‹ Albert ou L'orphelin catholique [microforme]Chapitre 31 sur 62 · WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

WEBSTER, N.Y

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reconnaissez deux personnes distinctes en Jésus- Christ?

— Non pas, dit le ministre, nous reconnaissons deux natures distinctes en Jésus-Christ, sa nature divine et sa nature humaine ; et ces deux natures sont unies dans une même personne.

—Une même personne divine, n'est-il pas vrai ?

—-Oui et non, répondit le ministre.

— Une réponse bien évasive, monsieur.

— Marie est mère de la nature humaine de Jésus-Christ, reprit le ministre, mais non de sa nature divine.

—Si ces deux natures peuvent se séparer ainsi, elles ne sont donc pas complètement unies dans une même personne? Ceci correspond en tout point à votre réponse: oûi et non. Une question, s'il vous plaît. Est-ce la nature divine ou la nature humaine de Jésus Christ qui a souffert sur la croix, qui a versé tout son sang pour nous racheter, ou bien sa nature humaine ?

—Jésus-Christ a souffert dans tout son être,

—C'est donc le corps et le sang d’un Dieu qui ont été offerts en holocauste pour notre rédemption ?

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— Et la mort n’a pu séparer ces deux natures unies dans une même personne ?

— Non.

—]Je suppose cependant que Jésus-Christ, en montant au ciel, a séparé sa nature humaine de sa natute divine, avant de qu'tter cette terre.

— Non, il ne les à pas séparées ; mais qu'est-ce à dire?

— À dire et à prouver que ces deux natures unies dans une même personne sont inséparables ; à dire et à prouver que le corps et le sang de Jésus-Christ sont le corps et le sang d’un Dieu ; à dire et à prouver que ce corps et ce sang d'un Dieu ont été formés dans le sein de la Vierge Marie, et qu'ils ont été nourris et allaités par cette vierge, mère de ce corps et de ce sang. Marie est donc mère de Dieu.

— Ne donnez donc pas ce titre à Marie, dit M. Lyons, vous la mettez l’égale de Dieu ; c'est pour cela, je suppose, que vous lui rendez un culte dû à Dieu seul.

—Je ne sais si je dois attribuer vos raroles à l'ignorance ou au préjugé, dit Albert, c'est à l’un ou à l’autre cependant. La mère d’un roi n’a-t-elle pas droit à certains égards, à certaines honneurs, ne peut-elle pas jouir d’une grande influence, sans pour cela être l’égale du roi son fils? Vous

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— Vraiment, avec vos distinctions métaphysiques d'humanité et de divinité, je ne vous com-

prends pas.

—Je ne vois rien de métaphysique ou d’allégorique dans ce que je viens de dire. C’est aisé à comprendre pour celui qui le veut. Un roi peut, par la voix du juge qu'il a nommé, condamner un coupable, n'est-ce pas? Vous conviendrez aussi que c'est le roi, représentant de la loi, qui condamne par la voix de ce juge. Or, si ce coupable veut obtenir son pardon, il lui faut l’intervention de ce roi. C’est ce qui est arrivé par rapport à l’homme coupable, à l’homme perdu par son péché. Dieu l’a condamné, et il fallait l'in-

ne nierez pas cela, j'espère. Or, l'Eglise catholique a décrété, déclaré que Marie est mère de Dieu, non pas de l’adorable Trinité, mais la mère de ce Dieu fait homme pour nous racheter, de l’une des trois personnes de la Trinité, de ce Dieu qui a voulu unir sa divinité à notre humanité, afin que cette divinité et cette humanité réunies pussent souffrir pour racheter l’humanité perdue par son péché. Vous le savez comme moi, l'humanité seule ne pouvait se racheter, il a fallu que la divinité, créatrice et juge de cette humanité déchue, s’alliât à cette dernière pour la rele-

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tervention de ce Dieu pour le relever, le racheter. C’est la chair et le sang qui avaient péché, il fallait que la chair et le sang expiassent cette faute : la chair et le sang humains cependant ne pouvaient se racheter par eux-mêmes ; il fallait une chair et un sang qui, tout en tenant à l’humanité pour souffrir, tiendrait aussi à la divinité pour expier. C’est ce que Dieu a fait en envoyant son Fils unique sur la terre ; et ce Fils qu’on appelle Jésus-Christ a pris un corps formé, comme le nôtre, de chair et de sang, en un mot il a pris notre humanité sans perdre sa divinité. Ainsi cette chair et ce sang divins qui ont expié le péché, sont ceux de Jésus-Christ. Jésus-Christ étant Dieu, et Marie étant sa mère, elle est donc, je le répète, mère de Dieu. C’est pour cela que nous, catholiques, lui rendons un culte de vénération, non pas d’adoration, comme vous le prétendez ; c'est pour cela que nous aimons à lui adresser nos prières pour obtenir son intercession en notre faveur auprès de ce divin Fils.

— Prières injurieuses à la toute-puissante médiation de notre divin Sauveur, dit le ministre.

— Veuillez le prouver, monsieur.

—Voici la preuve, Jésus-Christ a dit : “ Je suis le seul médiateur entre Dieu et les hommes ; je suis la porte et la vie” ; c'est-à-dire, pour obtenir

cette vie, il faudra passer par moi, et non par d’autres.

— C'est ce que croit le catholique, monsieur.

— Alors, pourquoi ne faites-vous pas ce que Jésus-Christ commande ?

— C'est le but que veut atteindre tout bon catholique.

— Allons donc, vous n'êtes pas sérieux, jeune homme, M. Lyons. Jésus-Christ ne commande-t-il pas de s'adresser à lui seul dans nos prières? Ne lui désobéissez-vous pas en vous adressant à d’autres ?

—Et cette désobéissance est très grave, ajouta le ministre, car elle accorde à d’autres une prérogative possédée par Jésus-Christ seul, et nous rend semblables aux païens idolâtres qui ont des divinités plus puissantes les unes que les autres.

-—Sophismes inexplicables, vu qu'ils sont énoncés et acceptés par des personnes intelligentes, dit Albert.

—Expiiquez-vous, dit le ministre.

—Ceci est une insulte à notre adresse, dit M. LYONS.

— Vous insulter était loin de ma pensée, mes sieurs ; cependant, pourquoi cherchez-vous à dé. placer la question que nous traitons en ce mo: ment? Pourquoi essayez-vous de dénaturer ainsi

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le sens des paroles ou des actes du catholique ? Ainsi, parce que le catholique appelle et regarde Marie comme mère de Dieu, vous dites qu'il la rend son égale ; parce que, conformément au titre qu'il lui donne, il aime à lui rendre hommage, à la vénérer, vous en déduisez un culte d’adoration dû à Dieu seul. Dites-le-moi, messieurs, n’ai-je pas raison de traiter vos arguments des sophismes ?

— Notre raisonnement, nos argiments sont basés sur des faits, dit M. Lyons. En vous adressant à la Vierge Marie, en la priant, vous désobéissez à Jésus-Christ, qui a commandé de s'adresser à lui seul pour obtenir de Dieu les grâces que nous sollicitons. ‘ Je suis le seul médiateur, la seule porte et la vie,” a-t-il dit. De

plus, vous l’injuriez dans sa puissante médiation,

vous amoindrissez les mérites de sa rédemption en vous adressant à d’autres.

-—Si le fait de s'adresser à d’autres qu’à Jésus- Christ en les priant d’intercéder pour nous, est une désobéissance et une injure à ce divin Sauveur, je vous demanderai: Pourquoi en faitesvous autant P

Cela est faux, dit le ministre.

—Cela n'est pas faux, mais très vrai, monsieur. N’avez-vous jamais demandé à quelques-

184 ALBERT OU L'ORPHELIN CATHOLIQUE uns de votre Eglise de prier le divin Sauveur pour vous ?

— Oui, certainement.

— Alors vous avez désobéi à notre Sauveur, puisqu'il veut que l'on s'adresse à lui seul; vous l'avez injurié dans sa toute-puissante médiation.

Le ministre changea de couleur.

—.Je ne vois pas comment nous désobéissons à Jésus-Christ en agissant ainsi, dit M. Lyons; nous demandons simplement à notre prochain de prier, de supplier pour nous la médiation de ce divin Sauveur.

— Pourquoi cela, puisque Jésus-Christ nous commande d'aller à lui seul ?

—Oh !ici c’est différent, dit le ministre ; une -rière ainsi faite par plusieurs personnes parmi lesquelles se trouvent de fervents chrétiens, est plus propre et plus efficace à nous attirer les faveurs demandées.

— Plus propre, plus efficace, dites vous? vous êtes donc d'accord avec le catholique? dit Albert. Cependant, d'après votre théorie, ce n’en est pas moins une désobéissance à Jésus-Christ.

— Comment cela ? dit le ministre.

— Je ne le sais pas, dit Albert, c’est vous qui l'avez dit ; à vous de répondre à votre argument.

Le ministre, embarrassé, n'osait répondre.

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—N'avez-vous pas affirmé, il y a un instant, reprit Albert, que le fait de s'adresser à d’autres que Jésus-Christ était mépriser, amoindrir et injurier la médiation et les mérites de la rédemption du divin Sauveur? Cependant vous vous psrmettez, et cela avec connaissance de cause, de lui désobéir en demandant à d’autres de prier pour vous. Comment pouvez-vous excuser votre manière d'agir? Comment expliquez-vous cette contradiction entre votre théorie et sa mise en pratique ?

—Je ne vois là aucune contradiction, dit M.

Lyons.

—Vous ne la voyez pas, dites-vous? N’avezvous pas affirmé qu’une prière faite par plusieurs, parmi lesquels 1l y aurait de fervents chrétiens, est plus propre, plus efficace pour obtenir les faveurs demandées ? Comment accordez-vous ces deux propositions ? Premièrement, vous dites : nous ne devons pas nous adresser à d’autres que Jésus-Christ, le seul médiateur, la seule porte, parce que ce fait est ‘ne injure, une désobéissance à ce divin Maître. Secondement, vous ajoutez: nous pouvons nous adresser à nos frères, afin d'obtenir plus de faveurs auprès de ce seul médiateur. Allons, messieurs, il faut être conséquents, surtout logiques.

Le ministre gardait le silence. M. Lyons n'osait répliquer.

—Vous désobéissez ou vous ne désobéissez

pas à notre Seigneur ; c'est l’un ou l’autre, reprit

Albert. | —Nous demandons par d’autres la médiation

unique de Jésus-Christ, pendant que vous, ca-

tholiques, vous vous adressez à Marie et à une foule de saints comme médiateurs, dit M. Lyons.

—Admettons cela pour le moment, dit Albert ; cependant, d’après votre théorie, l’un et l’autre de ces faits n’en sont pas moins des désobéissances graves à Jésus Christ. Qu'en pensez-vous ?

—Il n'y a pas de mal à s'adresser à nos frères pour qu'ils intercèdent pour nous.

—Intercéder qui, quoi?

—La médiation de Jésus-Christ.

— Vous reconnaissez donc comme bon, comme uti'e le principe de l’intercession ; vous reconnais sez que cette intercession peut nous être utile et favorable, et cela malgré la défense formelle de Jésus-Christ de s'adresser à d’autres qu’à lui. Vraiment, je ne vous comprends pas.

— Jésus-Christ n’a jamais défendu de demander l'intercession de nos frères en notre faveur, dit le ministre avec embarras. Il veut être le seul

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médiateur, mais tous peuvent invoquer cette médiation les uns pour les autres.

— Jésus-Christ recommande de prier les uns pour les autres, ajouta M. Lyons.

— Voilà que nous allons nous accorder, dit Albert en souriant. Je vais répondre maintenant à votre insinuation que le catholique s'adresse à Marie et aux saints comme médiateurs.

— N'est-ce pas vrai? dirent ensemble M.

Lyons et le ministre.

—Loin de là, messieurs ; ce qui est vrai, c’est le fait de votre ignorance des actes et de la foi du catholique. Ce n’est point comme ‘‘ médiateurs ” que nous prions la Vierge Marie et les saints, mais bien comme ‘‘intercesseurs,” tout comme vous, lorsque vous vous adressez à vos frères pour qu’ils intercèdent pour vous. Vous demandez l’intercession du chrétien vivant encore sur cette terre; nous, catholiques, agissons aussi de même, et de plus, nous demandons l’intercession de Marie et des saints qui, croyez-le. sont tous de fervents chrétiens, puisqu'ils sont les élus de Dieu et que, glorifiés et en possession du bonheur éternel, ils peuvent, en vertu de leurs mérites, intercéder et obtenir plus que nous auprès du divin Médiateur. Voilà pourquoi le catho ‘que, connaissant sa faiblesse et son indi-

gnité et faisant en cela acte d’humilité, s'adresse à ceux qui sont plus rapprochés de Dieu, afin d'obtenir plus de la justice et de la sainteté mêmes.

— C'est à cause de cette faiblesse et de cette indignité que nous devons recourir à Celui qui s'en est revêtu pour nous racheter, dit M. Lyons, que nous devons nous adresser à Celui qui s’est constitué notre égal pour nous permettre d’approcher de lui et de lui exposer nos besoins.

— Et ne pas chercher d’autres médiateurs que ce divin Maître, ajouta le ministre. Si vous ne considériez pas Marie et les saints que comme des intercesseurs, vous ne leur rendriez pas un culte semblable.

—Combien de fois me faut-il vous répéter que le catholique regarde Jesus-Christ comme le seul médiateur entre Dieu et les hommes ? dit Albert : mais il sait qu'il pent y avoir des intercesseurs auprès de ce divin Médiateur. Vous venez d’ailleurs de l'avouer, et, comme lui, vous reconnaissez l'utilité de l’intercession.

—C'est à nos frères vivants que nous nous adressons, dit le ministre ; 1l n’y a pas de superstition à craindre.

—Vous n’en adoptez pas moins le principe que l'intercession auprès du divin Médiateur

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peut vous être favorable. La seule différence entre vous et nous est que, tout en priant nos frères vivants d'intercéder pour nous, pratique observée par vous et conservée de notre Eglise par tout bon protestant, nous aimons en outre à nous adresser à celle qui fut déclarée par l'ange envoyé de Dieu, la plus sainte et la plus parfaite des créatures, l'épouse du Saint-Esprit ; nous aimons à nous adresser aussi à ceux qui, pendant leur séjour ici-bas, se sont signalés par leurs grandes vertus et la sainteté de leur vie. Or, ne pensez-vous pas que leurs prières puissent avoir autant d'efficacité que celles des personnes vivantes à qui vous vous adressez ?

— Attendez, jeune homme, dit le ministre, nous pouvons, tant que nous sommes ici-bas, travailler à notre salut et prier pour nos frères ; mais une fois sortis de ce monde, notre tâche est finie, nous sommes ou récompensés ou châtiés, suivant le bien ou le mal que nous aurons fait.

—Ce qui équivaut à dire, qu’une fois que le juste est rendu parfait, qu'il est glorifié, toute relation avec la terre est interrompue pour lui; il n’a plus de père, plus de mère, plus de frères ni de sœurs, plus d'amis; tout ce qu'il a aimé Île plus tendrement pendant son séjour ici-bas est oublié ; les êtres chéris qu'il a quittés ne sont

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