‹ Albert ou L'orphelin catholique [microforme]Chapitre 48 sur 62 · ERS · texte numérisé non relu

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— Avec grand plaisir, répondit le capitaine.

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compagé d'Albert et de six de ses hommes, tra-

verse la rivière ; arrivés sur la rive opposée, ils se séparent pour former un demi-cercle autour de ces animaux.

Les hommes restés au camp se tiennent sur la rive pour mieux jouir du spectacle de cette chasse émouvante.

Albert suit le capitaine à une petite distance ; tous se courbent sous les hautes herbes pour ne pas effrayer ces buffles qui fuient toujours à l’approche de l’homme.

Les spectateurs peuvent, de la rive opposée, suivre nos chasseurs par le déplacement des hautes herbes.

Ces derniers sont rendus à portée de fusil ; le capitaine vient de se redresser et ajuste sa carabine. Albert se lève à son tour et est prêt à faire feu.

Tout à coup un cri d'angoisse s'échappe de la poitrine des gens de la caravane; d’autres cris plus puissants, plus terribles succèdent aux premiers : au delà de deux cents sauvages surgissent par tous les côtés de la prairie.

Le capitaine et Albert se retournent pour se défendre, mais deux nœuds coulants sont déjà

au dessus de leur tête et les enlacent en serrant leurs bras fortement contre leur corps. Ils ressentent alors un coup violent qui les jette par terre.

Le capitaine pousse un cri de rage ei cherche à se débarrasser de ses liens. Efforts impuissants, peines inutiles, chacun de ses mouvements resserre davantage le nœud qui le retient.

Une seconde après, une dizaine de sauvages -emparent de chacun d’eux et les entraînent au delà d'une petite colline où paissent des chevaux.

On les place sur des chevaux, auxquels on les lie fortement ; puis, sur un signal donné, toute la troupe piqu: de l’éperon et s'éloigne rapidement en formant une garde autour de nos deux prisonniers.

Le jeune chef, que nous connaissons déjà, chevauche tout près d'Albert et lui lance des regards de haine et de vengeance.

Albert lui répond par un regard de mépris.

Le capitaine est un peu en arrière ; il se livre à d’amères réflexions. |

—Que de changements opérés en quelques minutes ! se dit-il.

Il y a un instants, j'étais libre, plein d'espoir ; me voici prisonnier de ces barbares. Quel sort me réservent-ils ? je le prévois trop bien. Que vont devenir mon épouse et ces deux petits êtres

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que Dieu m’a donnés? ils ne sauront jamais ce qui doit m'arriver.. Que vais-je devenir moimême ?... Ai-je bien pensé à Dieu devant lequel je vais comparaître bientôt ?.. Tout entier à mon régiment, à disciplirer mes soldats pour en faire des braves ; cruel envers les ennemis contre lesquels il m'a fallu combattre, ai-je bien le droit d'espérer en la bonté et en la miséricorde de ce Dieu que j'ai trop oublié? Ma férocité envers mes ennemis va-t-elle m’attirer les faveurs de ce juge suprême? Je ie comprends maintenant, l’homme fort, puissant, oublie trop souvent celui qui l'a doué de ses facultés ; plein d’orgueil, il attribue à ses mérites personnels les succès qu’il remporte et, ne voyant que lui-même, il méprise ses inférieurs. Je ne crains pas le sort qui m'ettend, tous les supplices, la mort même ne me feront pas pâlir, mais au delà de cette vie, il y a l’éternité ! Oh! l'éternité! que de mystères, que de grandeur dans ce mot! Que de bonheur ne renferme-t-il pas pour celui qui, à la mort, peut se dire qu’il a toujours fait le bien, mais aussi que de frayeurs ne cause-t-1l pas à celui qui, comme moi, a trop oublié son Dieu. Avant le lever du soleil, ce soir peut-être, il me faudra paraître devant ce Dieu tout-puissant.… Va-t-il me pardonner? Mon Dieu, ne méprisez pas la

prière que je vous adresse en ce moment ; n’ouiiezZ pas, je vous en conjure, mon épouse et les deux petits enfants que vous m'avez donnés ; gardez-les sous votre puissante protection et consolez-les. Je vais mourir, mais la mort n’a rien d’effrayant pour moi, sinon qu'il va me falloir paraître devant vous l’âme chargée de crimes, parmi lesque:s est celui de vous avoir méconnu et oublié, de ne rien avoir fait pour vous servir. Permettez-moi de vous o‘rir mon regret et ma douleur de vous avoir ainsi offensé, de vous avoir ainsi méprisé; permettez-moi de vous offrir en expiation de ma vie passée, les tortures et les tourments que ces sauvages vont me faire subir ; mettez vous-même les verges dans leurs mains, excitez-les à augmenter leurs tortures, si elles peuvent servir d’expiation pour mes péchés. Faites de moi cv qu'il vous plaira.

—Chien de visage pâle, dit le vieux chef, que nous connaissons déjà ; cette fois, tu vas mourir, tu ne m'écha] peras pas.

Le capitaine tourna la tête avec un geste de mépris.

Albert, quoiqu'il prévoie le sort qui l'attend, ne montre ni peur ni faiblesse. Cependant la pensée de son père adoptif, de sa mère et de la demoiselle Eva le préoccupe. Je vais mourir, se

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ALBERT OU L'ORPHELIN CATHOLIQUE 279 dit-il ; de quel genre de :mort, je l’ignore.…. Très cruel peut-être, mais Dieu ne m'abandonnera pas et me donnera la force de supporter les tortures que ces sauvages vont me faire subir. Du courage, voilà ce qu'il me faut, et ce courage me viendra de Dieu qui n’a cessé de me protéger... Je lai bien offensé ; il trouve qu'il est temps de me retirer de ce monde pour que je ne l’offense pas davantage. Que son saint nom soit béni, rien ne m'arrivera sans sa permission. Que votre volonté soit faite, Ô mon Dieu !.

"Les six soldats qui avaient :ccompagné le capitaine, en voyant ce qui se passait, coururent vers leurs chevaux sur lesquels ils sautèrent pour porter secours à leur capitaine et à Albert. Piquant de l’éperon, ils arrivent à la colline dont nous avons déjà parlé ; mais les sauvages avaient eu le temps de lier leurs prisonniers et de s’enfuir avant leur arrivée.

Tristes et pensifs, ils tournent bride pour avoir de l’aide du camp ; plusieurs hommes de la caravane, en tête desquels est M. Lyons, arrivent au même instant.

—Où sont-ils? demande ce dernier, pâle comme une statue de marbre.

— Là-bas, regardez, dit un des soldats avec tristesse.

Tous les regards se portent dans la direction indiquée, et on peut voir gravissant un coteau à trois milles de distance, les sauvages qui s’en fuient avec rapidité.

—]] nous faut les atteindre, dit M. Lyons, la flamme dans le regard, il ne sera pas dit que nous allons laisser ce vaillant cnpitaine et notre jeune ami à la merci de ces barbares qui vont exercer sur eux une vengeance terrible. Restez assez de monde pour protéger le camp ; que le: autres me suivent.

Tous veulent suivre M. Lyons.

—-Non, dit-il d’une voix émue, :l faut garder nos provisions et nos animaux. Combien reste-t il d'hommes au camp?

—Au moins une vingtaine, lui répondit-on.

— Alors, retournez dix au camp; et vous, monsieur, ajouta-t-1l en s'adressant au plus âgé des ingénieurs, je vous laisse ie commandement d'ici à notre retour. Vous ccnnaissez les signaux qu’il vous faudra faire pour nous permettre de retrouver la direction du camp. En avant, s'écrit t-1l en lançant son cheval au galop.

Tous de répondre: En avant! Les chevaux plient sous les coups et dévorent l’espace,

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— Dieu veuille que nous puissions les atteindre, dit M. Lyons.

— Nos chevaux sont vigoureux, dit un sergent qui se trouvait près de lui.

—Oui, mais ces sauvages ont un avantage sur nous ; dans une heure l'obscurité sera complète et ils pourront changer de direction ; connaissant tous les détours de cette prairie, ils déjoueront notre vigilance.

— Il nous faudrait les atteindre avant leur arrivée à cette chaîne de montagnes, dit le sergent ; piquons, piquons nos chevaux.

—Oui, piquons, piquons, s’écrie M. Lyons, et les chevaux, hennissant de douleur sous la force des coups, redoublent de vitesse.

Une heure, deux heures se passent ‘ coteaux succèdent aux coteaux, les vallons au vallons, tous les obstacles sont franchis, la nuit est devenue très noire, et cependant aucune trace des fugitifs.

Les montagnes, en avant d'eux, leur paraissent comme autant de géants sombres, noirs, si noirs qu'ils obscurcissent encore le sombre tableau ; les loups font entendre leurs hurlements plaintifs ; ici et là, sont des troupeaux de buffles qui, troublés dans leur repos, se lèvent et s’en-

fuient avec épouvante en faisant trembler le sol sous leurs pieds.

Tous éprouvent un sentiment qu’ils ne peuvent définir ; cependant ils ne ralentissent pas leur course ; ils espèrent atteindre ceux qu’ils veulent délivrer.

Enñn vers minuit, hommes et chevaux, épuisés et tremblants, arrivent au pied de ces montagnes dont les flancs hauts et escarpés semblent leur dire: Ici on ne passe pas, n’essayez pas d’atteindre ces enfants du désert auxquels nous donnons asile et protection. Vous ferez mieux de rebrousser chemin.

Les chevaux arrêtent d'eux-mêmes ; les hommes mettent pied à terre pour permettre à leurs montures de se reposer.

—Ces Indiens n’ont pu escalader cette montagne, dit le sergent, par où sont-ils donc passés ?

—Dieu seul le sait, dit M. Lyons, il faut croire qu'il y a aux alentours une passe dans laquelle ils se sont engagés.

—Je vais essayer de trouver cette passe, dit le sergent ; pendant ce temps, ns chevaux pourront se reposer. Je vais me diriger de ce côté, un autre peut prendre la direction opposée, et s'il existe une passe, l’un de nous la trouvera.

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— Bien, dit M. Lyons, prenez cette direction, je vais prendre l’autre.

—-Non, commandant, dit un des soldats, il vous faut rester ici pour donner vos ordres ; c'est à moi d'y aller.

Les chevaux, laissés libres, se mettent à brouter l’herbe qui était abondante.

Le sergent se dirige vers un angle de la montagne en évitant de faire le moindre bruit ; quelques minutes plus tard, il se trouve en face d’un ravin large d’une vingtaine de pieds ; de chaque côté sont des murailles hautes et presque perpendiculaires.

Il se baisse et, l'oreille collée contre terre, il écoute dans l'espoir d'entendre quelque bruit qui trahisse la présence de ceux qu’ils veulent atteindre ; cependant rien ne peut troubler le silence morne, solennel qui règne en maître absolu.

Prenant une résolution, il pénètre hardiment dans ce labyrinthe ; l'écho pourtant bien faible de ses pas frappe les parois de ce ravin avec une force qu’il ne peut comprendre ; chacun de ses pas est répété un à un sur ces hautes montagnes.

—On croirait, se dit-il, que ces pas sont ceux d'ennemis invisibles qui me suivent. Quoiqu'il n'éprouve aucune frayeur, cependant le fait de se trouver seul dans une telle obscurité et entou-

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ré de ces masses noires qui s’emparent même de ses moindres mouvements, lui fait éprouver un malaise qu’il avait ignoré jusque-là.

— Qu'importe, se dit-il, je vais avancer encore ; les sauvages doivent être dans ce ravin.

Un quart d'heure plus tard, il arrive à un détour conduisant brusquement à droite. Il arrête et cherche à pénétrer l'obscurité épaisse qui l’entoure.

Un point blanc près d’un ruisseau attire son

attention. Il s’en approche et le ramasse.

—Ah ! un des gants du capitaine, dit-il, je le reconnais ; ces sauvages ont passé par ici, il est bon de le savoir ; pénétrons encore plus avant, ils ont dû s’arrêter pour laisser reposer leurs chevaux.

L'âme remplie d'espoir, il avance ; dix minutes plus tard, il aperçoit une lumière.

—Les voilà, se dit-il joyeusement, je vais de suite retourner à nos hommes.

11 prend le pas de course et arrive bientôt auprès de M. Lyons.

-- De bonnes nouvelles, dit ce dernier, je le vois à la joie peinte sur votre figure.

— Oui, dit le sergent tout essoufflé, et il lui raconte ce qu’il vient de voir.

— Que Dieu bénisse votre noble action, dit M.

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Lyons avec émotion ; vous allez nous guider, cher ami ; partons.

— Oui, allons au plus vite, dit le sergent en sautant sur son cheval ; au galop jusqu’à l’angle de cette montagne.

Quelques secondes après, ils arrivent tous à l'entrée du ravin.

— Halte! dit le sergent à voix basse.

Tous arrêtent.

—Que chacun de vous enveloppe les pattes de son cheval avec de l'herbe que vous lierez fortement.

— Pourquoi cela ? demanda M. Lyons.

—Afin d’étouffer l'écho produit par les pas des chevaux, ce qui pourrait trahir notre présence dans ce ravin, répondit le sergent. Vite, dépêchez-vous, il n’y a pas une minute à perdre.

Tous s’empressent d’obéir, et les uns avec leurs sabres, les autres avec leurs couteaux, coupent de l’herbe dont ils font de petites bottes avec lesquelles ils entourent les pattes des chevaux.

Lorsque tout fut prêt, le sergent, prenant le devait, donne l’ordre de le suivre,

—Surtout pas de bruit, dit-il, et gardez les rangs serrés.

Un quart d’heure plus tard, le sergent montrait

à M. Lyons la place où il avait trouvé le gant ; un instant après, la petite troupe apercevait le feu.

— Attention, souffle le sergent.

Tout le monde met pied à terre, et chacun débarrasse les pattes de son cheval ; puis on remonte en selle et on avance avec la pius grande précaution.

Enfin la petite troupe arrive à un feu près de s'éteindre ; tout était dans le plus grand désordre et dénmontrait qu’il y avait eu là, quelques minutes auparavant, un camp composé de plusieurs personnes.

— Trop tard, hélas ! dit M. Lyons avec amertume.

—Nous n’en sommes pas moins sur leur piste, dit le sergent désappointé, mais non découragé ; ces sauvages, craignant notre poursuite, ont cru prudent de s'éloigner encore.

—Qu'y a-t1l de mieux à faire? dit un des ingénieurs.

—De continuer notre poursuite, Git ie sergent.

—Oui, jusqu’à la délivrar.ce de nos amis, dit M. Lyons. Allons, ils ne doivent pas être éloignés.

La petite troupe se lance de nouveau; M.

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le sergent, leurs chevaux, plus habitués à la

ALBERT OU L'ORPHELIN CATHOLIQUE 287 bruit attire leur attention ; tantôt un animal surpris dans son sommeil se lève subitement et, dans sa fuite, fait craquer les broussailles ; alors on s'arrête et on regarde dans toutes les directions ; tantô!, la chute d'une pierre, d’uñe branche desséchée, d'une avalanche de neize s’échappant des pics les plus élancés, le passage d’une des bêtes féroces qui habitent ces montagnes, leur font croire que les fuyards ne sont plus qu’à quelques pas. Alors leurs regards essaient de pénétrer l'obscurité, les battements de leur cœur soulèvent leurs poitrines, ils piquent de l’éperon ; mais tout est inutile, point de traces, point d’indices de la présence des fuyards.

La poursuite se continue aussi rapide, aussi acharnée toute la nuit. L’aurore succède à l’obscurité ; l'espoir de découvrir ceux qu'ils cherchent ranime leur courage, mais les chevaux sont épuisés, plusieurs ne peuvent plus courir.

—Piquez, piquez, crie M. Lyons avec force.

— Nous le voudrions bien, lui fut-il répondu, mais nos chevaux sont épuisés.

—Si nous pouvions seulement voir ces barbares! dit M. Lyons; leurs chevaux, comme les nôtres, doivent être fatigués.

—Ne vous faites pas illusion sur ce point, dit

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course, ont pu garder le galop toute la nuit ; s’il en était autrement, nous les aurions rejoints à

cette heure.

Le jour paraît, des rayons dorés et resplendissants de lumière, avant-coureurs de l’astre royal envahissent un à un les abîmes, les crevasses et les sinuosités du ravin. Bientôt apparaît l’astre lui-même dans toute sa splendeur ; sa chaleur bienfaisante réchauffe l’ardeur de la petite troupe ; mais vain espoir, efforts inutiles, ceux qu'ils poursuivent ne sont pas encore en vue.

Enfin, la troupe a traversé le ravin et une prairie immense se présente à sa vue. M. Lyons regarde dans toutes les directions. Du point où il se trouve, il peut voir à une assez grande distance, mais rien n'indique le passage ou la présence de ceux qu'ils cherchent.

Il saisit sa lunette d'approche et la porte à ses yeux ; aussitôt il laisse échapper un cri de rage mêlé de douleur, et, sans mot dire, il passe sa lunette au sergent.

Celui-ci s'en empare, et à son tour il s’écrie :

— Ah! l'infâme vermine, ils ne sont pas moins qu’à six milles d'ici et leurs chevaux paraissent courir encore avec une grande vitesse.

Puis, remettant la lunette à M. Lyons, il s'é-

lance en disant :

— En avant, suivez-moi.

M. Lyons et les autres limitent.

Mais, Ô douleur ! un quart d'heure ne s’est pas écoulé que le cheval du sergent, épuisé, tombe pour ne plus se relever ; quelques secondes plus tard, trois des autres cavaliers sont lancés sur le sol par leurs montures qui s’affaissent à leur tour.

—Grand Dieu! s'écrie M. Lyons, que vont devenir ce capitaine et ce jeune homme entre les mains de ces barbares? Allons, ajouta:t il, restez ici une dizaine d’entre vous. Que les autres me suivent,

— Donnez-moi un de vos chevaux, dit le ser.

gent, je veux accompagner notre commandant.

On se remet à la poursuite, mais, hélas! dix minutes plus tard, le cheval de M. Lyons lançait celui-ci sur l'herbe de la prairie.

M. Lyons se relève et regarde avec tristesse le noble animal qui venait de payer de sa vie son dévouement à son maître.

—Mon Dieu, que faire ? dit-il au sergent.

— Ils sont perdus, répond ce dernier, nous ne pouvons aller plus loin sans risquer de perdre tous ns chevaux.

i.es autres, encore en selle, mettent pied à terre, et guident leurs chevaux à un ruisseau près de là, pour les désaltérer,

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—Je n'aurais pas dû consentir à cette chasse dt M. Lyons avec amertume ; c'est ma faute s'ils sont en ce moment prisonniers de ces bar bares qui vont leur faire souffrir toutes les hor reurs de la torture avant de les mettre à mort et des larmes amères inondent ses paupières Que faire? que faire? ajouta-t-il avec un accen: de douleur.

— Ne vous découragez pas, corimandant, dit le sergent. Que vingt d’entre vous retournent à la caravane pour y prendre tous les chevaux dis: ponibles et apporter des provisions en abondance. Je me charge de rester ici avec les autres jusqu’à votre retour ; les quelques chevaux qui nous restent auront le temps de se remettre et, tous ensemble, nous reprendrons notre poursuite.

—C'est ce qu’il y a de mieux à faire, se dit-on.

Deux heures plus tard, vingt cavaliers ayant M. Lyons à leur tête, reprenaient la direction du cam où ils arrivèrent fort tard dans la soirée.

M. Lyons laissa juste assez de monde pour protéger les wagons et le butin et le lendemain, dès l’aurore, la petite troupe, augmentée de quelques hommes, de plusieurs chevaux et de provisions en abondance, revenait sur ses pas; sur le soir, elle avait rejoint le sergent.

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Aussitôt on divise l'expédition en deux partis ; l’un, commandé par le sergent, devait prendre une direction vers le sud, l’autre commandé par M. Lyons, devait prendre la direction prise par lies sauvages.

Le point de ralliement etait l’entrée du ravin, où l’un et l’autre devaient se rejoindre au bout de trois jours.

La prairie est traversée dans toute sa largeur. puis on passe une nouvelle chaîne de monta.

gnes, puis une autre prairie et d’autres chaîne: de montagnes. On fouille partout, bravant pour cela les plus grands dangers, on descend dans des abîmes, on escalade des montagnes en longeant des précipices affreux, chevauchant quel: quefois pendant douze heures, ie jour et la nuit, sans arrêter, sans manger, prenant un jour un: direction pour en prendre une autre le lendemain.

Tous les coins et recoins sur une distance de plus de cent milles sont examinés et fouillés, mais toutes c2s recherches sont inutiles, on ne trouve que quelques indices du passage des sauvages.

Les deux petites troupes sont fidèles au ren: dez-vous ; toutes deux ont obtenu le même résultat. On décide de prendre d’autres directions en

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poussant aussi loin que possible, on se munit abondamment de provisions et l’on se sépare de nouveau, mais, cette fois, le rendez-vous est remis à deux semaines.

Les deux semaines s'écoulent sans obtenir de meilleurs résultats. On se rencontre de nouveau, mais sur toutes les figures pâles et amaigries, on peut lire la tristesse et la fatigue. On ne conserve plus d’espoir et, l’âme abattue, M. Lyons et ses amis dévoués reprennent la direction du camp.

M. Lyons, malade, ordonne tout de suite le départ de la caravane pour le fort Leavenworth.

Trois semaines plus tard, elle entrait d’ns ce fort, d’où elle était partie quelques mois auparavant, pleine d’espoir et de confiance dans le bien qu’elle devait opérer pour la science. Elle y re. venait, comptant deux hommes de moins et accablée sous le poids de la tristesse et de la douleur.

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