HIER
SAMAIN (Albert). — Quatre lettres, dont deux à Van Bever.— Vers et Prose, 7 novembre 1907.
1 ALBERT SAMAIN, p. 235.
SAMAIN (Albert). — Lettre à Victor Lemoigne.
— Le Gaulois, février 1909.
SAMAIX (Albert), — Six lettres en liminaire à L'Idole fragile, par J.-F. Merlet. — Paris, Société de l’édition libre, 1909. In-18.
SAMAIN (Albert). — Douze lettres en guise de préface au Manteau du Passé, par Ed. Rocher. — Paris, Sansot, 1909. In-18.
SAMAIN (Albert). — Lettre et sonnet inédits. — Revue savoisienne, 2° trimestre 1911, article de Charles Marteaux.
SAMAIN (Albert).— Lettres de jeunesse à G. Salomonsohn. — Revue de Paris, 15 juin 1912.
Il reste à classer les documents critiques qui touchent la personne et l’œuvre d'Albert Samain.
Léon Bocquet, dans l’étude que j'ai souvent citée’, André Barre, dans sa Bibliographie de la Poésie symboliste”, Albert de Bersaucourt dans un Albert Samain paru aux Editions de la Nouvelle Revue critique”, ont dressé de ces documents des tables si confuses qu’on ne saurait les utiliser sans un long effort de lecture et de discrimination.
C’est pourquoi il m’a semblé qu’il pourrait être pro-
1 ALBERT SAMAIN, p. 261-283.
2 Paris, Jouve, 1911. P. 211-225.
3 Paris, 1924. P. 33-51.
fitable d’en distinguer les éléments. Ainsi se justifie que j'aie, de parti pris, négligé les documents insignifiants, pour me réserver d'indiquer les documents intéressants et de résumer les documents indispensables.
Voici les plus estimables des articles publiés sur Albert Samain
BEAUNIER (André). Albert Samain. — Revue des revues, 15 septembre 1900.
BEFFROI (Le). — Numéro consacré à Albert Samain, juillet-août 1900.
BEFFROI (Le. La Rédaction). =" Za- Mort d'Albert Samain. — Numéro de septembre 1900.
BELLES-LETTRES (Les). — Numéro consacré à
Albert Samain, juillet 1922.
BÉRANGER (Henri), — Za jeune Poésie françaïse en 1898.— Revue des revues, 15 octobre 1898.
BERSAUCOURT (Albert de). Albert Samain. — La Plume, 15 septembre 1905.
BOCQUET (Léon). — Albert Samain. — La Revue encyclopédique, 13 octobre 1900.
BOCQUET (Léon). — Albert Samain. —— Revue des poètes, décembre 1900.
BOCQUET (Léon). — Notes sur Albert Samain.
— Le Penseur, 10 juillet 1901.
BOCQUET (Léon). —- Samain amoureux. — Le Journal, 6 août 1923.
BORDEAUX (Henry). — Poëtes d'aujourd'hui. — Revue hebdomadaire, 29 septembre 1900.
BORDEAUX (Henry). — La Poésie nouvelle. — Le Correspondant, 25 mars 1902.
BOURGAIN (Eugène), — L'Œuvre poétique d'Albert Samain. Conférence faite le 14 février 1901 à l’Alliance francaise de Chateauroux.
— Journal du Centre, 16 février 1901.
BRUNETTE (Paul). — Notes sur Albert Samain.
— Revue mauve, octobre 1902, et février, mars, avril 1903.
COPPÉE (François). —— Au Jardin de l’'Infante. — Le Journal, 15 mars 1894.
COPPÉE (François), —— Quelques Poëtes. — Le
Journal, 7? octobre 1897.
DENISE (Louis). — Albert Samain. — Mercure de France, octobre 1900.
DENISE (Louis). — Albert Samain. — Mercure de France, octobre 1908.
DELORMEL (Henri). — Un Poëte des Songes. — Chronique des Livres, 10 septembre 1900.
poumic (René). — Trois Poëtes : Manuel, Vicaire, Samain. — Revue des deux mondes, 15 octobre 1900.
DUFOUR (Médéric). —— Albert Samain, — Progrès du Nord, 26 novembre 1904.
DUMAS (André). Albert Samain, — Foi et vie, 16 janvier 1902.
ECRAINVILELE (J. d’). —= Albert Samain. — Revue
de la jeunesse catholique, avril 1900.
FAGUS (Félicien). — Albert Samain, — Le Journal des auteurs, 25 septembre et 10 octobre 1900.
FOVILLE (Jean de). — Albert Samain. — Le Carnet, 1° février 1905.
GADON. Albert Samain. — Les Annales romantiques, mai-juin 1905.
GENET (Henri). — Albert Samain. — Pages libres, 5 août 1905.
GERVAIS (Maurice). — Quelques Notes sur Albert Samain. — Gemmes d’art, novembre, décem-
bre 1921, et janvier 1922’
GRAPPE (Georges). — Portraits contemporains.
— Revue bleue, 22 septembre 1900.
KAHN (Gustave). — Albert Samain. — La Plume, 1° septembre 1900.
KAHN (Gustave). — Une Biographie d'Albert Samain. — Nouvelle Revue, 15 juin 1905.
KAHN (Maurice). — Médaillon de Poëte : Albert Samain. — Echo de la semaine, 2 septembre 1900.
ESSAI DE BIBLIOCRAPHIE
LAPAUZE (Henri), — Albert Samain., — Le Gaulois, 29 juin 1912,
LEBLOSD (Marius-Ary), — Samain Le nostalgique, — Grande France, juillet 1902,
MAUCLAIR (Camille), — Quelques beaux Poëtes français mal connus, — Mevuce des revues, 15 septembre 1901,
MAUBRBAS (Charles), — Revues littéraire, — Revue encyclopédique, 23 janvier 1898,
M£ILIA (Jean), — Le Rond-de-Cuir poëte, — Gil- Blas, 9 mai 1904,
MOCKEL (Albert), — Un Mort d'hier, — La Réforme, 9 septembre 1900,
nossien (Edouard de), — Quelques Poëles contemporains, — Grande Revue, 1° août 1903,
soziirx, — Un Fonctionnaire, — Le Temps, 11 sai 1904,
110% (Edmond). — Carnet des Hommes et des Œuvres: Albert Samain, — La Plume, 1° septembre 1900,
p24%x (Maurice), — La Vie d'Albert Samain, — Revue des poëtes, 10 septembre 1905,
QuiLLAmD (Pierre), — Albert Samain, — Mereure de France, octobre 1893,
22G£z07T (Gaston), — Albert Samain, — Journal
de VUniversité des Annales, 1948,
pipemr (Emile), — La Poésie d'Albert Samain.
— Revue pédagogique, janvier 1913.
RIVErT (Fernand). — Un Mort, — L’Essai littéraire, octobre 1900.
RIVOIRE (André). Albert Samain. — Revue de Paris MSA ot I OI
ROCHER (Edmond). — Souvenirs sur Albert Samain. — Belles-Lettres, 1°" octobre 1920.
ROUSSEAU (René). — La Pensée poétique d’Albert Samain. — Mercure de France, 15 octobre 1920.
SANSOT-ORLAND (E.). — Albert Samain. — La Vogue, 15 septembre 1900.
VALLETTE (Alfred). Albert Samain. Mercure de France, septembre 19060.
VIGIE-LECOCQ (E.). — L'Amour dans la Poésie contemporaine. — Mercure de France, jan-
vier 1897.
Parmi les ouvrages où il est fait mention d’Albert Samain, on consultera
BARRE (André). — Le Suymbolisme. Essai historique sur le Mouvement poétique en France de 1885 à 1900. — Paris, Jouve, 1911. In-8.
BÉRANGER (Henri). — La France intellectuelle. — Paris, Colin, 1899. In-8.
BORDEAUX (Henry). — Les Ecrivains et les Mœurs. Notes, Essais, et Figurines (1897- 1900). — Paris, Plon, 1900. In-18.
CALLOT (Charles). — Contes anciens, suivis d'une Etude sur Albert Samain. — Paris, Ollendorf, 1905. In-18.
CHARLES (J.-Ernest). — Le Théâtre des Poëctes. — Paris, Ollendorf, 1911. In-18.
COPPÉE (François). — Mon franc-Parler, 2 série. — Paris, Lemerre, 1894. In-18.
DOUMIC (René). — Les Jeunes. — Paris, Perrin, 1896. In-8.
GILBERT (Eugène). — En Marge de quelques Pages. — Paris, Plon, 1900. In-f8.
GOSSEZ (A.-M.), — Poctes du Nord (4889-1902). — Paris, Ollendorf, 1992. In-18.
GOURMONT (Rémy de). — Le Livre des Masques.
Portraits symbolistes, Gloses, 1 Documents sur les Ecrivains d'hier et d'aujourd'hui. — Paris, Société du Mercure de France, 1896.
In-18.
JAMMES (Francis). — Le Deuil des Primevères (1898-1900). Elégies. La jeune Fille nue. Le Poëte et l’Oïseau. Poésies diverses. Prières. — Paris, Société du Mercure de France, 1901.
In-18.
JARRY (Alfred). — Souvenirs. — Paris, Lemasle, 1907. In-18.
KAHN (Gustave). — Symbolistes el Décadents. — Paris, Vanier, 1902. In-18.
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LECIGNE (C.). — Ceux de chez nous: — Paris, Lethielleux, 1910. In-18.
MaRsAC (Henri). — Ecrivains d'hier et d’aujourd'hui. — Paris, Bibliothèque de l’Association, 1903. In-8.
MAURRAS (Charles). — Vers un Art intellectuel, 1 : Barbarie et Poésie. — Paris, Nouvelle Librairie nationale, Librairie ancienne Honoré Champion-Edouard Champion, 1925. In-8.
MENDÈS (Catulle). — Le Mouvement poétique français d2 1867 à 1900. Rapport à Mons'eur le Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, précédé de Réflexions sur la Personnalité de l'Esprit poétique en France, suivi d'un Dictionnaire bibliographique et critique, et d'une Nomenclature de la plupart des Poètes français au xix° Siècle. — Paris, Fasquelle, 1903. In-8.
MITHOUARD (Adrien). — Le Tourment de l'Unité. — Paris, Société du Mercure de France, 1901. In-8.
PELLISSIER (Georges). — Le Mouvement littéraire contemporain. — Paris, Hachette, 1901, In-16.
PETIT DE JULLEVIILLE. — Histoire de la Littéra-
ture française, des Origines à 1900, publiée sous la Direction de Petit de Julleville, vru. — Paris, Colin, 1896. In-8.
PILON (Edmond). — Sites et Personnages. — Paris, Grasset, 1912, In-18.
RIOTOR (Léon). — Les Arts et les Lettres (1" Série). — Paris, Lemerre 1901. In-18.
SALOMON (Michel). — L'Esprit du Temps. — Paris, Plon, 1905. In-$.
SÉCHÉ (Alphonse), Les Caractères de la Poc- STE NCOIMEMNPOrTALNE. Paris, Sansot, 1913:
In-18.
TROLLIET (Emile). Médaillons de Poëte., — Paris, Lemerre, 1900. In-18.
VALLETTE (Alfred). — Portraits du prochain Srecie, L'Poetes et Prosateurs.- "Paris, Edmond Girard. In-8.
VAN BEVER (Adrien), et LÉAUTAUD (Paul), — Poètes d'aujourd'hui. — Paris, Société du Mercure de France, 1900. In-18.
VIGIÉ-LECOCQ (E.). — La Poésie contemporaine. (1884-1896). —— Paris, Société du Mercure de France, 1907. In-18.
WALCH (G.). — Anthologie des Poëtes français contemporains, 111. — Paris, Delagrave, 1906. In-18.
WILMOTTE (Maurice). — La Culture francaise en Belgique. — Paris, Champion, 1912.
Mais ce sont les monographies d'Albert Samain qui méritent surtout d’être retenues.
Celle que Léon Bocquet a publiée dès 1905° est le seul ouvrage digne de ce nom qui ait encore été offert à la mémoire du poète flamand. Parce qu'il est une apologie d'ami, j'ai parfois discuté ce livre; parce qu'il est le plus précieux des reliquaires, je ne l’ai jamais consulté sans émotion, ni sans profit.
Aucune analyse ne saurait dispenser | « honnête homme » de lire l’étude de Léon Bocquet. Je dirai seulement que trois parties, d'importance inégale, la composent. Dans la première, le critique fait de la vie d’AIbert Samain un récit simple et touchant, dont je me suis servi”. La deuxième résume l’œuvre poétique de Samain : si les influences n’y sont pas bien délimitées, on y trouve des analyses estimables, et des jugements consciencieux. La troisième est consacrée à l’œuvre en prose, qui n’intéresse point mon travail.
Une conclusion délicate clôt le volume. Albert Samain, dit Léon Bocquet, « n’a pas été un précurseur. Il n’a point poussé la poésie vers l’orient des terres promises et des conquêtes nouvelles. Il n’a rien inventé, rien découvert, ni dans la forme, ni dans le fond, ni même dans le rythme». Cependant son mérite est grand : « Dans le chœur nombreux des poètes de son époque, instrumentant à l’unisson de l'orchestre, mais sans
qu’elle pût s’y confondre, ou s’y perdre, Samain a chanté
1 ALBERT SAMAIN. SA VIE, SON ŒUVRE. AVEC UN PORTRAIT ET UN AUTO- GRAPHE. PRÉFACE DE FRANCIS JAMMES. Paris, Société du Mercure de France. In-18.
2 Voyez première partie, chapitre premier.
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d’une voix pure, grave, et confidentielle, où persiste un lointain sanglot. Triste et solennelle comme si elle montait, le soir, du fond d’une clairière, elle a, cette voix, son timbre bien distinct, et telles sonorités expressives à ne point se méprendre. Elle se reconnaît à un tremblement de volupté languide, et, plus souvent, à un frisson séraphique, immatériel, éperdu, et mourant’ ». C’est pourquoi Samain vivra : « Dans la littérature contemporaine… Albert Samain occupe une place d’apothéose au fond de l'Elysée mystérieux... loin des profanes, loin des barbares” ».
Il ne m'a point semblé que Léon Bocquet ait nettement défini la personnalité du poète flamand. Mais il y a dans son livre une ferveur digne de respect.
Après Léon Bocquet, dont il loue « l’étude d’ensemble, documentée et judicieuse, de fervente admiration et de fine analyse », Ferdinand Gohin écrit une moncgraphie d'Albert Samain ”. On y trouvera, dit l’auteur, « moins une étude complète. qu’un simple essai, pour préciser les caractères essentiels de son œuvre, et marquer l’évolution littéraire et morale de ce magnifique talent ».
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À L'ŒUVRE POÉTIQUE D'ALBERT SAMAIN (1858-1900). — Paris, Garnier, 1919. In-8.
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Le critique rappelle que, dans le Journal du 15 mars 1891, François Coppée, ce vétéran, saluait Albert Samain, ce nouveau venu : « Il est précieux ét nuancé, déclarait le parnassien, mais sincère. Et c’est un caressant, et c’est un tendre ». C’est ce jugement que Ferdinand Gohin va développer. Car « l’œuvre d'Albert Samain renferme, avant tout, une noble leçon de sincérité.. Albert Samain.. peu à peu. a pris conscience de lui-même. D’une œuvre à l’autre... on mesure, et on admire, l'enrichissement de son âme” ».
En même temps qu’il donne sur la vie du poète les brèves indications indispensables, le critique effleure la difficile auestion des influences.
Samain, sans doute, a « brossé » quelques tableaux dans la façon parnassienne. Mais il ne pouvait « accepter de faire de l’impassibilité la condition même de la poésie * », et il a préféré « à la poésie plastique et sculpturale. la poésie mystique des symbolistes * ». Entendez par symbolistes ces « jeunes poètes qui, en réaction contre le Parnasse, se montraient avides d'innovation, de quintessence, de mystère. Les symbolistes sont verslibristes, et veulent faire des réformes... Ils se sont épuisés en vains efforts pour assouplir le vers au point de lui faire exprimer l’inexprimable ‘ ». Des symbolistes.
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Samain accepte « la conception musicale de la poésie ». Comme eux, il s'applique à « interpréter le mystère des choses et de Pâme” ». Ce qui ne saurait suffire, quoi qu'on en puisse penser, à faire du poète flamand un symboliste : « Entre les parnassiens et les symbolistes, Albert Samain garda son indépendance et son originalité ° ».
Samain est, avant tout, un élégiaque. Il donne même à « lPantique élégie » une forme nouvelle : il y apporte « les délicatesses subtiles de l’art moderne ‘ », et il y fait « une grande place à la description‘ ». Fait digne de remarque, c'est moins dans l’amour que dans le rêve et dans la pitié qu’il faut chercher les sources de cette inspiration. Rêves de passé et rêves d'automne, pitiés universelles et pitiés de crépuscule, tels sont les thèmes sur lesquels, à la manière, un peu, de Joachim du Bellay, Samain brode ses premiers poèmes. L’élégance de la forme ne le cède en rien, d’ailleurs, à 1a délicatesse du sentiment. Le style est sobre, les couleurs estompées, les alliances savantes. « La phrase glisse, à demi silencieuse, ou semble s’exhaler comme le soupir d’une âme en peine, ou comme la plainte du violon sous l’archet° ». L’art de Samain est celui même « de nos musiciens modernes, d’un Debussy par exemple, qui se fit précisé-
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ment l'interprète de Mallarmé et de Maeterlinck, de tous les poètes du mystère et de la tendresse * ». Non que la poésie du Jardin de l'Infante soit tout à fait du grand art : « L’inspiration manque d’ampleur, et de vigueur... De plus, à côté des’ plus belles élégies, on trouve beaucoup de pièces d’un sentiment subtil ou forcé, d'un dilettantisme d'emprunt” ».
Défauts réels, qui, cependant, vont s’atténuant sous l'inspiration nouvelle qui remplit les élégies d’Aux Flancs du Vase : « est dans ce second recueil qu’éclate l'originalité du poète, et que se marquent le mieux le tour de son imagination et la veine de sa sensibilité.. On ne pouvait peindre avec plus de vérité, de relief, de grâce, et d'esprit, cette scène de tous les jours. Et c’est le grand charme de ces petits tableaux. Si l’auteur rappelle les poètes anciens, il ne leur emprunte rien pourtant. Mais il a, comme eux, une âme jeune, ingénue, et simple, qui s'amuse aux spectacles les plus divers de la nature et de la vie. Il serait difficile, en vérité, de délimiter ce qu'il y a d’antique et de moderne dans ces esquisses charmantes. Car ce qui frappe le plus, c’est la variété même des sujets, et la richesse admirable du talent * ».
Aussi élogieux est le jugement que Ferdinand Gohin porte sur le Polyphème : « Cette œuvre, qui abonde en vers charmants, et en vers tragiques, montre, elle aussi, combien le talent du poète avait mûri, et, sans perdre
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sa grâce juvénile, avait gagné de force virile, et d’originalité” ». Samain y enseigne, dit le critique, « qu’il y a quelque chose de plus grand que l'amour, une chose qui, même, console de ne pas être aimé. C’est d'élever sa pensée, comme ce berger, vers la contemplation des beautés éternelles; c’est aussi de pardonner, et de savoir se sacrifier, comme le cyclope * ».
Cest pourtant dans la gerbe du Chariot d'Or aw’il faut chercher le meilleur grain qu’on doive au poète flamand : « Toute la sensibilité du poète est comme renouvelée. Le sens du mystère ne va pas se voiler, maïs s’illuminer, et s’élargir. La mélancolie sera plus intense que jamais, mais, en même temps, moins alanguie, plus vigoureuse. Et, surtout, des sentiments nouveaux se font jour, qui semblent, ou sont, vraiment nouveaux. Ce n’est plus seulement l’enfant que le poète chante : c’est la famille, et, sinon la patrie, du moins le pays natal. Le sentiment de la nature s'agrandit et s’épanouit largement dans la vérité, et avec force. Enfin apparaît le sentiment religieux lui-même. Le poète puise maintenant aux sources vraiment fécondes. Il comprend que les sentiments les plus généreux du cœur humain, ceux qui sont l'aliment de notre vie morale, sont aussi l’aliment de toute vraie et noble poésie * ».
Si l’on peut douter que la poésie du Chariot d'Or soit à ce point humaine, il sied de rendre hommage à la jus-
tesse avec laquelle Ferdinand Gohin a noté la virtuosité musicale d'Albert Samain. Encore faut-il ajouter que le critique ne s’est donné la peine ni d’analyser les parentés littéraires du poète flamand ni de situer exactement son originalité. C’est pourquoi, quelque séduisant qu'il puisse être, je crois un peu hâtif et superficiel le court essai qui, se poursuivant à travers des citations heureuses, célèbre dans lœûvre d'Albert Samain « l’ascension d’une âme ».
Mais plus sommaire encore est l’étude qu’Albert de Bersaucourt a récemment signée”.
Reprenant le thème d’une conférence par lui faite le 4 décembre 1907 aux étudiants catholiques du Luxembourg‘, le critique observe d’abord que l’œuvre du poète lillois « est de qualité très inégale, et qu'avant de découvrir son originalité propre », Samain « a subi les influences les plus diverses et les plus contradictoires * ».
Ainsi s’efface, aux premières lignes de l'essai, la personnalité du poète flamand, quelque effort que fasse Albert de Bersaucourt pour affirmer, à travers une citation, le grand désir qu'avait Samain d’ « exprimer sa nature humblement* ».