touchant les prophéties contenues dans l'Ancien Testament, prophéties qui annonçaient le Messie, seules Ecritures existant alors. Il se rend alors à Bérée et là, dans la synagogue, il prêche la même doctrine ; les Béréens lui font une meilleure réception et reçoivent la parole avec la plus grande avidité. C’est pour cela que saint Luc fait leur éloge en disant: ‘ Ceux là étaient plus nobles que les Thessaloniciens.” Pourquoi étaient-ils plus nobles, messieurs ? C’est parce que ces Béréens reçurent la parole avec la plus grande avidité, c’est parce